Personne ne parlait publiquement de lui…
Les « cousins » de Jésus ne croyaient pas en lui, mais ils le savaient capable d'opérer des œuvres merveilleuses. Inspirés par un motif tout humain, ils l'incitaient à aller en faire en Judée. Lui s'y refuse. Et secrètement il monte à Jérusalem pour la fête des Tabernacles. La foule réunie là à cette occasion parle de lui en termes bien différents. C'est toujours la même chose :
1° On discute Jésus. — Comme naguère, il en est qui croient en lui, d'autres qui doutent, d'autres qui nient. Pour personne il ne passe inaperçu. Il est le centre de la religion, et de celle-ci sont préoccupés et s'occupent tous les esprits. Indifférents réels, athées sincères, on peut rencontrer, et c'est une anomalie, des individus qui sont tels, mais non pas des collectivités. Il n'est pas un peuple qui n'ait une divinité, un culte quelconque. D'instinct les hommes se sentent dominés par une force supérieure, à laquelle, en certaines circonstances, ils éprouvent le besoin de recourir. On n'a qu'à parcourir les diverses collections de lois des États, il n'en est pas une qui ne contienne des textes relatifs à la religion, et dans la majorité des cas, ces textes sont persécuteurs. Par ailleurs, on ne peut compter le nombre des livres écrits contre Jésus et son Église, ses dogmes et sa morale. Nombreux sont les auteurs, savants à l'esprit fort, dont l'orgueil secret a fait sombrer la foi, qui ont tenu école contre lui, avec une mauvaise volonté plus ou moins évidente. Se réalise ainsi le mot sinistre du saint vieillard Siméon à son sujet : « un signe de contradiction » (Luc., 2, 34). Des âmes saines et bonnes peuvent, soit subir quelque peu l'influence dangereuse de ces intellectuels, soit passer par des phases de tentations, et être éprouvées par des anxiétés, des troubles que leur intelligence a de la peine à dominer, et de quoi une âme fervente même n'est pas à l'abri.
Plaçons-nous en face du fait. Hérauts du Christ, nous n'avons pas le droit d'en mésestimer la gravité, de le prendre à la légère. Attristons-nous-en, et par la prière, l'étude, le travail, gardons-nous. Puis, tâchons de préserver du mal ceux qui nous sont confiés.
O Maître, vous l'aviez prévu : « Voici que Satan voue a réclamés pour vous cribler comme le froment ». (Luc, 22,31); c'est pourquoi vous avez doté votre Vicaire, le Souverain Pontife, d'une ferme stabilité dans la foi, afin qu'il pût confirmer ses frères ; c'est pourquoi, encore, vous avez prié votre Père, qu'il le garde du mal. Je vous fais la même demande ; je vous supplie de ne pas permettre le moindre nuage entre vous et moi.
2° A nous de l'affirmer. — Comme le Christ a rendu témoignage à son Père, ainsi devons-nous faire à son égard : « Faisons connaître Jésus-Christ. » (1 Cor., 1, 23), écrivait saint Paul, « il est un scandale pour les Juifs, une folie pour les Gentils », il a toujours été en butte à des contradictions. Et l'apôtre précise de quelle façon il faut le faire connaître : « Insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte avec une entière patience et en instruisant. » (2 Tim., 4, 2). Prenons bien conscience de ce programme ; il insinue un zèle ardent, inlassable, intrépide ; nous n'avons pas le droit de rester tranquilles ; notre Maître est attaqué, défendons-le ; on lui enlève les âmes, redonnons-les-lui ; on ne l'aime pas, aimons-le et faisons-le aimer. Mais remarquons les deux dernières recommandations : « En toute patience » ; il faut avoir la force d'attendre, la puissance d'être doux. Ce qu'on n'obtient pas aujourd'hui viendra demain ou après-demain : « Et en instruisant » ; nous avons à faire à forte partie, science fausse, déloyale, science quand même ; il y a parfois érudition et labeur remarquables. Il faut être fort pour attaquer avec sécurité certaines positions. Se borner aux connaissances rudimentaires, ne pas se tenir au courant du mouvement de la pensée, ne permet pas d'être un témoin sérieux du Christ. Cela expose aux moqueries des ennemis et leur permet de triompher plus fort.
O Maître, je mettrai toute mon intelligence et tout mon cœur à vous défendre ; mais, assistez-moi et inspirez-moi.
Inspiré de : MEDITATIONS QUOTIDIENNE (1933)
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