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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 08:45

L'Ave Maria se recommande à notre piété non seulement à cause de son origine céleste, mais par le sens profond des mots dont il est composé. Voici quel­ques brèves considérations qui pourront nous aider à nous faire une idée plus exacte de la richesse contenue dans cette formule de prière si chère à tous les catho­liques.

« Je vous salue, Marie, pleine de grâce »

Il s'agit évidemment ici de la grâce par excellence, c'est-à-dire, la grâce sanctifiante, cette participation réelle de la nature divine qui sanctifie l'homme, qui l'élève à l'ordre divin, qui fait de lui un véritable enfant de Dieu. C'est la possession de ce don précieux qui rend possible la vision de l'essence divine et la jouissance du bonheur surnaturel.

La Révélation nous enseigne que le degré de gloire et de bonheur dont jouissent les bienheureux du ciel est précisément le degré de grâce sanctifiante que chacun d'eux possède au terme de sa vie méritoire.

Or, tous les théologiens affirment aujourd'hui d'un commun accord que Marie est parvenue à un degré de grâce qui dépasse incomparablement celui du plus grand des saints et du plus élevé des anges. C'est pour­quoi l'Eglise lui décerne le titre de « Reine des anges », « Reine de tous les saints » et « Reine du ciel ».

Pour nous faire une petite idée du degré de gloire dont jouit Marie au ciel, il suffit de nous rappeler que le degré final auquel parvient un être au terme de son existence méritoire dépend de deux facteurs : d'abord, du degré initial de grâce sanctifiante que Dieu infuse gratuitement dans l'âme, lorsqu'il lui confère pour la première fois le don de la vie divine, et, secondement, de l'augmentation de ce degré initial produite par les actes méritoires et surtout par les actes d'amour parfait de Dieu et du prochain au cours de la vie méritoire.

Or ces deux facteurs ont contribué à produire en Marie un degré de sainteté dont il est difficile de s'imaginer la grandeur.

En effet, à cause du rôle éminent que Dieu lui desti­nait dans le plan de la Rédemption, — celui de mère du Rédempteur, de coopératrice, de médiatrice universelle, etc. — le degré initial de grâce qui lui fut conféré dès l'instant de sa conception a dû dépasser celui des anges et des apôtres, dont la fonction n'a été que celle de servi­teurs et ministres de Nôtre-Seigneur. Les théologiens modernes semblent même se rallier de jour en jour à l'opinion que le degré initial de grâce qui fut accordé à Marie a dépassé le degré final du plus grand des saints et du plus élevé des anges.

Ce qui est certain, c'est que l'ambassadeur de Dieu a salué Marie en lui donnant le tire de pleine de grâce, parce qu'elle a reçu la plénitude de grâce sanctifiante qu'une créature, destinée à devenir la Mère de Dieu, était susceptible de recevoir dès le premier instant de son existence.

Mais ce premier degré, si grand qu'il soit, s'est aug­menté d'une façon incalculable au cours de sa longue vie méritoire. Nous savons, en effet, qu'avec la grâce sanctifiante Dieu infuse dans l'âme une vertu de charité du même degré que la grâce elle-même. Et comme Ma­rie a été le modèle parfait de la fidélité à la grâce, sa vie a été une suite d'actes très intenses de charité par­faite. A partir de l'Incarnation, son amour pour Dieu s'est doublé de l'amour d'une mère pour son fils. Quel accroissement de grâce cette mère a dû recevoir au cours de ses longues années de commerce intime avec un fils infiniment aimant qui était en même temps l'au­teur infiniment puissant de toute grâce et de toute sainteté. Il ne faut donc pas s'étonner que tous les saints se soient révélés impuissants à exprimer sa grandeur et son élévation.

« Le Seigneur est avec vous »

Cette expression peut avoir deux significations.

On peut d'abord l'entendre au sens biblique de l'Ancien Testament et elle signifie alors : « le Seigneur vous est favorable, il est votre ami, il vous protège, il est votre défenseur, il est de votre côté ».

On peut aussi l'entendre dans un sens qui s'accorde avec la doctrine révélée par Nôtre-Seigneur lui-même. Il s'agit de la présence substantielle de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dans l'âme qui possède la grâce sancti­fiante. « Si quelqu'un m'aime, Mon Père l'aimera aussi et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre de­meure. » En faisant ainsi de nous sa demeure, Dieu ne nous accorde pas seulement sa présence, il se donne à nous, avec un plein droit de propriété sur les trois per­sonnes divines, droit de propriété qui deviendra un droit de jouissance éternelle, si nous avons le bonheur de mourir en état de grâce.

Nous pouvons donc dire en toute vérité à Marie que le Seigneur est avec elle, puisque Dieu est en elle, qu'elle Le possède et qu'elle jouit aujourd'hui de Lui dans l'union éternelle de la vision béatifique.

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes... »

Ces paroles ont été prononcées par l'archange Ga­briel et aussi par sainte Elisabeth sous l'inspiration du Saint-Esprit. Le mot « bénie », benedicta, signifie : « célébrée, glorifiée ». Marie est « bénie entre toutes les femmes » non seulement parce qu'elle a reçu un de­gré de grâce exceptionnel, mais aussi parce que parmi toutes les femmes elle est la seule qui a été à la fois vierge et mère; elle a été l'épouse du Saint-Esprit et mère de Dieu. C'est ce titre de gloire qui l'élève au-dessus de toutes les autres créatures et qui lui suscitera éternellement les louanges et l'amour de tous les élus.

« Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni »

Il semble bien que le Saint-Esprit ait révélé à sainte Élisabeth l'origine divine de l'enfant que sa jeune cou­sine portait dans son sein; car elle ajouta immédiate­ment après : « Et d'où me vient cet honneur que la mère de mon Seigneur vienne me visiter ? »

« Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous »

Cette seconde partie est un acte d'amour parfait du prochain par lequel nous demandons à Marie de prier pour tous les hommes, pendant leur vie et surtout à l'heure de leur mort, afin de leur obtenir à tous le par­don de leurs péchés et le bonheur éternel.

Concluons que la Salutation angélique n'a pas seulement une origine céleste : c'est aussi la plus belle formule de louange que nous puissions adresser à Marie et, comme le Pater, c'est une prière salutaire, qu'on ne peut réciter avec un coeur sincère sans assurer en même temps notre état de grâce et la présence de Dieu en nous.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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