S. S. Paul VI et les vocations sacerdotales… (21 nov. 1973)
Ne pas minimiser l'importance de la présence du prêtre
Il nous semble que le premier travail est de faire prendre conscience plus profondément aux fidèles de la valeur et du caractère indispensable du ministère sacerdotal sur le plan du salut. Il faut réagir contre une mentalité répandue qui tend à minimiser l'importance de la présence du prêtre, après que le Concile ait tellement valorisé le sacerdoce commun des fidèles. Cela voudrait dire que l'on ne comprend pas le plan de Dieu, qui au contraire a voulu appeler dans l'Eglise ceux qui croient en lui et les sauver en en faisant un peuple hiérarchiquement constitué. Cette nécessité indispensable s'avère plus évidente encore aujourd'hui : d'une part, en raison des conditions spirituelles du monde moderne, qui tend toujours davantage à se séculariser et à perdre le sens du sacré; d'autre part, parce que l'Eglise s'engage de plus en plus au service de l'humanité; à long terme, ce service ne pourrait être assuré sans la vertu sanctificatrice et l'autorité pastorale de ceux qui ont été constitués « intendants des mystères de Dieu » (1 Cor., 4, 1).
Confiance en Dieu et dans les jeunes.
Nous reconnaissons certainement les multiples et graves, difficultés que vous devez rencontrer pour surmonter l'actuelle crise des vocations, laquelle a des racines vastes et profondes. Chez certains, ces difficultés auront peut-être pu faire naître une tentation de doute ou de découragement sur la réelle possibilité, en un monde aussi intoxiqué par le matérialisme et l'hédonisme, de faire entendre aux jeunes la voix du Christ qui leur dit aujourd'hui comme hier, et même plus qu'hier: « Viens et suis-moi ». Voici alors notre seconde recommandation: travaillez avec confiance. Confiance en Dieu parce que les vocations, avant d'être l'œuvre de l'homme, sont principalement l'œuvre de Dieu. En aucune manière nous ne devons douter que Dieu veuille pourvoir aux besoins de son Eglise à laquelle il a promis assistance jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28, 20). Et puis confiance dans les jeunes dont la générosité n'est pas moindre aujourd'hui qu'hier. Nous pensons que le manque de vocations dépend, certes, en grande partie du milieu familial et social qui rend la conscience des nouvelles générations réfractaire à l'appel du Christ. Mais nous croyons aussi dans l'immense richesse d'énergie qui se trouve chez les jeunes de notre temps, si ouverts aux grand idéaux de justice, si soucieux d'authenticité, si disponibles pour se donner à leurs frères. Si nous les voyons si sensibles devant l'humanité qui souffre des injustices, de la faim, de la violence, comment se résigner à penser qu’ils ne peuvent pas l'être aussi devant une humanité qui demande avec non moins de force la présence de Dieu et sa grâce distribuée par le ministère du prêtre ? Nous pensons donc qu'ils sont encore nombreux ceux qui sont capables de suivre généreusement et fidèlement l'idéal d'une existence consacrée au Christ et aux âmes jusqu'à l'héroïsme.
Ce n'est pas en présentant le sacerdoce sous un jour plus facile qu'on le fera désirer davantage
Mais comment présenter cet idéal ? Nous répondrons qu'aux jeunes, qui sont généreux et forts par nature, cet idéal doit être présenté dans toute sa dimension, sans cacher ou atténuer les sévères exigences qu'il comporte, mais en montrant bien leur haute signification et leur valeur surnaturelle. On doit même croire que cette présentation exerce un attrait plus grand sur les jeunes qu'une présentation humainement plus acceptable et apparemment plus facile, mais qui risque de dénaturer le caractère éminemment et essentiellement spirituel du service sacerdotal. Ce n'est donc pas en présentant le sacerdoce sous un jour plus facile qu'on le fera désirer davantage. Ce n'est pas dans ce sens que l'on devra s'orienter pour développer quantitativement et qualitativement les vocations et pour répondre aux besoins pressants de l'Eglise aujourd'hui.
Les séminaires. Réagir contre le relâchement
Mais, comme vous le savez bien, le problème des vocations ne se limite pas au recrutement des candidats au sacerdoce. Il faut aussi tout un ensemble d'efforts et de soins pour que le germe déposé par Dieu dans le coeur des jeunes puisse parvenir à maturation et surtout fructifie et soit persévérant. Cela nous conduit tout naturellement à parler des séminaires, qui devront retenir votre attention d'une façon toute particulière. Il faudra s'employer résolument à relever leur niveau spirituel et à en faire vraiment ce qu'ils ont toujours été dans l'Eglise: des lieux privilégiés de piété, d'étude, de discipline. On devra à tout prix dissiper le climat de conformité au monde, de relâchement dans l'esprit de prière et d'amour de la croix, qui malheureusement tente de pénétrer dans beaucoup d'entre eux, si nous ne voulons pas voir compromis les efforts les plus généreux dans ce domaine si délicat et si vital pour l'Eglise.
Extrait de : RETOUR AU MAGISTÈRE. Mgr Joseph Louis Beaumiere (1974)
Elogofioupiou.over-blog.com