Faites ceci en mémoire de moi…
Au moment où Jésus a dit ces paroles créatrices du pouvoir de consacrer qu'il donnait à ses apôtres, il portait en son Cœur les prêtres et les communiants de tous les temps. Nous y étions, et ce jeudi-saint est le vrai jour anniversaire de notre invitation au Saint-Sacrifice de la Messe et à la Sainte-Table. La messe doit être le centre de notre vie. Rien ne nous aidera mieux à « ressusciter la grâce qui est en nous », que d'en méditer les trois actes essentiels : 1° L'oblation, 2° La consécration, 3° La communion.
1° L'oblation. — Quel en est le sens ? Remarquons, d'abord, son importance, puisque d'après la locution courante : « offrir le saint Sacrifice », elle semblerait être principale dans le geste sacré. Et pourtant, on ne peut rien offrir à Dieu souverain maître de tout.
N'oublions pas que, s'il a créé, c'est pour l'homme, afin que, celui-ci, utilisant les créatures, par elles aille à leur Créateur, et qu'elles, à leur tour, aillent à leur Créateur par lui. Or, le péché l'arrête à elles, les arrête à lui. En les offrant, il les rapporte à leur Maître essentiel dont ainsi il reconnaît le domaine absolu. On peut donc dire que l'oblation est une sorte d'adoration initiale, un acte de haute justice.
De là il découle donc que la volonté de l'offrant doit être en harmonie parfaite avec Celui auquel il offre. A la messe, l'hostie offerte est Jésus, dans l'âme duquel sont toutes les âmes créées ; elles s'offrent par lui, il les offre avec lui. Prenons conscience de la parfaite pureté qu'exige de nous ce premier acte sacrificiel, en union avec le prêtre.
O mon Dieu, puisque je viens chaque matin à l'offertoire reconnaître que tout est à vous, ma volonté ne doit pas être en désaccord avec la vôtre. Aussi, je vous dis du fond de l'âme : « Recevez Seigneur toute ma liberté. »
2° Consécration. — Offerte, et ainsi marquée d'un sceau distinctif, l'hostie sera consacrée. De la sorte sera
consommée l'adoration commencée par l'oblation. On ne peut, en effet, dépasser la mort dans la reconnaissance de la souveraineté divine. La victime qui exhale son dernier souffle dit à Dieu équivalemment : «Vous êtes, je ne suis pas. Vous avez seul le droit de vivre, je n'ai que celui de disparaître ». Sur la croix, le Christ a rendu témoignage total, absolu, du tout de son Père, du rien de son humanité à lui. Comme il, était « le premier né d'un grand nombre de frères » (Rom., 8, 29), l'humanité entière était en lui anéantie devant l'Eternel et lui rendait l'hommage définitif. Ce qui se continue à la messe, où Jésus est le même, et dans la même attitude intime, qu'au Calvaire.
O mon Dieu, faites que je ne l'oublie pas : le prêtre, à la sainte Messe, invite tous les fidèles à s'unir à lui et à Jésus souverain Prêtre. La ligne droite de ma vie intègre, et votre Providence, pourvoient à mon immolation en union à Jésus victime ; je ne m'y soustrairai pas.
3° Communion. — Le péché a séparé l'homme de Dieu. L'oblation, la consécration ont pris le contre-pied de ce péché et comblé l'abîme qu'il avait creusé : « La justice et la paix s'embrasseront» (Ps., 84, 11) ; rien ne s'oppose plus au rapprochement, et voilà la floraison du sacrifice : la communion, la « commune union ». Elle existait symbolique dans les anciens sacrifices où trois parts étaient faites de la victime : l'une pour l'holocauste, l'autre pour le prêtre, la troisième pour l'offrant. Elle est réelle à la messe : Jésus réalise d'ineffable manière son vœu : « Moi en vous et vous en moi ».
La joie de nos aurores c'est notre communion de chaque matin, où dans un cœur à cœur réel nous prenons contact avec le divin Ami, pour aller de conserve au labeur quotidien.
O Jésus, je conclus facilement à la portée morale de ce troisième geste sacrificiel : « qui s'assemblent, se ressemblent ». Pour « m'assembler » à vous, il faut que je vous ressemble. Je ferai tous nies efforts pour vous suivre : « Vous nous avez donné l’exemple pour que nous vous imitions. » (Joan., 13, 15).
Extrait de : Méditations quotidiennes de Mgr A. Gonon (1947)
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