Tous les chrétiens ont une destinée et une mission…
Tous les chrétiens ont par la grâce de leur baptême, une destinée à poursuivre et une mission à remplir.
Une destinée : votre sanctification et votre salut.
Une mission : collaborer à la sanctification et au salut des âmes.
Or, le point de départ de votre destinée et le point d'appui de votre mission, c'est l'état de grâce.
Les parents seront de dignes mandataires de Dieu, ils coopéreront à l'accroissement au moins qualitatif de la grande famille du Père, ils attireront ses bénédictions sur leur foyer, dans la mesure où ils lui demeureront unis par la grâce.
Les enfants puiseront dans l'amitié avec Dieu, outre les joies épanouissantes dont leur âge est justement avide, la plus solide initiation à la vie sérieuse.
Les élèves qui rêvent d'avenir, qui se promettent d'être quelqu'un et de faire quelque chose dans la vie, courraient indubitablement au fiasco s'ils ne travaillaient en équipe avec Dieu.
Les cultivateurs, les ouvriers de tout métier, aussi longtemps qu'ils resteront fidèles à Dieu, trouveront une surabondante compensation de leurs fatigues et de leurs ennuis, dans la certitude de ne pas souffrir ni besogner en pure perte et dans l'espérance de la récompense promise aux justes.
Les professionnels et les hommes politiques rempliront au mieux leur fonction sociale si, d'abord, il n'y a pas de cloison étanche entre leur âme et Dieu ; ensuite, s'ils subordonnent les intérêts et la politique de la terre aux biens du ciel.
Les apôtres de l'Action catholique s'agiteraient en vain et tourneraient à vide, qui ne demeureraient acharnement unis à la source de tout apostolat.
La société souffre de nombreux malaises, dont plusieurs .graves. Des sociologues de tout acabit se penchent sur elle pour diagnostiquer son mal et appliquer le remède. Chacun y va de sa suggestion et risque sa conjecture. Mais n'est-il pas clair jusqu'à l'évidence que ce dont elle a besoin avant tout, c'est l'état de grâce ? Le reste, au moins logiquement, est conséquent. Le Christ l'a déclaré nettement il y a vingt siècles, et il n'a jamais rétracté sa parole : « Cherchez d'abord le, règne de Dieu et sa sainteté, le reste vous sera donné par surcroît ! » Or, chercher le reste comme s'il tenait lieu de tout, c'est renverser l'échelle des valeurs et ne pas croire à la sagesse du Christ.
La vie divine, l’amitié avec Dieu, l'état de grâce, quoi !... c'est cela qu'il faut à notre société avant tout, au-dessus de tout, moyennant tout. Et cette restauration spirituelle est l'affaire de tout le monde : prêtres et laïcs. Les uns et les autres, dans leur sphère respective et par les moyens qui leur sont propres, ont une part à fournir et un rôle à jouer.
Tant que la société ne sera pas ressuscitée à la vie surnaturelle, ses médecins travailleront sur un cadavre. Ils se montreront peut-être excellents croquemorts, embaumeurs experts, mais rien que cela ! Voilà une de ces choses que l'on sait et que l'on ne sait pas.
Que vaudraient en définitive toutes les entreprises de bienfaisance corporelle (absolument nécessaires), quelle consistance et quelle efficacité auraient-elles, si on ne travaillait pas avec autant d'intrépidité à réintégrer Dieu dans les âmes. Le Créateur a uni intimement l'esprit et la matière, l'âme et le corps. Pour ne pas mutiler le plan divin, il faut mener de front prophylaxie corporelle et prophylaxie spirituelle, hygiène du corps et hygiène de l'âme, santé naturelle et santé surnaturelle.
Le saint Curé d'Ars disait : « Notre peuple fut heureux dès qu'il eût compris qu'il n'y a pas de meilleur gouvernement que celui du Bon Dieu. » Que Dieu règne dans les cœurs, dans les foyers, dans la société, et le reste ira rondement !
Avec la grâce, on ne vit pas à vide. Par la grâce, tout peut être monnayé pour le ciel.
Par contre, toute activité, si brillante paraisse-t-elle, aboutit fatalement à la stérilité quand elle n'est pas vivifiée par l'influx divin. Au soir de la vie, il faudrait dire comme les apôtres : « Nous avons travaillé sans rien prendre. » (Évangile selon saint Luc, ch. V, v. 5.)
