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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 16:00

Troisième semaine du carême

Le muet parla…

   Jésus est venu pour vaincre Satan et tous ses démons, il le fait visiblement à plusieurs reprises, c'est une des preuves qu'il donne de sa mission : « Si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, assurément le royaume de Dieu est venu à vous. » Celui dont parle l'évangile d'aujourd'hui est « muet ». L'expression indique plutôt sa malfaisance qu'une infirmité dont il aurait été atteint. Il ferme les lèvres : 1° De la conscience, 2° de l'âme, 3° du cœur.

1° Mutisme de la conscience. — C'est un danger pour nous, d'abord.

   Certains aveux au Tribunal de la Pénitence peuvent être pénibles, certaine mise au point délicate. La tentation survient de se taire, soit par honte, soit par manque de courage.

   Sans se réduire à une dissimulation évidemment coupable, on discute avec sa conscience, on essaie de se rassurer.

   Mauvaise tactique. Nous ne sommes pas nos propres directeurs de conscience, si forts en catéchisme que nous soyons ou que nous nous croyions, la grâce d'état ne nous est point donnée pour nous.

   Pénitents, nous devons passer par le sacerdoce : ouvrons-nous, soumettons nos cas, soyons humbles et dociles, c'est une garantie de paix ; le contraire risque de nous faire frôler le sacrilège.

   Nous n'avons rien à craindre ; le Confesseur est tenu par un triple secret : secret naturel, secret professionnel et — le plus inviolable —secret sacramentel.

   Il est père, juge et médecin. Il doit connaître nos misères pour nous en guérir.

   O Jésus, je vous en conjure, soyez en moi, « chassant le démon... muet »; que dans ma conscience tout soit limpide et clair, parce que loyal et confiant : « La miséricorde et la vérité préparent le bien. » (Prov., 14, 22).

 

2° Mutisme de l'âme. — Ce démon muet empêche de parler à Dieu. Diminution de foi ou déficience de vie intérieure, on arrive insensiblement à ne plus le prier, à ne plus l'interroger. Là encore, désordre et danger. « Il faut toujours prier. » (Luc., 18, 1), a dit le Maître. Dieu connaît nos besoins, mais il en veut la confidence : « Cherchez et vous trouverez. » (Matt., 7, 7). Une âme sans prière est vouée au vide et à la stérilité.

   Parmi ces besoins, le plus pressant que nous ayons est certainement celui de la lumière ; entre elle et la vie, il y a équation ; via, veritas et vita, la voie, la vérité, la vie (Jean., 14, 6). Nous ne la trouverons nulle part qu'en Dieu : « A qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. » (Jean., 6, 69).

   Celui qui demande conseil au Saint-Esprit en reçoit toujours de précieuses illuminations nécessaires.

   Celui qui ne dit rien, est replié sur lui-même, il n'entend que les suggestions de sa raison fatalement étroite, les conseils d'une prudence humaine sujette à l'erreur, il ne se conduira pas avec sécurité.

« Du fond de l'abîme j'ai crié vers vous, Seigneur ! » J'ai un extrême besoin de vous parler, pour vous entendre : « Seigneur exaucez ma voix. »

 

3° Mutisme du cœur. — Le démon muet arrête la parole du zèle. Nous voulons être apôtres ; nous voulons enseigner la vérité, la science du salut. A quoi bon ! souffle le Muet : travail stérile, inopérant.

Et voilà que blasé ou paresseux parfois l'on ne dit rien : « Malheur à moi si je ne fais pas connaître l'Évangile. » (1 Cor., 9, 16)   Donc, malheur à moi si je me désintéresse du prochain et si je ne défends pas les droits de Dieu.

   Si par ma situation je suis un gardien et un défenseur de la morale, devant certains faits, je dois impérieusement prononcer : « Ce n'est pas permis. »

   C’est inutile, dira le Muet, cela ne changera rien et n'aura pour résultat que de détruire une bonne foi qui sauve, puis de compliquer l'apostolat, si non de le rendre impossible.

   « Malheur à moi parce que je me suis tu. » (Isaïe., 6, 5) ; il est une bonne foi qui ne l'est pas et que, d'ailleurs, il faut détruire, à moins de se constituer complice des désordres qu'elle couvre. Quant aux conséquences d'une affirmation nette du devoir, elles sont entre les mains de la Providence, qui défend les sincères. Au surplus, mieux vaut ne rien faire que de faire du mauvais travail; qu'on cesse la pratique des sacrements, si elle n'est que profanatrice.

   Mon Dieu! Donnez-moi le courage de faire mon devoir, tout mon devoir. Soutenez-moi, assistez-moi ; mais je ne veux avoir qu'une norme de vie : vos droits.

 

Extrait de : STELLA MATITUNA. Méditations quotidiennes de Mgr. Gonon. Évêque de Moulins. (1947)

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