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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 17:42

     

 

Personne  au monde ne veut avoir l'honneur de manquer de bon sens et de logique dans ses entreprises ou dans sa conduite. Et cependant, c'est ce qui arrive chaque jour et a chaque instant dans l'ordre spirituel. Lorsqu'on réfléchit un peu sérieusement aux affaires de son âme et qu'on établit un parallèle entre la manière dont on les gère et celle dont on use dans le maniement des affaires humaines, on constate que l’on commet dans les premières des imprudences si énormes, des méprises si lourdes, des bévues si nombreuses que c'est véritablement quelque chose d'inexplicable. D'ou vient cela ? Pourquoi le bon sens semble-t-il nous avoir abandonnée lorsqu'il s'agit de nos intérêts spirituels ? Sont-ils moins importants que ceux de cette misérable vie ? Ne suffit-il pas au contraire d'un instant de réflexion pour nous convaincre qu'ils sont infiniment plus sérieux, plus graves, plus décisifs, qu'ils sont même les seuls sérieux, et que les affaires les plus colossales de ce monde ne sont que des jeux d'enfant en comparaison ?

 

 Ces rapprochements sont d'une grande utilité et disent plus efficacement que les livres la nécessite de se reformer, de faire au moins pour Dieu et pour le ciel ce qu'on fait pour éviter un rhume, pour gagner quelques pièces d'argent ou pour se procurer une jouissance grossière, incertaine et fugitive. Dans cette lecture on trouvera de ces contrastes qui offrent ample matière aux plus salutaires réflexions.

 

Trois fois par jour je prends de la nourriture; je me gar­de bien de laisser jamais mon corps souffrir de la faim ni de la soif. Y a-t-il une ombre de rapport entre ce soin si fréquent et si minutieux de ma réfection corporelle et celui que je prends de ma nourriture spirituelle ? Quand donne ai-je recours à cette dernière, qui consiste principalement dans le pain de la prière, le pain de la parole de Dieu et le pain eucharistique ? Oh ! Que ce mot de David s'appliquerait bien a mon âme : « Je me suis dessèche, j'ai perdu toute ma force, parce que j'ai oublie de manger mon pain ! » Et dire qu'il s'agit par ce pain de nourrir mon âme pour qu'elle vive éternellement, qu'elle soit éternellement bienheureuse, tandis que la nourriture matérielle ne doit servir que pour prolonger de quelques années une vie de travail et de misères! Où est le bon sens dans un tel renversement des choses ? Le moins que je puisse faire n'est-il pas de pourvoir aussi soigneusement à la nourri­ture de mon âme qu'a celle de mon corps ? C'est évident, et c'est ce que je veux faire désormais, aussi bien par raison que par foi.

 

 Lorsqu'il est question de vêtir mon corps, de le parer, je suis encore bien plus attentive qu'en ce qui regarde sa nourriture. Un habit grossier ne me convient pas, quoique rationnellement ce soit toujours trop bon pour un corps de boue destine a rentrer un jour dans la boue. II me faut des étoffes fines, des vêtements à la mode, et je n'y souffre pas la moindre malpropreté. Le soin de ma toilette me prend un temps appréciable et je ne voudrais pas paraître publiquement en néglige. Maintenant, suis-je fidèle à prendre les mêmes soins pour vêtir et orner mon âme ? Suis-je atten­tive a la conserver dans 1'innocence, a la préserver des moindres souillures ? Suis-je exacte a consacrer a cette occupa­tion un moment chaque jour ? Me fais-je scrupule de paraître à 1'eglisc devant Notre-Seigneur Jésus-Christ sans ce vêtement intérieur de I'humilité, de la modestie, de toutes les vertus ? Quelle différence, encore une fois entre ce que je tais pour mon corps et ce que je fais pour mon âme ! Et pourtant!

 

 Lorsque mon corps est atteint d'une maladie, ou qu'il éprouve une simple indisposition, mon attention se porte aussitôt de ce c6te. Je suspends mon travail, j'appelle le médecin, je prends des remèdes, je m'assujettis à un régime, je me prive des choses qui me plaisent le plus. Et quand mon âme est atteinte de la dangereuse maladie du péché, je reste quasi insouciante, je néglige mon mal. Est-ce la raisonner ? Le pis qui puisse arriver a mon corps, c'est de mourir ; et qu'est-ce que cela ? II faut tout de même mourir un jour. Mais mon Sine, des qu'elles est en état de péché mortel, court le péril des plus effroyables malheurs, de malheurs irréparables, inoui's, éternels. N'est-ce pas pour mon corps que devrait être 1'indifference en cas de maladie, et pour mon âme toute la sollicitude, toute 1'inquietude, en cas de péché ?

