NECESSITE DE PRIER NOTRE-DAME … Le 8 décembre 1940, la France connaît à nouveau les châtiments et l'invasion. Claire Ferchaud monte aux Rinfillières et se jette aux pieds de Notre-Dame, la Vierge Toute Blanche, « Madame Maman du Ciel », dans cette petite chapelle érigée par sa famille en 1862, pour arrêter le fléau de la typhoïde. Vient-elle prier l'Immaculée Conception et la glorifier ? Oui, sans doute. Mais c'est plus spécialement à la mère du sauveur, qui est aussi notre Maman, que Claire va faire cette prière sublime : « A Madame Maman du Ciel, Vierge Toute Blanche, Maman Toute Bonne. Si donc tu es si bonne, il ne reste plus rien en Toi pour la rigueur, regarde... et prend pitié de ma détresse. Puisque tu es toute bonne, oublie mes péchés et laisse déborder de ton sein ton puissant secours. Regarde, Maman, regarde mon isolement, je n'ai personne qui puisse prendre ma cause et faire valoir la justice envers moi. « Je suis livrée, non pas à des créatures humaines, car si elles se rendaient compte des procédés employés par elles pour me crucifier, elles ne voudraient pas être si cruelles... mais je suis l'être faible... cet agneau tremblant devant les loups d'enfer. « Maman... Toi qui as donné la « Vie » au monde par le don de ton Jésus... « Prends pitié de ceux qui sont dans le réseau de ma souffrance. Bénis la patience et la foi de ceux qui attendent... Maman. Maman... si tu le veux... oui, si tu demandes à Dieu, Il t'écoutera, ô Fille du Père... Il te donnera, ô Épouse de l'Esprit Saint. Il te comblera, ô Mère du Bel Agneau. En elle-même, une telle prière se suffit et personne ne peut plus rien y ajouter. Pourtant, le contexte dans lequel elle est dite, la valeur des mots qui y sont prononcés, la mission même de Claire Ferchaud nous plongent dans la méditation. C'est d'abord pour Claire la confiance et l'anéantissement : « Maman Toute Bonne !... Oublie mes péchés... » Mais en même temps s'exhale ce qui fait la nature même de la messagère : la souffrance expiatrice : « Prends pitié de ma détresse... Regarde mon isolement... Je n'ai personne qui puisse prendre ma cause et faire valoir la justice envers moi... » ma cause... Que veut dire Claire ? De quelle cause s'agit-il ? De sa cause propre et personnelle, c'est-à-dire de l'étouffement, de l'écrasement, de l'injustice dont elle est victime, du silence dont on a muré sa bouche ? Ou bien d'une autre cause, trop grande pour une créature humaine, et dont elle est pourtant dépositaire ? Impossible de séparer les deux, tant l'humain et le divin sont étroitement mêlés. ma cause, c'est la cause de Jésus lui-même, car c'est sa cause qui est en elle, « l'être faible ». Elle souffre de la souffrance même du Christ refusé, et de même que Jésus dit : « Père, pardonnez-leur car ils ne savent ce qu'ils font », de même elle épargne ses persécuteurs en prononçant des paroles semblables : « Je suis livrée non pas à des créatures humaines, car si elles se rendaient compte des procédés employés par elles pour me crucifier, elles ne voudraient pas être si cruelles ». Il ne nous appartient pas de parler des persécuteurs, d'autant que Claire invoque pour eux le Pardon du Père et plaide même leur cause en les excusant et en accusant plutôt « les loups d'enfer », c'est-à-dire les démons, dont ils sont victimes : « Dresse-toi, ô Mère... et arrête l'enfer. Désarme les démons... libère ta petite agnelle... » Voyez un peu : l'agnelle voudrait être libérée, « bondir de Vie dans l'Église ». Et elle se tourne, cette agnelle, vers la Mère de l'Agneau, qui, Elle, connaît la liberté et « a donné la Vie au monde par le don de son Jésus ». Bondir de Vie dans l'Église, dès ici-bas ? Oui, mais était-ce possible ? L'expiatrice ne devait-elle pas aller jusqu'au bout de son Gethsémani ? « Pour connaître les douceurs de la Croix, écrira-t-elle par ailleurs, il ne faut pas seulement se laisser clouer à son bois, il faut encore entrer, se mélanger à sa moelle ». Ou encore : « Souffrir, c'est mourir longtemps ». C'est son message, le message que le Sacré-Cœur lui a confié et qui étouffe en elle, qui un jour bondira de « Vie ». Pour l'heure, Claire, douloureuse, porteuse de cette nouvelle naissance, de la grande renaissance spirituelle, implore Marie : « Aie pitié de celle qui a reçu un don de vie aussi et ne peut le produire... » Qui ne se sent étreint de compassion et d'angoisse devant cette déchirante supplication ? On ne voudrait pas aller plus loin. On voudrait soutenir Claire, rester avec elle, faire quelque chose pour elle. Si elle a comme ennemis des « loups d'enfer », elle a quand même de vrais amis. Saint-Jean, Véronique, les saintes femmes, mais aussi sans doute bien des pécheurs perdus parmi la foule, auraient voulu faire quelque chose pour Jésus ! Et elle sait, comme Jésus, qu'elle a des amis : « Prends pitié de ceux qui sont dans le réseau de ma souffrance. Bénis la patience et la foi de ceux qui attendent.» (A suivre) Extrait du LE MOYEN DU SALUT, de Claude Mouton et Henri Guillemain. Diffusion de la Pensée Française. elogofioupiou.over-blog.com