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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 03:50

                        

 

Il n'est pas d'impie si endurci qui ne souhaite néanmoins de bien mourir: Il n'est pas de méchant, si pervers qu'il soit , qui veuille mourir comme il ose vivre, à moins de renier complètement Dieu, de n'avoir aucune notion de l'enfer et de se jouer de l'éternité. Mais comment s'imaginer qu'on puisse recevoir la récompense du mal que l'on a fait ? Comment pré tendre arriver au terme d'une route en lui tournant le dos ? Quis'avisera jamais de planter des ronces pour y recueillir des raisins, de semer de l'ivraie pour en récolter du froment ?

 

La mort est un écho : telle vie, telle fin ; la vie est un et cri jeté à cet écho : la mort sera l'expression fidèle de votre cri, de vos inclinations, de votre conduite. Voulez-vous connaît d'avance quelle mort vous attend ? Voyez ce qu'est votre vie, car la mort bonne ou mauvaise est le fruit d'une bonne ou d'une mauvaise vie : À bon arbre, bon fruit : À sainte vie, sainte mort ; à mauvais arbre, mauvais fruit : à méchante vie, méchante mort.

 

La mort est le véritable miroir de la vie ; si vous lui opposez une vie pure, le reflet en sera pur ; si vous lui présentez une vie criminelle, l'image réfléchie sera hideuse. « Et ce mi­roir, dit saint Augustin, ne flatte personne : il vous montre à vous-même tel que vous êtes réellement. »

 

Il n'est pas en notre pouvoir de vivre ou de mourir ; mais il nous est possible, avec le secours de Dieu, de bien vivre afin de nous assurer une bonne mort ; apprendre à bien vivre, c'est apprendre aussi à bien mourir.

 

« Dans toute l'Écriture, remarque saint Augustin, on ne rencontre qu'un malfaiteur qui ait eu le bonheur de faire une mort après avoir mené une vie de désordre et d'infamie : on en trouve un, pour que personne ne soit tenté de dés­espérer de son salut : mais on ne trouve non plus que celui-là, afin que personne ne se berce d'une vaine espérance. » Ne vous flattez pas d'avoir le même bonheur, mais craignez de mourir en réprouvée si vous voulez vivre en réprouvée.

 

Tout homme esquisse dans sa vie le tableau de sa mort, ta­bleau repoussant ou agréable dont les œuvres de l'homme for­ment en quelque sorte les traits et les contours. Il n'y a d'ail­leurs que les souillures du péché qui rendent la mort hideuse.

 

Si vous voulez ne pas craindre la mort, il vous faut crain­dre le péché qui en fait toute l'horreur. Pour bien finir votre vie, il faut avant tout cesser de mener une vie mauvaise. C'est une triste et funeste erreur que de se proposer de bien vi­vre quand on ne peut plus vivre : qu'une bonne vie précède donc votre mort, afin qu'une mort misérable ne succède pas à une misérable vie.

 

L'arbre tombera du côté où il penche : si vous n'avez pen­ché pendant toute la vie que du côté du mal, de la négligence, de la tiédeur, quelle chute terrible, ou du moins périlleuse, n'a­vez-vous pas lieu d'appréhender à la mort ! Il est temps, grand temps de vous redresser et d'incliner vers le bien, dût-il vous en coûter même une extrême violence.

 

En mourant, le cygne fait entendre le chant du cygne, et le corbeau pousse le désagréable croassement de ses pareils : votre mort bonne ou mauvaise ne sera que l'expression et l'écho des habitudes de votre vie. Comment vous dépouille­riez-vous à cette heure-là des vices auxquels vous vous seriez étroitement attachée ? Adonnée de cœur au monde et à ses vanités, compteriez-vous goûter tout à coup, au moment fa­tal, la douceur des biens célestes ? Pourriez-vous alors haïr sans transition ce que vous auriez constamment aimé ? Se­riez-vous soudainement éprise de ce qui vous aurait toujours répugné ?

 

Un malade ressemble fort à un vaisseau qui fait naufrage : ceux qui s'y trouvent ne savent à quoi se cramponner pour échapper à la mort : l'un saisit une planche, l'autre se jette à la mer, un autre se confie à une chaloupe : tous font retentir l'air de leurs cris et de leurs lamentations.

 

Tel est aussi l'état d'une âme qui voit son corps prêt à se dissoudre : elle est si troublée qu'elle n'a pas même le temps de songer à elle-même: elle ne s'occupe que d'éluder la mort : elle s'attache à tout en qu'elle rencontre pour y parvenir; elle résiste, elle se confond en gémissements et en regrets; puis, lorsqu'elle se voit con­trainte de partir, elle s'écrie avec amertume et désespoir : « O mort ! Je ne vous savais pas si proche! Ô enfer ! Je ne vous croyais pas si épouvantable ! Ô éternité ! Je ne vous avais jamais supposée si horrible ! »

 

Cessez donc de différer la plus importante de toutes vos affaires jusqu'à ce moment décisif où vous serez incapable d'en accomplir la moindre chose ! Est-il temps de fortifier une place déjà assiégée ? D'établir ses comptes au moment où il faut les rendre ? De se préparer à un voyage quand le vaisseau est sous voiles ? Attention ! L'ennemi est à vos portes, l'huissier est à vos trousses, la cloche a sonné le départ du navire qui doit vous déposer sur les rives de l'éternité !

 

En résumé, commencez dès aujourd'hui à vivre comme vous souhaitez mourir : aimez maintenant ce que vous voudrez aimer à la mort ; fuyez ce que vous voudrez alors avoir évité et faites ce que vous voudrez avoir fait ; par-dessus tout, maintenez-vous toujours en état de grâce.

 

«O miséricordieux Jésus, accordez-moi cette grande grâce de devenir telle que je souhaite être trouvée à l'heure de ma mort : donnez-moi la force de fuir le péché, de mépriser la vanité, et de vivre de la vie des élus, afin que je n'aie pas un jour le malheur de mourir en réprouvée. »

(R. P. HILLEGEER)

 

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.com

 

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