LA SAINTE VIERGE, A LA MORT DE SON FILS,
ET ELLE ASSISTE A SES FUNÉRAILLES.
Vous serez remplie du calice de douleur et d'amertume, et vous en serez rassasiée en le buvant jusqu'à la lie. (Ezéch., chap 23.)
Il suffit de dire à une mère que son fils est mort, pour exciter tout son amour envers ce fils qu'elle vient de perdre ; les regrets sont quelquefois atténués par les chagrins qu'il lui a causés, mais cette triste consolation n'appartenait point à Marie : Jésus fut toujours le plus respectueux, le plus obéissant, le plus aimable de tous les fils. Qui pourrait donc comprendre l'immense douleur de Marie ? «Je vous présente, ô mon Dieu, dit-elle au Père éternel, l'âme immaculée de mon Fils et le vôtre, qui vient de vous obéir jusqu'à la mort. Votre justice est entièrement satisfaite, et votre volonté accomplie. Marie contempla le corps de son Fils, et dit : « O plaies causées par l'amour, je vous adore! C’est par vous que le salut a été accordé au monde ; vous resterez ouvertes pour être le refuge de tous ceux qui recourront à vous ; oh ! Combien de pécheurs recevront par vous le pardon de leurs fautes, et s'enflammeront pour le souverain bien ! »
Les Juifs voulaient que le corps de Jésus fût aussitôt enlevé de la croix ; mais comme il n'était pas permis d'en détacher les criminels avant que leur mort fût constatée, les soldats rompirent les jambes aux deux voleurs qui avaient été crucifiés avec le Sauveur; à cette vue Marie frissonna et leur dit : « Hélas ! Mon Fils est déjà mort ! Gardez-vous de l'insulter davantage, épargnez-moi ce tourment, à moi qui suis sa Mère ! » A l'instant un soldat perça d'un coup de lance le cœur de Jésus ; l'injure de coup de lance fut faite à Jésus-Christ, mais la douleur fut le partage de la Mère. Les saints pères pensent que c'est là proprement le glaive mentionné dans les prédictions de saint Siméon à Marie : glaive non de fer mais de douleurs, qui perça son âme dans le cœur de Jésus, où elle demeurait toujours.
Marie craignant pour son Fils de nouvelles insultes, pria Joseph d'Arimathie d'obtenir de Pilate le corps de Jésus pour le garder après sa mort et le garantir de tout outrage ; Pilate y consentit, et l'on descendit de la croix le corps du Sauveur. O Vierge Sainte ! Vous avez avec tant d'amour livré au monde votre Fils pour notre salut : le monde vous le rend, en quel état ! Il a perdu toute sa beauté, il est tout défiguré ! Oh ! Combien de glaives, dit saint Bonaventure quand vinrent frapper l'âme de cette divine Mère, quand on lui présenta le corps de son Fils descendu de la croix ! Marie serre dans ses bras le corps de Jésus, considère ses plaies, et dit : " Ah ! Mon fils, à quel état vous a réduit l'amour que vous avez, eu pour les hommes ! Mais quel mal aviez-vous fait pour qu'ils vous traitassent de la sorte ? Si Marie était encore susceptible de douleurs, que nous dirait-elle ? Quelle peine n'aurait-elle pas, ci: voyant que les hommes, après la mort de son Fils continuent à le déchirer et à le crucifier par leurs péchés !
Quand une mère se trouve présente au supplice et à la mort de son fils, elle ressent et souffre toutes ses peines ; mais quand après sa mort on va l'ensevelir, et que cette mère affligée est sur le point de se séparer de lui, la pensée qu'elle ne le reverra jamais est une douleur qui l'emporte sur toutes les autres : tel était l'état de Marie, quand, après avoir assisté Jésus sur la croix, après l'avoir embrassé lorsqu'il fut mort, elle dut enfin le laisser dans le sépulcre.
« Mon cher Fils, lui dit-elle, toutes vos belles qualités, vos vertus, votre beauté, vos manière aimables, les marques spéciales d'amour que vous m'avez données, les faveurs singulières que j'ai reçues de vous, tout s'est changé en autant de traits de douleur : car plus j'avais été embrasée d'amour pour vous, plus je ressens maintenant la peine de vous avoir perdu ! Ah ! Mon Fils bien-aimé, en vous perdant j'ai tout perdu ! » C'est ainsi que la fait parler saint Bernard.
Marie se consumait de douleur en tenant son Fils entre ses bras ; les disciples craignant que cette pauvre Mère n'expirât, se hâtèrent de le dérober à sa sensibilité pour l'ensevelir ; ils le lui arrachèrent, et après l'avoir embaumé, ils l'enveloppèrent dans un linceul où le Seigneur voulu laisser l'impression de son visage, comme on le voit encore à Turin. Les disciples le portent sur leurs épaules, les anges accourent du ciel et se rangent suite, les saintes femmes l’accompagnent ayant au milieu d'elles la Mère affligée. Quand on fut arrivé près du tombeau, Marie s'y serait volontiers ensevelie toute vivante avec son Fils ; mais comme la volonté de Dieu n'était pas telle, elle suivit le saint corps jusque dans le sépulcre, où furent placés, dit Boronius, les clous et la couronne d'épines. Les tourments de Marie redoublèrent quand elle dut en sortir.
