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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 03:59

 

SES PREMIÈRES ANNÉES DE RELIGION

 

Lorsque la Visitation Sainte-Marie de Chambéry lui ouvrit ses portes, Françoise Chambon avait vingt et un ans. Deux années plus tard, en la fête de Notre Dame des Anges, 2 août 1864, elle pronon­çait les saints Vœux et prenait place définitivement — sous le nom de Sœur Marie Marthe — parmi les Religieuses du voile blanc.

Rien, à l'extérieur, ne prévenait en faveur de la nouvelle épouse de Jésus-Christ. La beauté de la fille du Roi était vraiment tout intérieure... Dieu qui, sans doute, se réservait des compensations, avait, sous le rapport des dons naturels, traité Sœur Marie Marthe avec une réelle parcimonie ! Des manières et un langage rustiques ; — une intelligence plutôt médiocre, que nulle culture, même sommaire, n'était venue développer : Sœur Marie Marthe ne savait ni lire ni écrire ;

 

(Note : Il importe de ne jamais perdre de vue cette complète ignorance de Sœur Marie Marthe : d'une part, on sera émerveillé de trouver tant « d'exactitude doctrinale et de justesse d'expression » chez une personne si peu cultivée ; d'autre part, on excusera volontiers ce qui peut laisser à désirer dans « certains détails ne se rapportant pas à la substance des choses ». (Appréciation du R. P. Mazoyer, S. J.)

 

des sentiments qui ne s'élèveront que sous l'influence divine ; — un tempérament vif et quelque peu tenace ; les Sœurs, ses compagnes le disent volontiers, en souriant : « 0h ! Pour une sainte, c'était une vraie sainte ! Mais une sainte parfois agaçante, et énervante ! »

 

La « sainte » le savait bien ! Et, dans sa naïveté touchante, elle se plaignait à Jésus d'avoir tant de défauts : « Tes imperfections, lui répondait-il, « sont la plus grande preuve que tout ce qui se passe en toi vient de Dieu. Je ne te les enlèverai jamais ; elles sont la couverture qui cache mes dons. Tu as  bien envie de te cacher ? J'en ai encore plus envie  que toi!... »

 

En regard de ce portrait, on aimerait à en placer un second aux lignes autrement attrayantes. Sous les dehors d'un bloc passablement informe, l'obser­vation plus attentive des Supérieures ne tarda pas, en effet, à deviner, puis à reconnaître une physio­nomie morale déjà très belle, et s'embellissant tous les jours sous l'action de l'Esprit de Jésus. On note­rait ici de ces traits frappés aux signes infaillibles qui révèlent l'Artiste divin... et le révèlent d'autant mieux que les disgrâces de la nature n'ont point disparu : dans cette intelligence si fruste, que de lumières, que de vues profondes ! Dans ce cœur sans culture naturelle, quelle innocence, quelle foi, quelle piété, quelle humilité, quelle soif de sacrifice !

 

Il suffira, pour le moment, de rappeler le témoi­gnage de sa Supérieure, N. T. H. Mère Thérèse Eugénie Revel : « L'obéissance est tout pour elle.  La candeur, la droiture, l'esprit de charité qui l’anime, sa mortification, et, par-dessus tout, son humilité sincère et profonde, nous paraissent les plus sûrs garants de la conduite de Dieu sur cette âme. Plus elle reçoit, plus elle entre dans un vrai mépris d'elle-même, étant presque habituellement écrasée par la crainte d'être dans l'illusion. Docile aux avis qui lui sont donnés, les paroles du Prêtre et de la Supérieure ont une grande puissance pour lui rendre la paix... Ce qui nous tranquillise sur­tout, c'est son amour passionné pour la vie cachée; son besoin impérieux d'échapper à tout regard humain, et la frayeur qu'elle a qu'on aperçoive ce qui se passe en elle. »

 

Les deux premières années de vie religieuse de notre Sœur s'écoulent à peu près normalement. A part un don d'oraison peu commun, un recueil­lement perpétuel, une faim et une soif de Dieu toujours croissantes, rien de vraiment particulier et qui fasse prévoir des choses extraordinaires.

 

Mais, en septembre 1866, la jeune Converse commence à être favorisée des fréquentes visites de Notre-Seigneur, de la Très Sainte Vierge, des Âmes du Purgatoire, des Esprits Bienheureux.

 

Jésus crucifié, surtout, lui offre presque chaque jour à contempler ses Plaies divines, tantôt resplen­dissantes et glorieuses, tantôt livides ou ensan­glantées, en lui demandant de s'associer aux dou­leurs de sa sainte Passion.

 

(À suivre)

 

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation.  1937

 

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