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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 16:50

 


Le gardien d'un troupeau est fait prisonnier, enfermé et mis au secret sans savoir pourquoi. Dans sa prison solitaire, il fait son examen. Sans aucun doute, se dit-il, ils m'ont arrêté par erreur. Je ne craindrais pas de tout dire ici, personne ne m'entend ; quel mal ai-je fait ? Tous les jours je disais mon chapelet, est-ce mal ? Je jouais de la musette, je chantais la chansonnette du pays ; y a-t-il quelque mal en cela ? Je tissais des corbeilles de jonc et de genêt, et vers midi je prenais un peu de repos à l'ombre d'un peuplier ; est-ce en cela qu'il y aurait du mal ? Et pourtant on m'a enfermé ici.

 

   Justice, que fais-tu, où es-tu ?  La voici qui entre : Viens, dit-elle, au prisonnier ; et elle le con­duit au tribunal, où il est condamné. Mais vous me prenez sans doute pour un autre ; ou j'ai été calomnié. Méprise! Calomnie! N'es-tu pas le gardien de tel troupeau, et ne t'appelles-tu pas de tel et tel nom ?  C'est vrai.  Eh bien ! Tu es con­damné aux galères.  Mais pourquoi donc, juge ?

 

    Pourquoi, le voici : pendant que tu t'amusais à jouer et à chanter, ou bien même que tu dormais tranquillement, tes chèvres ont rompu la haie, sont entrées dans tel jardin, et y ont tout ravagé. Ce sont des bêtes, elles ne sont pas responsables, c'était à toi de les garder ; tu porteras la peine des dégâts qu'elles ont causés. Tandis que, insensé, tu disais ton chapelet, les grosses bêtes à cornes sont entrées dans ce vignoble et y ont fait un immense dégât ; ces animaux n'ont pas le discernement, c'était à toi d'y veiller, de crier et de faire jouer le bâton. Et bien ! Tu porteras la peine du mal qu'ils ont fait.

 

    Pères et mères, cette allégorie vous concerne : vous comparaîtrez un jour au tribunal de Dieu, et sans en comprendre le pourquoi, vous vous trouve­rez condamnés.  Mais la raison, Seigneur ? La voici : pendant que vous, père et mère de famille, vous alliez à la soirée, à quelque réunion, ou bien que vous dormiez et que vous fermiez les yeux, vos jeunes apprentis, vos enfants, comme des chèvres pétulantes, ont brisé la clôture des divins préceptes, sont entrés dans ce jardin d'innocence, et en ont effeuillé les lis de pureté qui l'ornaient ; c'étaient des têtes sans cervelle ; il était de votre devoir de les surveiller pour les empêcher de mal faire.

 

   Tandis que vous passiez le temps à ce festin ou au specta­cle, vos jeunes gens, comme des taureaux fougueux, ont sauté le fossé, et l'on ne peut dire le mal qu'ils ont fait ; il en est résulté un grand scandale pour tout le pays. C'était à vous, père, mère ou patron, de faire jouer le bâton et de les tenir sous bonne garde : subissez donc la peine du mal qu'ils ont fait.

 

    Cela vous étonne ? Comment ! La justice humaine condamne ce berger pour le tort que font aux champs ses brebis, ses bestiaux ; et la justice divine ne condamnerait pas les parents pour le mal que font dans la maison leurs propres enfants ? Ce pau­vre villageois doit rendre compte du dégât qu'a causé son veau ou sa chèvre dans le jardin de son voisin, et vous, pères et mères, maîtres et maîtresses, vous n'auriez pas à rendre compte des ravages qu'ont faits chez vous et au dehors ce fils libertin, cette fille immodeste, ce garçon sans retenue, cette servante volage, ce serviteur débauché ?

 

    Vous dites quelquefois : J'ai un fils, j'ai une fille qui me dam­neront. Oh ! Que vous dites vrai ! Car je suis d'avis que beaucoup de parents qui vivent bien du reste, seront condamnés à cause de leurs enfants dont ils tolèrent l'inconduite.

 

Par votre amour déréglé pour ces enfants, vous êtes la cause de leur ruine éter­nelle, et la ruine de vos enfants à son tour sera cause de la vôtre. Il vous arrivera comme à cette malheureuse mère en France, laquelle, au rapport d'Orose, poussée au désespoir passa une corde au cou de ses deux petits enfants ; puis ayant lié cette corde à l'extrémité de ses pieds, se laissa tomber d'un nœud coulant qu'elle avait attaché pour elle-même à une poutre, devenant ainsi tout à la fois le bourreau et la potence de ses propres enfants.

 

Cruauté vraiment inouïe, dont on a peine à croire le cœur d'une femme capable ; mais ne voyons-nous pas quelque chose de pis encore de nos jours, de la part de beaucoup de parents pervers et criminels, qui perdent leurs enfants, et en les perdant se préci­pitent avec eux dans les abîmes éternels.

 

 

(A suivre)

 

Tiré de : De l’Éducation des enfants,  œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice. 

Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260  Vailly-s/-Sauldre.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

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