En passant, Jésus vit un aveugle de naissance…
La guérison de l'aveugle-né est l'un des miracles les plu touchants que fit Jésus. Il est rapporté avec un luxe et précision de détails prouvant assez l'importance que l'évangéliste lui accorde. Le Maître l'a souligné lui-même quand, répondant à la question : qui a péché ? il dit à ses apôtres : «Ni lui n'a péché, ni ses parents, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » 1° Nous sommes des aveugles-nés. 2° Demandons-notre guérison.
1° Nous sommes des aveugles-nés. — Du point de vue surnaturel, qui seul importe, il en est ainsi. Dieu a créé l'âme d'Adam dans la lumière, la vie était lumière. Il l'entretenait en lui par la révélation primitive, par ses conversations familières du paradis terrestre. Le courant lumineux fut interrompu par la chute. Celle-ci causa la mort ; elle fit pénétrer les ténèbres de l'ignorance dans le pauvre déchu, lequel devenu ainsi aveugle, ne put transmettre à ses descendants ce qu'il ne possédait plus. L'aveuglement de l'humanité est patent ; nous venons en ce monde sous un signe de malheur, « j'ai été conçu dans l'iniquité» (Ps., 50, 7); nous faisons des efforts inouïs pour apprendre quelque chose, et beaucoup végètent en leur nescience. Les plus grands savants eux-mêmes ne débordent guère le champ du créé, et, de l'incréé, les notions qu'ils peuvent avoir naturellement, fussent-elles géniales, ne sont même pas une étincelle de la « lumière de vie ». Celle-ci, nul ne la possède, ni ne peut la posséder par lui-même ; le surnaturel est transcendant ; Dieu seul peut ouvrir nos yeux aux choses éternelles ; il l'a fait en envoyant son Fils, son Verbe, le Soleil de justice, sur cette pauvre terre. En Lui était la vie ; ayant semé à pleines mains cette clarté vivifiante, il a institué le baptême qui nous guérit, nous ouvre les yeux, nous redonnant la possibilité de voir, et ainsi de vivre, par la foi ici-bas, par la gloire, plus tard, si nous sommes fidèles: « dans votre lumière nous verrons la lumière (Ps., 35, 10). Ici comme là, c'est la lumière, mais entrevue d'une façon bien différente.
Aveugles-nés, guéris par l'inoculation de la grâce, nous entrevoyons «dans un miroir d'une manière obscure » (1 Cor., 13, 12) ; nos yeux se forment pour le jour où, mourant dans la grâce, nous les ouvrirons au grand large sur la fulgurante vision : «Nous le verrons comme il est, face à face ». (1 Joan., S, 2).
Miséricordieux Jésus, je n'apprécie pas assez le bienfait de la foi dont le baptême a déposé le germe en mes puissances. C'est le don initial, soutien et générateur de tous les autres. Faites que j'y corresponde généreusement.
2° Demandons notre guérison. — Nous sommes guéris par le baptême, nos yeux sont ouverts ; mais il est certain qu'un organe gravement atteint, et rendu à la santé, ne peut avoir ni la même vigueur, ni la même endurance que s'il fût demeuré intact et sain. Il a besoin d'être constamment surveillé et soigné.
Ils sont faibles les yeux de notre âme, et pour en assurer le service, il faut nous adresser à Jésus, qui renouvellera son geste ; il enduira de boue nos paupières ; il nous ordonnera d'aller les laver à la piscine de Siloë ; symboles d'une double exigence d'humilité et de docilité. Telle est la garantie d'une foi sereine et grandissante. On comprend que le Maître demande ceci et cela pour maintenir et amplifier ses dons d'illumination intérieure. C'est une folie de la part d'une intelligence humaine que de vouloir se mesurer avec l'infini ; c'est un égarement insensé pour une volonté que de ne point s'anéantir devant l'Éternel. Au milieu des ergoteurs suffisants et pleins d'eux-mêmes qui l'entouraient et le poursuivaient, le Christ a lancé vers le ciel cette touchante et suggestive exclamation : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits. » (Matt., 11, 25)
O mon Jésus, je suis toujours et malgré tout un débile. Je veux me faire bien petit devant vous, très docile aux directives de votre Eglise. Ainsi je serai sûr que vous me fortifierez, et que vous me « révélerez » la vérité qui affranchit.
Extrait de : Méditations quotidiennes de Mgr A. Gonon (1947)
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