On ferma le sépulcre ; mais Marie y avait laissé en cœur enseveli avec Jésus, parce que Jésus était tout son trésor ; avant de s'éloigner du tombeau elle l’avait béni en disant : "O pierre bienheureuse, qui renfermes maintenant celui que j'ai porté neuf mois dans mon sein, je te bénis, et j'envie ton sort. Je te laisse en dépôt ce Fils qui est tout mon bien, tout mon amour ; Père éternel, c'est votre Fils et le mien, je vous le recommande. » Après avoir ainsi donné dernier adieu à son Fils et au sépulcre, elle s'en retourna si affligée qu'elle faisait compassion; les disciples pleuraient sur elle plus que sur Jésus; les toutes femmes l'avaient enveloppée, comme une veuve, d'un manteau de deuil qui lui couvrait presque tout le visage.
Marie, en passant devant la croix couverte du sang de Jésus, fut la première à l'adorer : «O croix sainte, s'écria-t-elle, je te baise et t'adore, car tu n'es plus maintenant un bois infâme, mais un tronc d'amour, et un autel de miséricorde consacré par le sang de l'Agneau de Dieu, qui vient d'y être sacrifié pour le salut du monde. » Elle quitte la croix et retourne à son logis ; là, dans son affliction elle retrouve tous les souvenirs de l'admirable vie et de la cruelle mort de Jésus ; elle se rappelle les caresses et les soins donnés à son Fils dans l'étable de Bethléem, la réciprocité de son affection, les paroles de vie éternelle sorties de sa bouche divine, les conversations qu'elle avait eues avec lui dans la maison de Nazareth ; elle croit voir encore la scène d'horreur de sa Passion, les clous, les épines, la chair déchirée de son Fils ; elle considère ses plaies profondes, ses os décharnés, sa bouche ouverte, ses yeux fermés et éteints ; ah ! Quelle nuit cruelle ! Marie pleurait sans cesse, et avec elle tous ceux qui étaient présents ; elle persévéra dans cette situation jusqu'à ce qu'elle eût eu le bonheur de revoir son divin Fils ressuscité, glorieux et triomphant.
exemple.
Ceux qui sont dévots aux douleurs de Marie pendant leur vie, goûtent de grandes douceurs à leur mort.
Le bienheureux Joachim Piccolornini, célèbre par sa tendre dévotion envers Marie, commença dès son enfance à visiter trois fois par jour une image de Notre-Dame des sept douleurs, et le samedi, en son honneur, il ne prenait aucune nourriture ; il se levait à minuit pour méditer sur ses douleurs. La sainte Vierge le récompensa : d'abord elle lui apparat quand il était jeune, et lui dit d'entrer dans l'ordre de ses serviteurs, comme il le fit. Vers la fin de sa vie, elle lui montra deux couronnes, l'une de rubis en récompense de la compassion qu'il avait toujours eue pour ses don leurs, l'autre de perles, pour prix de sa pureté, qu'il lui avait consacrée ; enfin, à sa dernière apparition, le bienheureux lui de manda la grâce de mourir le même jour que Jésus-Christ : " Prépare-toi, lui dit Marie, parce que demain, vendredi, tu mourra-subitement, comme tu le désires, et dès demain tu seras avec moi en paradis." En effet le lendemain, quand on chantait à l'église de Passion selon saint Jean, à ces mots, Stabat juxta crucem Mater. Joachim s'évanouit, et à cet autre passage, inclinato capite, tradidit spirituam, le bienheureux expira, et l'église fut remplie d'une grande clarté et d'une odeur des plus suaves. (Tiréde sa vie.)
pratique en l'honneur de marie.
(Rapportée par saint Liguori.)
Jésus-Christ a attaché beaucoup de grâces à la dévotion aux douleurs de Marie ; on est fondé à croire que Marie avant demandé à son Fils quelque grâce spéciale pour ceux qui honoreraient ses douleurs, Jésus lui en promit pour eux quatre principales :
1. Qu'ils feraient avant leur mort une vraie pénitence de leurs péchés.
2. Qu'il les assisterait dans leurs tribulations et surtout à l'heure de leur mort.
3. Qu'il graverait bien avant dans leur cœur la mémoire de sa Passion, pour les récompenser ensuite dans le ciel.
4. Qu'il les confierait à Marie, afin qu'elle disposât d'eux et leur obtînt toutes les grâces qu'elle voudrait.
PRIÈRE A LA SAINTE VIERGE.
(De saint Liguori, Gloires de Marie.)
O Mère affligée, je ne veux pas vous laisser pleurer seule, je
veux unir mes larmes aux vôtres. Je vous demande aujourd'hui
de m'obtenir un souvenir continuel et tendre de la Passion de
JÉSUS-Christ et de la vôtre, afin que tous les jours qui me restent à vivre soient employés à pleurer sur vos douleurs. Ò ma Mère,
Ô Mère du Rédempteur, faites que ces douleurs me donnent assez
de confiance à l'heure de ma mort pour ne point me désespérer
a vue de mes péchés, qu'elles m'obtiennent maintenant la persé- vérance, et enfin le paradis où je serai avec vous, pour chanter
miséricordes infinies de mon Dieu et les vôtres. Ainsi soit-il.
Extrait de : L’ANNUAIRE DE MARIE. M. Abbé Menghi-D’Arville (1833)
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