Les pharisiens s'acharnaient après Notre-Seigneur, comme une bande de loups poursuivant un voyageur et épiant le moindre faux-pas pour se jeter sur lui et le dévorer. Jésus se retournant vers eux, ergoteurs de mauvaise foi, leur lance ce superbe défi : « Qui d'entre vous pourra m'accuser de péché », et ainsi, il leur ferme la bouche. Notre vie exemplaire doit être : 1° Un argument de défense. 2° Un moyen de conquête.
1° Argument de défense. — Le disciple n'est pas plus que le Maître ; nous en sommes avertis et, nous pouvons le constater assez souvent. Les pharisiens modernes, les incrédules, les mauvais esprits cherchent à nous nuire. Meurtrière, et ils l'emploient, est l'arme de la calomnie, de la médisance exagérée, pour ruiner notre influence, en anéantissant notre prestige.
Tenons-nous bien : « Montre-toi à tous égards un modèle de bonnes œuvres, afin de confondre nos adversaires qui n'auront aucun mal à dire de nous. » (Tit., 2, 7-8). « Les chiens aboient et la caravane passe ! » La meilleure réponse aux attaques ennemies c'est notre vie réellement et notoirement vertueuse. Qu'on ne se défende pas autrement : le silence, la dignité, le calme, la possession de soi, font taire les menteurs, usent les dents des fauves « Jésus se taisait. » (Marc., 14, 61).
Discuter, protester, faire de la polémique, attise le feu, excite les passions, nous expose aux investigations sournoises des ennemis voulant à tout prix nous prendre en défaut. « Trop parler nuit », trop écrire, surtout. Ceux qui savent rester muets sont les plus forts, c'est parce qu'ils n'ont rien dit qu'ils ont le dernier mot! Mais, la condition essentielle, absolue, d'une telle attitude, c'est notre vertu réelle : « Dans une vraie charité » (2 Cor., 6, 6) ; s'il y a une fissure, le dard méchant s'y enfoncera et l'édifice courra des dangers. Soyons constants et forts, « en doctrine, en intégrité, en gravité » (Tit., 2, 7), il y va de notre sécurité, de notre capacité d'apostolat, de l'honneur de l'Église.
O Jésus, les hommes ne savent pas, mais vous savez. Puis-je vous dire à vous : « M’accuserez-vous de péché ? » hélas ! vous connaissez trop mes misères. Que par votre grâce, je sois assez pénitent, généreusement fidèle, pour qu'elles ne ressortent pas et qu'on n'aperçoive en moi que de la lumière.
2° Moyen de conquête. — Le vrai disciple de Jésus-Christ est un exemple et un entraîneur, ceci dans la mesure de cela : « Les paroles persuadent, les exemples entraînent ». Le Maître nous l'a recommandé : « Vous êtes la lumière du monde... Que votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » (Matt., 5, 14).
Pour essayer de convaincre, il faut s'y employer ardemment : mais nul argument n'est aussi convaincant que la sainteté. Il y a des chrétiens peu savants, moins qu'éloquents, et qui font un bien immense, auxquels d'instinct vont toutes les âmes. C’est parce qu’ils sont pauvres, désintéressés, détachés, ils donnent tout ce qu'ils ont, ils n'amassent rien ; ils sont charitables, patients, jamais une parole de critique ne tombe de leurs lèvres ; ils sont humbles, se tiennent effacés, n'ont pas ombre d'ambition ; ils sont prudents sans être prudes, réservés sans être froids, bons sans être trop familiers ; ils ne bravent pas l'opinion, ne se ventent pas que leur conscience ne leur reproche rien, pour continuer telle relation qui étonne, malédifie, scandalise.
Comment des hommes ainsi préservés de l'humain, aptes, par conséquent, à être remplis de divin, ne seraient-ils pas des apôtres conquérants ? Si nous étions « lumière qui brûle et qui luit (Jean., 5, 35), nous aurions une force incalculable. Puisons, du moins, dans la pensée que nous devons l'être, un tonique énergique pour notre volonté de croître en vertu.
O Jésus, votre divin Cœur est source de vie et de sainteté, je me consacre à lui, puisque vous avez promis qu'à son contact « les tièdes deviendront fervents ; les fervents deviendront parfaits ».
Inspiré de : MEDITATIONS QUOTIDIENNE (1933)
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