Qui ne construit pas sur la grâce sanctifiante, s'épuise en vain. « Voilà, dit le Saint-Esprit, le ver qui corrompt le fruit des meilleures œuvres. » Il ne faut pas le chercher ailleurs. On a laissé
s'étioler son âme et finalement elle est morte d'asphyxie. La rupture violente d'avec Dieu a ruiné du coup toutes les entreprises. On a peut-être beaucoup semé, on n'a rien récolté. On a bâti, péniblement parfois, mais sur le sable. Beaucoup d'agitation, peu d'activité. Fébrilité bruyante et... inféconde !
Si l'on n'est pas en grâce avec Dieu, qu'est-on devenu ? On n'ose le dire ; il est déjà tellement épouvantable de le penser.
Être en état de grâce, c'est être à Dieu un trône, une maison, une cité. Connaît-on rien de plus honorable que de servir de demeure à Dieu ? Conçoit-on rien de plus juste sinon qu'il habite dans sa demeure et n'en soit jamais chassé ?
« Plus une chose va de soi, plus il faut, paraît-il, la crier sur les toits. » (Henri Brémond ; Introduction à la philosophie de la prière.),
Eh bien ! Voici une vérité qu'il faudrait répéter avec insistance, comme une prière, à genoux : sans l'état de grâce, rien de durable sur la terre, rien de valable pour le ciel. On travaille en vain, on souffre en vain, on se démène en vain. Pendant tout ce temps, l'âme crie famine. N'est-ce pas trop dommage, quand on pourrait, en renouant l'amitié avec Dieu, donner à cette activité multiple une valeur éternelle ?
Qu'en est-il au juste de vous, lecteur ?
Êtes-vous un de ces morts qui cherchent la vie ? Sachez que depuis longtemps Jésus vous poursuit de la sainte persécution de sa miséricorde et vous traque dans les réseaux de son amour. Il met plus d'empressement à vous offrir ses pardons que vous à les solliciter.
Que de fois peut-être, par le passé, vous l'avez trouvé sans le chercher, alors même que vous cherchiez autre chose ! En réalité, lui vous cherchait. Il ne demande encore qu'à se donner. Ce besoin qu'à certaines heures de vide vous sentez de sa présence, de son amitié, ne vient pas de vous mais de lui. Dans tout retour vers Jésus, c'est toujours lui qui fait les premiers pas. Il frappe des coups de grâce et lance des appels suppliants.
Toutefois, il ne s'impose pas, il se fait accepter.
Il ne veut pas forcer votre liberté. Il n'entrera pas en vous malgré vous.
Il vous veut : le voulez-vous ?
Il vous appelle : irez-vous à lui ?
Il fait la première démarche : consentirez-vous à la deuxième ?
Il a soif de votre amour, il a soif que vous ayez soif de lui : n'êtes-vous pas désireux du sien ?
Il n'a qu'une haine au cœur, mais forte et terrible : celle du péché. Par contre, il se penche sur le pécheur avec une tendresse vraiment compatissante. Aucune misère ne le rebute. On dirait même qu'elle l'attire.
Pour traiter avec sa miséricorde, l'heure est toujours propice et tous les lieux sont bons.
Il n'y a jamais de honte à accuser un péché et à le réparer. Il n'y a de honte qu'à le commettre et à l'approuver.
De tout l'élan de votre confiant repentir, dites-lui : « Seigneur, ayez pitié de moi selon votre grande miséricorde ! »
Un vrai chrétien est donc, pour commencer, un homme en état de grâce.
Son cœur a été fait pour se draper dans l'amitié de Dieu.
Ce qu'il faut, par conséquent, c'est qu'on cesse de convoiter les jouissances défendues et qu'on apprécie davantage les richesses de l'état de grâce qui auraient bien pu manquer.
Ce qu'il faut, ce sont des parents et des enfants jaloux de leurs privilèges divins, fermement résolus à ne jamais échanger leur droit d'aînesse pour quelque plat de lentilles.
Ce qu'il faut, c'est que, chez tous, la conservation de l'état de grâce devienne un parti-pris, une idée fixe, une implacable obstination, un apport personnel au Que votre règne arrive, une première preuve du Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur.
Ce qu'il faut, enfin, c'est que l'état de grâce soit mis au-dessus de tout, à la fois par une appréciation de l'esprit et par une préférence de la volonté.
L'homme a été christianisé pour vivre en amitié avec Dieu, uni au Christ. S'il veut s'en convaincre, il n'a qu'à s'y mettre.
VIVRE EN ÉTAT DE GRÂCE !... voilà la consigne chrétienne, le premier article au programme évangélique, le mot d'ordre divin.
Telle est l'option nécessaire !
Extrait de : L’État de Grâce. Marie-Antoine ROY, o.f.m.
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