C'est Notre Seigneur lui-même qui nous a enseigné ce que nous devons demander à Dieu et l'ordre dans lequel il faut le demander. Il a bien voulu lui-même dresser la requête que nous devons présenter en son nom au Père éternel et nous laisser une excellente formule de prière, que l'on appelle pour cette raison la prière du Seigneur, ou l'Oraison Dominicale.
Saint Cyprien dit, entre autres avis et préceptes salutaires, que Jésus-Christ a prescrit à son peuple pour le conduire au salut, une formule de prière, afin que nous fussions plus facilement exaucés par le Père, lorsque nous lui adresserions la même prière que son propre Fils nous a apprise.
Prions donc, ajoute ce saint docteur, comme notre maître et notre Dieu nous l'a enseigné ; c'est une prière bien agréable à Dieu que celle qui vient de lui-même, que celle qui frappe ses oreilles par les paroles de Jésus-Christ : que le Père reconnaisse les paroles de son Fils quand nous le prions.
Puisque c'est Jésus-Christ qui est notre avocat auprès du Père, servons-nous des propres paroles de notre intercesseur ; il nous assure que le Père nous accordera tout ce que nous lui demanderons en son nom ; combien plus nous accordera-t-il, si nous demandons non seulement en son nom, mais par ses paroles !
Aussi l'Église fait-elle un usage continuel de cette divine prière ; c'est par elle qu'elle commence et qu'elle finit tous ses offices ; elle la rappelle en particulier au saint sacrifice de la messe. Les vrais fidèles ne manquent jamais de la réciter tous les jours, au moins le matin et le soir.
L’oraison dominicale est composée d'une courte préface, et de sept demandes, dont les trois premières se rapportent à Dieu et les quatre autres nous regardent nous-mêmes : elle renferme tout ce que nous pouvons désirer et demander à Dieu ; elle est la règle sur laquelle nous devons former nos sentiments et nos désirs.
Nous pouvons bien nous servir d'autres paroles dans nos prières, mais nous ne pouvons demander autre chose que ce qui y est enfermé ; toute demande qu'on ne peut y rapporter est indigne d'un chrétien et ne saurait être agréable à Dieu.
La préface consiste dans ces mots : Notre Père qui êtes dans les cieux. Jésus-Christ a réuni dans ce peu de mots tout ce qu'il y a de plus capable d'engager Dieu à nous exaucer et de nous inspirer à nous-mêmes des sentiments de respect, d'amour et de confiance.
Nous appelons Dieu notre père, c'est Jésus-Christ qui nous l'ordonne. Dieu est en effet notre père par la création, puisqu'il nous a donné la vie et qu'il nous a formés à son image ; il l'est encore plus par la grâce de la régénération puisque dans le baptême il nous a adoptés en Jésus-Christ pour ses enfants. Considère dit l'apôtre saint Jean, quel amour le père a eu pour nous, de vouloir que nous soyons appelés et que nous soyons en effet les enfants de Dieu ! Parce que vous êtes enfants, ajoute saint Paul, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'esprit de son Fils, qui crie : Mon père, mon père !"
O nom plein de douceur et de charmes ! Quel amour, quelle reconnaissance, quelle confiance ne doit-il pas exciter dans notre cœur ! S'il est vrai, que Dieu est votre père, pouvez-vous craindre que votre prière soit rejetée lorsque vous lui rappelez un nom qu'il prend à notre égard avec tant de complaisance ? Que n'accorde-t-il pas à un enfant qui le prie, après qu'il l'a reçu au nombre de ses enfants par une grâce qui a prévenu ses prières et ses désirs !
Ne craignez que de vous rendre indigne par votre désobéissance d'être appelé l'enfant de Dieu ; rien autre chose ne peut arrêter le cours de ses grâces et l'effet de vos prières.
Chacun de nous, en parlant à Dieu, dit : Notre Pèreet non pas Mon Père, parce qu'ayant tous le même père et espérant de lui le même héritage, nous ne devons pas seulement le prier pour nous, mais encore pour tous les fidèles, qui sont nos frères. Par là nous comprenons que ce n'est pas en notre propre nom que nous prions, mais au nom de Jésus-Christ et en union avec tout le corps de son Église, dont nous sommes les membres.
Nous ajoutons : Qui êtes dans les cieux, car quoique Dieu soit en tous lieux par son immensité, nous considérons néanmoins le ciel comme le trône de sa gloire : c'est dans le ciel qu'il fait éclater sa magnificence et qu'il se montre à ses élus à découvert et sans nuage. C'est au ciel que nous sommes appelés nous-mêmes ; le ciel est notre patrie et l'héritage que notre père nous destine.
Lors donc que nous nous mettons en prière, élevons nos pensées et nos désirs vers le ciel ; unissons-nous à la société des esprits bienheureux, excitons dans nos cœurs le désir et l'espérance de posséder Dieu.
histoires : C'est maintenant, disait saint François d'Assise, après avoir été déshérité par son père à cause de ses grandes libéralités envers les pauvres, c'est maintenant que je pourrai dire: Notre père qui êtes aux cieux.
Oh ! Quelle est la noblesse d'un chrétien ! Dieu est son Père. Un jeune berger avait pria l'habitude de prier en paissant son troupeau. Interrogé s'il n'éprouvait pas souvent de l'ennui à rester si souvent seul dans la campagne, il répondit que son Pater lui suffisait pour abréger ses journées et les rendre agréables, parce qu'il y trouvait une source toujours nouvelle de pensées consolantes et de bons sentiments, en sorte qu'il lui fallait quelquefois toute une semaine pour le méditer en entier. (Le bon catéchiste, par M. de la palme.)
Saint Hugues, évêque de Grenoble, étant toujours malade, ne fit presque autre chose pendant toute une nuit que de réciter l'oraison dominicale. Le domestique qui le gardait lui représenta que la récitation de cette prière, si souvent répétée, serait certainement nuisible à sa santé. Il lui répondit : « Détrompez- vous : la récitation de cette prière si belle ne peut me faire aucun mal, je sens même qu’elle une fait un grand bien.» (labausse)
Extrait du : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (Édition 1860)
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