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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 08:43

 

PROPRIÉTÉ ET EXCELLENCE DE LA DÉVOTION…

Ceux qui décourageaient les Israé­lites d'aller a la terre promise leur disaient que c'était un pays qui dévorait les habitants ( Num., XIII, 33, 34), c'est-à-dire, que l'air y était si malin qu'on n'y pouvait vivre longuement, et que réci­proquement les habitants étaient des gens si prodigieux qu'ils mangeaient les autres hommes comme des sauterelles : ainsi le monde, ma chère Philothée, diffame tant qu'il peut la sainte dévo­tion, dépeignant les personnes dévotes avec un visage fâcheux, triste , plein de cha­grin, et publiant que la dévotion donne des humeurs mélancoliques et insupportables.

Mais, comme Josué et Caleb protestaient que non seule­ment la terre promise était bonne et belle, mais aussi que la possession en serait douce et agréable, de même le Saint-Esprit, par la bouche de tous les Saints, et Nôtre-Seigneur par la sienne même nous assure que la vie dévote est une vie douce, heu­reuse et amiable.

Le monde voit que les dévots jeûnent, prient et souffrent les injures, servent les malades, donnent aux pauvres, veillent, contraignent leur colère, étranglent et étouffent leurs passions, se privent des plaisirs sen­suels et font telles et autres sortes d'actions, lesquelles en elles-mêmes et de leur propre substance et qualité sont âpres et rigoureuses ; mais le monde ne voit pas la dévotion inté­rieure et cordiale, laquelle rend toutes ces actions agréables, douces et faciles. Regardez les abeilles sur le thym: elles y trouvent un suc fort amer, mais en le suçant elles le convertissent en miel, parce que telle est leur propriété. O mondains, les âmes dévotes trouvent beaucoup d'amertume en leurs exercices de mortification, il est vrai, mais en les faisant elles les con­vertissent en douceur et suavité. Les feux, les flammes, les roues et les épées semblaient des fleurs et des parfums aux Martyrs, parce qu'ils étaient dévots; que si la dévotion peut donner de la douceur aux plus cruels tourments et à la mort même, qu'est-ce qu'elle fera pour les actions de la vertu ?

Le sucre adoucit les fruits pas assez mûrs et corrige la crudité et ce qu’il y a de nuisible dans ceux qui sont bien mûrs ; or, la dévotion est le vrai sucre spirituel, qui ôte l'amertume aux mortifications et la nuisance aux conso­lations: elle ôte le chagrin aux pauvres et la satisfaction immodérée aux riches, la désolation à l'oppressé et l'insolence au favorisé, la tristesse aux solitaires ; elle sert de feu en hiver et de rosée en été, elle sait être dans l’abondance et souffrir pauvreté, elle rend également utile, l'honneur et le mépris, elle reçoit le plaisir et la douleur avec un cœur presque toujours semblable, et nous remplit d'une sua­vité merveilleuse.

Contemplez l'échelle de Jacob (car c'est le vrai portrait de la vie dévote) : les deux côtés entre lesquels on monte, et auxquels les échelons se tiennent, représentent l'oraison qui obtient l'amour de Dieu et les Sacrements qui le confèrent ; les éche­lons ne sont autre chose que les divers degrés de charité par lesquels l'on va de vertu en vertu, ou descen­dant selon l’intention de nos actions au secours et support du prochain, ou montant par la con­templation à l'union amoureuse de Dieu.

Or, voyez, je vous prie, ceux qui sont sur l'échelle : ce sont des hommes qui ont des cœurs angéliques ou des Anges qui ont des corps hu­mains ; ils ne sont pas jeunes, mais ils le semblent être, parce qu'ils sont pleins de vigueur et agilité spirituelle ; ils ont Vies et ailes pour voler, et s'élancent : en Dieu par la  sainte  oraison,  mais ils ont des pieds aussi pour cheminer avec les hommes  par  une  sainte  et amiable conversation ; leurs visages: sont beaux et gais, d'autant qu'ils reçoivent toutes choses avec douceur et  suavité ;  leurs jambes,  leurs  bras et leurs têtes sont tout à découvert, d'autant que leurs pensées, leurs affec­tions et leurs actions n'ont aucun dessein ni motif que de plaire à Dieu. Le reste  de leurs  corps est  couvert, mais d'une belle et légère robe, parce qu'ils usent la vérité de ce monde et des choses mondaines, mais d'une façon toute pure et   sincère, n'en prenant que légèrement ce qui est requis pour leur condition : telles sont les personnes dévotes.

Croyez-moi, chère Philothée, la dévo­tion est la douceur des douceurs et la reine des vertus, car c'est la per­fection de la charité. Si la charité est un lait, la dévotion en est la crème ; si elle est une plante, la dévotion en est la fleur ; si elle est une pierre précieuse, la dévotion en est l’éclat ; si elle est un baume précieux, la dévo­tion en est l'odeur, et l'odeur de sua­vité qui réconforte  les hommes et réjouit les Anges.

Extrait de : Introduction à la VIE DÉVOTE.  St-François De Sales. (1948)

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