Alors il le leur livra pour être crucifié…
Rien n'est plus grand en Jésus que son sacrifice. Il l'a consommé en ce jour et le renouvelle sans fin. C'est sur la croix que s'est réalisée finalement la prophétie de Siméon, qu'il serait un signe de contradiction. Tout est contradiction dans le Christ : incréé et créé, Dieu et homme, tout et néant, infini et fini, éternel et mortel. Le grand drame qui termine sa vie, met en relief, entre autres, trois antithèses douloureuses : 1° Douceur et cruauté, 2° Humilité et orgueil, 3° Amour et haine.
1° Douceur et cruauté. — II était « doux et humble de cœur », il avait supporté avec une inaltérable patience toutes les oppositions, les persécutions, les grossièretés qui lui venaient de toutes parts. Dès qu'il fut arrêté par la cohorte aux ordres de Judas, il n'ouvrit pas la bouche pour se plaindre, il ne fit pas un geste d'impatience, il se laissa faire. Cette attitude, loin de toucher ou de déconcerter ses bourreaux, ne fit que les exaspérer, les exciter, et pousser à l'extrême leur brutalité. Il est garrotté, roué de coups, frappé comme une bête de somme.
On n'évoque pas sans frémir les scènes de la flagellation, du couronnement d'épines, du portement de croix, de l'arrachement de ses habits sur le Calvaire, de la crucifixion. Des animaux féroces attaquent leur proie, la tuent et la dévorent ; ils ne la torturent pas. Les bourreaux de Jésus ne se sont pas bornés à le tuer, ils ont pris plaisir auparavant à le faire souffrir.
O doux Sauveur, ils sont cruels pour vous les pécheurs, et vous demeurez pour eux plein de douceur. Je veux travailler à les convertir, afin de diminuer votre martyre.
2° Humilité et orgueil. — Puisqu'il est au fond de tout péché, l'orgueil est l'unique cause de la Passion où il apparaît infernal dans les auteurs du grand drame. Orgueil des pharisiens qui ne veulent pas avoir tort ; orgueil des prêtres qui s'érigent en juges du Prêtre éternel ; orgueil d'Hérode qui veut voir des signes et méprise l'adorable Jésus ; orgueil de Pilate qui ose condamner à mort le Maître de la vie. En face de ces forcenés, le Sauveur est humilié et humble d'impressionnante façon. Il est souffleté par un valet devant Caïphe ; il est conduit à un roi immonde et se tait en sa présence ; devant toute la foule il est mis sur le même pied qu'un infâme malfaiteur; on tourne en dérision sa royauté ; finalement condamné à mort, il est crucifié, supplice des esclaves, avec deux bandits. Peut-il descendre plus bas dans l'effondrement de tout ce qui est l'honneur, la dignité d'un homme ? Et il a ainsi voulu, pour expier nos orgueils fous.
O humble Maître, « rendez mon cœur semblable au vôtre». A vous voir si humilié j'ai honte de mon amour propre, de mes suffisances, de ma sottise. Je m'anéantis devant vous.
3° Amour et haine. — Parce qu'il est Dieu, « charité », il a apporté ici-bas l'amour infini. Puisqu'il est homme, il aime d'ineffable amour humain ceux qu'il venait sauver. Délicat, généreux, bon, même pour ses ennemis, même pour Judas auquel il ne dit que ce mot : Mon ami !... Il n'a adressé au pauvre Pierre renégat qu'un regard douloureux. Sur la croix, il a promis le paradis au larron pénitent, il a prié pour ses bourreaux. Pour lui, loin de désarmer la haine, son amour la fait, monter. Plus se déroule la scène terrible, plus se multiplient les blasphèmes, les cris sauvages, les malédictions ignobles. Ce mystère de la haine répondant à l'amour durera jusqu'à la fin des siècles ; il se multiplie par les communions sacrilèges : pourquoi me frappez-vous ? murmure au fond d'une âme qui en est coupable, le doux Agneau divin. La haine contre amour, c'est, hélas l'enfer éternel !
O bon Jésus, je veux vous aimer de tout mon cœur, en esprit de justice, en esprit de réparation ; je travaillerai à exciter en ceux qui m'entourent la foi de saint Jean : « Et nous, nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous. » (1 Joan., 4, 16).
Extrait de : Méditations quotidiennes de Mgr A. Gonon (1947)
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