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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 19:34

Regardez la froideur que vous témoignerait votre fa­mille comme une parcelle de la croix de Nôtre Seigneur. C'est une voie dans laquelle il vous place avec beau­coup d'autres ; marchez-y avec humilité et confiance ; elle est sûre et fortifie l'âme.

En permettant que les affections légitimes nous fassent défaut, Dieu veut rendre notre cœur plus libre d'aller vers lui. Que le sentiment de l'amour privilégié de Dieu pour nous domine tout dans notre âme. N'allez donc pas vous agiter en disant : « J'avais fait tant de bien à cette personne, et elle affecte de ne plus même me regarder. » Ces choses arri­vent couramment dans le inonde et nous rappellent ce qu'il vaut et combien on peut compter sur lui. En vous arrêtant à ces pensées, vous commettriez beaucoup de fautes con­tre la charité et vous perdriez l'esprit intérieur. Il est naturel de ressentir la susceptibilité, les mouvements de l'amour-propre, mais il faut que notre cœur les surmonte en s'élevant à Dieu.

Les occasions où, par leur froideur, les créatures nous bles­sent sont donc précieuses pour nous en détacher, et nous re­porter vers Dieu seul qui doit être l'unique objet de notre âme. C'est par amour qu'il rend nos voies si pénibles pour nous élever jusqu'à lui, comme notre repos et notre appui. La colombe, au temps du déluge, ne trouvant pas d'endroit où elle pût s'abattre, fut obligée de rester dans les airs el de rentrer dans l'arche ; de même, Dieu nous entoure de circons­tances qui nous forcent, en quelque sorte, à penser à lui. Sans cela, si les personnes, objets légitimes de nos affections, étaient très expansives et aimables envers nous, nous serions moins occupées de Dieu, moins à lui. L'objet du travail in­térieur des âmes qui veulent arriver à la perfection, ou au moins y tendre, doit être de se détacher des consolations na­turelles, et, pour quelques-unes, d'accepter certaines dispo­sitions de la Providence qui en donne les moyens, comme des grâces qui les obligent à reporter vers Dieu toutes les affec­tions de leur cœur. Elles lui diront alors : Mon Dieu, vous voulez mon cœur tout entier, aidez-moi à vous le donner sans partage, et à vous faire le sacrifice de tout ce qui me distrait.

Les plus vives impressions naturelles ne doivent du reste ni étonner ni troubler ; Dieu les permet et les laisse subsister pour éprouver notre fidélité et nous donner l'occasion de com­battre, de remporter des victoires ; seulement, quand ces im­pressions se font sentir, n'agissons pas en raison de ce que nous éprouvons, mais pensons à ce qu'alors Dieu demande de nous. Regardons Nôtre Seigneur couronné d'épines ; et, lorsque les peines nous presseront, voyons les épines s'enfon­çant plus avant dans la tête de Jésus. Si Dieu permet que les créatures s'éloignent de nous, que les affections les plus légi­times diminuent, et nous fassent éprouver des froissements, des douleurs, un vide pénible, c'est qu'il veut tenir dans notre cœur la place des objets ou des consolations qu'il nous enlève. Que nous manquera-t-il ? A mesure que nous avançons en âge, Dieu nous prépare à l'éternelle union. Encore une fois, il sépare notre âme de tout ce qui est terrestre, des objets créés, pour la remplir de lui-même.

Acceptez l'isolement de votre cœur, et dites à Dieu : Vous me séparez ainsi pour que j'apprenne à mieux me donner à vous. Que votre volonté soit faite. Avec votre secours je triompherai de ma nature.

Il faut que vous ressembliez à la Vierge et à la Vierge dé­solée : par ce mot s'entend la solitude, l'isolement dans les­quels vous devez vivre tout occupée de vous unir à Dieu, de l'aimer et de séparer votre cœur de tout ce qui pourrait en par­tager les affections ; c'est pour cela qu'il permet que vous soyez comme entourée d'épines, et que les créatures se tien­nent à distance. Oh I que Dieu est bon de traiter ainsi votre cœur ! Il l'aime, il en est jaloux, il le veut tout entier, don­nez-le-lui. Que votre occupation soit d'orner votre âme, de l'unir à Dieu. Désoccupez-vous des choses extérieures et li­vrez-vous aux occupations de la vie intérieure, car s'attrister, rester oisive, c'est une disposition déplorable.

Il faut donc bien s'attacher à la croix, et, dans l'union à Jésus crucifié, s'exercer à l'humilité, à l'abnégation de soi-même, au détachement de toutes choses, pour ne voir, ne dé­sirer, ne vouloir que Dieu, et croître chaque jour dans cette séparation intérieure de toutes les créatures, et s'établir, se fixer dans le cœur adorable du Sauveur, par une union qui, se consommant dans la bienheureuse éternité, fera notre bon­heur.

Oui, allons à Jésus avec une grande confiance ; que notre âme, repoussée par les créatures qui ne peuvent la satisfaire, se rejette dans le sein de Dieu pour y établir sa demeure ; n'en sortons en quelque sorte que par son ordre pour accomplir sa volonté, et rentrons-y avec bonheur, puisqu'il permet dans sa grande bonté que nous ne trouvions pas ailleurs de jouis­sance vraie, ni de repos.

D’après un auteur ascétique anonyme.

Tiré de : Lectures méditées. (1933)

elogofioupiou.over-blog.com

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