Avoir soif est une expression employée par le Maître pour désigner un désir ardent : « Ceux qui ont faim et soif de la justice ». L'âme humaine est remplie de désirs, les uns bons, les autres mauvais ; les premiers -accusent de nobles besoins, les seconds manifestent des appétits répréhensibles. Daniel fut loué par Dieu d'être « un homme de désirs ». Soyons-le, et dans le bon sens. Pour cela, il faut'. 1° Désirer comme le Christ, 2° Désirer le Christ.
1° Désirer comme le Christ. — Le désir joue un grand rôle dans la vie, c'est un phénomène psychologique - moteur ; rien ne soulève la volonté de celui qui en est dépourvu. Aussi, est-il important de lui donner une bonne direction. Le Christ, parce qu'il était homme, avait des désirs, et nous les connaissons. L'éducation des nôtres doit évidemment consister à les adapter aux siens. Or. Il a désiré avant tout la gloire de son Père : « J'honore mon Père... Je ne cherche pas ma propre gloire. » (Jean. 59, 50).
Cette gloire, il la réalisera par la conquête des âmes, aussi désire-t-il les sauver. Ce salut, il ne l'obtiendra que par son immolation, et finalement, celle-ci, est, pourrait-on dire, sa hantise, et à la veille de son grand sacrifice, il l'avoue à ses apôtres étonnés : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette pâque avec vous. » (Luc.,22, 15).
La gloire de Dieu, le salut des âmes, un chrétien zélé doit passionnément les désirer, et en faire la dominante de sa vie tout doit se ramifier autour de cet apostolique besoin. Mais, ira-t-il jusqu'à désirer la souffrance rédemptrice, salvatrice ? Chacun sa grâce, « Souffrir et ne pas mourir » « Souffrir et être méprisé pour vous » ô mon Dieu ! voilà des mots d'ordre qui ne peuvent être communs. En tout cas, si l'on n'est pas obligé de désirer la souffrance, on l'est de ne pas la fuir et de ne pas chercher la jouissance.
Mon Jésus, je suis entre vos mains. Je n'oublie pas que mon amour pour vous m'invite impérieusement à vous suivre dans votre passion. Je m'abandonne à votre sagesse, et ne désirant que vous plaire, je m'efforcerai d'obéir au conseil des saints : « Ne rien demander, ne rien refuser. »
2° Désirer le Christ. — Corrélatif au désir de la gloire de Dieu, celui de notre perfection doit remplir notre cœur ; en définitive, notre sainteté résume tout. C'est le saint qui veut et peut glorifier Dieu, sauver ses frères en leur disant « J'ai tout sacrifié et je me dépense moi-même pour vos âmes. » (2 Cor., 12, 15). Or, notre sainteté, c'est la possession du Christ : « Celui qui me trouve a trouvé la vie. » (Prov., 8,35). Il insinue à la Samaritaine ( Devenue Ste Photine ) qu'elle doit lui demander à boire, à lui : « Une source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. » k. Il crie dans le temple : « Si quelqu'un a soif qu'il vienne à moi. » (Jean., 7, 37), et celui-là qui le possédera sera à son tour une source de vie jaillissante : « une source d'eau vive ».
Il veut se donner à nous, puisqu'il veut vivre, agir par nous. Si donc nous le désirons, notre désir allant à la rencontre du sien, sera sûr d'être satisfait. Pour tout le reste, même dans l'ordre du bien, nous nous heurtons à des difficultés parfois insurmontables. Là, c'est la certitude d'aboutir, et il n'y a pas de mesure à garder, tout au contraire, on doit désirer sans mesure. Nous sommes parfois importunés, fatigués, par des sollicitations déprimantes, dangereuses ; un- appel fréquent, obstiné, au Christ, élimine ce qui est lourd, sombre, mauvais, et ouvre un horizon lumineux, chaud, fascinant.
« O Jésus, j'ai faim et soif d'être de plus en plus uni à vous ! » Vous comblez tous les désirs, parce qu'en vous ils sont tous réalisés.
Inspiré de : MEDITATIONS QUOTIDIENNE (1933)
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