Lazare, notre ami, dort…
Ces deux mots, notre ami, appliqués à Lazare par le Christ, constituent le plus magnifique panégyrique de ce saint. L'amitié avec Jésus fait qu'on, domine la mort. Remarquons l'expression : il dort, alors que le pauvre cadavre, déjà sentait. Souvenons-nous qu'elle est employée pour désigner la mort d'un autre ami du Maître, Etienne ; « Et comme il disait cela il s'endormit dans le Seigneur. » (Act., 7, 59). Nous sommes, nous aussi, appelés à être amis du Seigneur. Correspondons à ce que cela exige, et que note saint Thomas : 1° Une affinité de similitude, qui cause l'amitié, 2° Une inclination affective, qui constitue l'amitié, 3° Une union profonde, qui résulte de l'amitié.
1° Une affinité de similitude, qui cause l'amitié. —
L'amitié unit deux êtres. Elle ne le fait pas s'il n'y a pas entre eux une sorte d'harmonie préalable. Entre nous et Dieu elle avait été décidée. Quand il nous a créés, il dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. » (Gen., 1, 26) ; selon son plan primitif, l'âme humaine devait être son reflet. Ainsi était-elle en Adam innocent ; elle cessa de l'être après son péché. A nous donc, de retrouver la beauté perdue. Admirons la condescendance divine, qui nous rend ce travail possible. On ne peut tendre à une similitude avec quelqu'un qu'on ignore, qu'on ne voit pas. Aussi bien, le Verbe, l'image substantielle de Dieu, le prototype des êtres, s'est fait chair, « et nous l'avons vu ». Par lui, Dieu se fait semblable à nous ; ainsi, à notre tour, il nous est possible de nous rendre semblables à lui, et il nous y invite : « Je vous ai donné l'exemple afin que vous-fassiez comme j'ai fait. » (Joan., 13, 15).
O Jésus, vous êtes devant moi comme l'idéal que je dois poursuivre, le modèle que je dois copier. Je veux vous contempler obstinément, afin que vos traits pénètrent mon âme et l'impressionnent à tel point, que je devienne de ces prédestinés dont parle l'apôtre : « Il les a prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, il les a appelés, il les a justifiés. » (Rom., 8, 29).
2° Une inclination affective qui constitue l'amitié.— De nous à Dieu il y a, essentiellement, cette inclination affective ; il nous a faits pour lui, nous sommes à lui ; res clamât Domino, une chose réclame son maître, le tourment de l'infini est réel : « Je t'ai aimé d'un amour éternel, c'est pourquoi je t'ai attiré dans ma miséricorde. » (Jer., 31, 3) ; nous sommes comme aimantés à l'égard de Dieu. Qui ne va pas à lui, en réalité violente sa nature ; l'homme ne souffre que de son éloignement de Dieu.
Mais, de Dieu à nous, y a-t-il également cette inclination ? A coup sûr. N'oublions pas que nos âmes sont faites à son image, et il la voit en nous cette image. Après la création, « il vit tout ce qu'il avait fait et cela était très bon. » (Gen., 1, 31). Sa complaisance ne se reposait ni sur les montagnes, ni sur les océans, mais sur ces âmes, qu'il entrevoyait comme des étincelles échappées du foyer de son amour, qu'il admirait comme le prolongement de son Verbe : « Tout a été fait par Lui. »
O Jésus, vous venez à moi avec tout votre Cœur miséricordieux ; je ne veux pas hésiter à aller à vous avec tout mon cœur confiant et simple.
3° Une union profonde, qui résulte de l'amitié. — C'est l'union de la grâce ; elle ne peut être plus intime, plus réelle. Saint Paul parle de l'habitation du Christ en nous : « Le Christ est en vous » — « Le Christ habite en vos cœurs
par la foi. » (Eph., », 17). C'est une présence spirituelle d'âme à âme, mais très vraie, profonde, vivante, agissante, toute à notre avantage, si nous sommes dociles à son influence. Car nous savons bien que le plus fort entraîne le plus faible, que le plus grand emporte le plus petit. Voilà le bénéfice de notre amitié divine : nos pensées, nos sentiments, nos inclinations participent aux pensées, sentiments et inclinations de Jésus-Christ. Rien de plus précieux, de plus efficace pour notre perfectionnement et notre sanctification.
O Jésus, toutes mes énergies seront tendues vers ce but : me laisser prendre par vous, me laisser conduire par vos inspirations, me garder attaché à votre volonté. Soyez mon Jésus, le roi de mon cœur.
Extrait de : Méditations quotidiennes de Mgr A. Gonon (1947)
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