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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 20:00

 

Lorsqu'un voyageur quitte son pays pour une excursion lointaine, mon cher enfant, il n'a pas seulement à parcourir un itinéraire tout tracé d'avance, pour arriver heureu­sement au but ; if doit en outre se mettre en garde, avec le plus grand soin, contre les périls auxquels on risque d'être exposé dans de semblables voyages ; l'intempérie des saisons, les accidents de !a route, les ravins, !es voleurs, etc. ; II ne suffit pas non plus au navigateur de consulter sa boussole et de commander la manœuvre, pour parvenir au port sans danger de naufrage ; il doit encore être attentif à éviter les écueils, contre lesquels pourrait sombrer le navire...

Vous voyez, chers amis, combien il importe de connaître les écueils que nous vous signalons, et de se prémunir contre les funestes périls auxquels ils exposent les âmes imprudentes. C'est doublement nécessaire pour vous, à cause de l'inexpérience et de la fragilité de votre jeunesse. Si nous ne pouvons parler ici de tous ces écueils, nous voulons du moins vous indiquer les principaux.

Le Premier, c'est l‘Oisiveté

C'est par elle que le démon entraîne au fond de I'abîme une foute de jeunes chré­tiens. En général, on ne se défie pas de cet ennemi de la vertu, parce qu’il se pré­sente sous de trompeuses apparences. On se persuade aisément que ce n'est pas un grand mal de rester à ne rien faire ; maïs on a bien tord : notre esprit en effet ne peut rester sans penser, notre cœur sans s'attacher à quelque objet. La nature a horreur du vide, comme le disaient les anciens. Si donc nous n'avons soin de don­ner la première place à une occupation quelconque, l'esprit mauvais ne tardera pas à prendre cette place. Il saisit l'heure où il nous voit plongé dans une inaction amollis­sante pour envahir notre imagination. Ah! Si nous ne faisons rien, il fait alors, lui, une bien mauvaise besogne au lieu de celle que nous devrions faire ! Ce sont des rêves dangereux dont il nous remplit la tête, des images séduisantes qu'il étale devant nos yeux, des pensées importunes dont il nous assiège. Et si déjà nous avons tant de peine à nous débarrasser de ses suggestions lorsque nous sommes appliqués au travail, que doit-ce être quand il nous parle librement et que nous sommes toutes oreilles pour entendre !

Ajoutez à cela qu'un homme oisif est un homme sans armes; il faudrait lutter pour chasser le démon qui menace de se rendre maître de notre cœur; mais la grande arme dans cette lutte, c'est la prière; or un homme oisif ne sait pas prier. Il faudrait se mortifier, or tout au contraire, il dort au lieu de se mortifier, il flatte la nature : aussi cette pauvre nature se met-elle de connivence avec le démon.

Voilà comment on fait de lourdes chutes, des chutes parfois irréparables. Ah ! Cher ami, ne soyez jamais oisif ; prenez pour vous la recommandation de saint Jérôme : « Qu'en aucun temps le démon ne vous trouve inoccupés ! » Votre vertu courrait trop de risques... Des lectures, des jeux, des promenades, des récréations honnêtes, à la bonne heure ; le désœuvrement, jamais !

2. LES MAUVAIS COMPAGNONS.

Les mauvais compagnons ont damné plus de jeunes gens que tous les saints ensembles n'ont jamais pu ensauver. On les a appelés, avec beaucoup de raison, des suppôts du démon; Il semble en effet que ce soit le démon qui les anime et qui s'en serve pour prendre des âmes innocentes. Quelques précautions que l'on prenne, il est presque impossible de s'entretenir avec ces faux amis sans offenser Dieu et même sans se pervertir. « Celui qui touche la poix se souille, dit l'Écriture, et celui qui converse avec les impudiques devient débauché. » Un mot, qui nous surprend à l'improviste, suffit pour inoculer le venin dans notre cœur. Mais s'il faut peu de chose pour se laisser entraîner, quels efforts ne faut-il pas pour se retirer de l'abîme, quand une fois on a succombé ! Hélas ! bien peu de jeunes gens sont capables de ces efforts, et voilà pourquoi, lorsqu'on a commencé à fréquenter de mauvais camarades, on ne tarde pas à s'enfoncer de plus en plus dans le mal, au lieu d'écouter les salutaires remords de la conscience.

Soyez donc inexorable, cher enfant, à l'endroit des mauvais compagnons; renoncez, coûte que coûte, à fréquenter un jeune homme dont les discours ou la conduite peuvent vous porter au mal. N'examinez pas si c'est un ami de la famille, un camarade d'enfance, un parent, peut-être : Il n'est pas vertueux, cela suffit, n'en demandez pas davantage. Et ne dites jamais : « Ce sera pour une fois seulement que je serai en sa compagnie, ou encore : « Je serai prudent, je ne prêterai point attention aux paroles légères qui lui échapperaient... » Accorder cela au démon c'est préparer inévitablement votre chute : l'occasion vous entraînera, l'expérience ne l'a que trop souvent prouvé. Le seul moyen pour vous, c'est de prévenir le mal : vous vous perdrez, si vous attendez qu'il ait déjà fait des ravages dans votre âme pour y apporter un tardif remède.

Ne fréquentez même pas ceux de vos compagnons qui ont une foi faible, un esprit mondain, léger et frivole. De tels jeunes gens peuvent n'être pas encore mauvais, mais ils sont bien près de le devenir. Pour vous, choisissez vos amis parmi les meilleurs; vous vous épargnerez ainsi bien des fautes et bien des regrets...

3. LES MAUVAIS LIVRES.

Voilà encore un écueil contre lequel est venue se briser la vertu trop fragile d'une infinité de jeunes gens. Rien de plus désastreux que les effets des mauvaises lec­tures. Elles affaiblissent et font même perdre la foi. Elles diminuent notre vénéra­tion pour la sainte Église ; elles jettent le doute et le trouble dans l'esprit ; elles inspirent le dégoût pour les choses de Dieu ; elles corrompent le cœur et lui ra­vissent son innocence ; elles enflamment les passions et portent souvent aux plus grands désordres ; elles sont le fléau de la piété. Ces dangers si nombreux et si effrayants existent principalement pour la jeunesse ; Aussi les mauvaises lectures sont-elles une occasion prochaine de péché. On ouvre un livre en se disant qu'on n'en lira que quelques lignes ; puis on n'a plus la force de résister à la tentation et on en achève la lecture. Ou bien on se promet de le fermer au premier mot qui influencera mal : mais avant même d'avoir pu prendre cette précaution on se sent envahi, obsédé, par des pensées criminelles, il est trop tard pour y porter remède. Enfin, supposé qu'on n'éprouvât aucun mauvais effet, on ne pourrait pas se flatter d'avoir affronté le danger impunément ; il y a dans ces li­vres un poison secret qui se glisse dans notre esprit à notre insu, pour y faire à la longue les plus déplorables ravages. (On pourrait comparer cela aujourd'hui à un virus informatique)

Croyez bien qu'il n'y ait aucune exagération dans ces mots. Oui, un instant suffit pour que l'imagination se trouve frappée ; et quand le mai est fait, des années entières ne peuvent, le plus souvent, suffire à le réparer. Oh ! Quelle imprudence de se permettre de telles lectures ! A suivre.

Extrait de LES SIX ÉCUEILS À LA VERTU

Pour former l'enfance à la piété Publié en 1903 avec l'approbation de l'Autorité ecclésiastique.

elogofioupiou.over-blog.com

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