 

 Si, pour goûter un plaisir coupable, il fallait consentir a 1'amputation d'un de mes membres ou a la mort, jamais je ne voudrais d'un tel plaisir ; je trouverais absurde qu'on me le proposât ; je regarderais même cette offre comme un affront a mon bon sens. Et que devient donc ce bon sens lorsque, pour le même plaisir, je ne crains pas de sacrifier la vie de mon âme en commettant une faute grave ? La sagesse la plus élémentaire ne demande-t-elle pas que je repousse avec horreur,  avec indignation I'offre qui m'est faite de ce plaisir défendu !  La perte d'un de mes bras ou d'une de mes jambes peut-elle jamais entrer en comparaison avec la perte de mon âme ? Tous ces raisonnements peuvent paraître naïfs ; je vois pourtant avec la dernière évidence qu'ils sont d'une parfaite exactitude,  ou plutôt qu'ils restent bien au-dessous de la vérité, puisque mon âme mériterait une estime incomparablement plus grande que mon corps. Les naïfs, ce sont ceux qui se jettent volontairement dans les plus pernicieuses illusions et qui refusent, par orgueil, d'arrêter leur esprit à ces considérations dont la justesse les crispe et les impatiente. Hélas ! Ils auront l'éternité tout entière pour se détromper.

 

 Si je me voyais atteinte de la petite vérole et que je parusse le risque de conserver d'affreuses cicatrices sur ma figure en portant la main aux boutons qui la couvrent, ne serais-je pas des efforts héroïques pour résister aux plus cuisantes démangeaisons ? Mais lorsque 1'esprit mauvais me tourmente par ses tentations importunes, ne m'arrive-t-il pas au contraire de céder au premier assaut et de justifier ma faiblesse par cette banale excuse : « C'est trop difficile de résister ; la passion est plus forte que moi ? » J'ai donc moins de courage pour préserver mon corps et mon âme des feux éternels que pour protéger une beauté fragile qui sans doute n'échappera cependant pas aux ravages de la fatale maladie !

 

Il n'est pas douteux qu'en poursuivant mes comparaisons je ne trouvasse partout et toujours de nouveaux sujets de m'humilier, de me condamner, de me reconnaître illogique et inconséquente avec moi-même. D'ou vient cela ? D'ou vient que, raisonnant d'une manière très satisfaisante dans les choses du temps, je sois si peu intelligente ou plutôt si déraisonnable dans celles de l'éternité ?

 

D'ou vient que j’aie la vue très claire et très perçante pour les premières, et qu'un énorme bandeau offusque mes yeux lorsque j'examine les secondes ? Hélas ! Hélas ! N'est-ce pas que je cherche à me tromper moi-même quand j'agis en dépit de toute sagesse et de toute prudence ? C'est bien la pire des tromperies !

 

Mais, ô mon Dieu, je ne veux plus tomber a 1'avenir en de telles aberrations : daigne votre miséricorde m'aider de la lumière et de la grâce céleste afin que j'aie du moins le bon sens de tenir cette capitale résolution et de n'être plus dupe de moi-même et de mes passions !

 

FETE: Saint Irénée de Sirmium, martyr.   (24 mars)

 

ce Saint fut élevé très jeune sur le siège épiscopal de Sir­mium; néanmoins ses vertus prouvèrent qu'il était digne de cette charge sublime, et sa mort montra que, détache de tout, sauf de ce qui concernait le service de Dieu, il était bien ce serviteur de l’Évangile qui n’a rien a redouter de son maître.

 

Traîné devant le tribunal du lieutenant de l’Empereur en Pannonie, pendant la persécution de Dioclétien, il refusa, de sacrifier aux dieux, et répondit aux menaces de mort proférées contre lui : «Je supporterai avec joie toutes vos tortures, afin de participer a la Passion de mon Dieu. » Ses parents et ses amis s'apitoyaient sur sa jeunesse, et le pressaient de sauver sa vie. Mais Irénée était sourd a leurs instances, il avait hâte d'arriver au ciel, et ni les larmes de l'amitié, ni les tourments ne purent ralentir sa course ou refroidir son désir de mourir pour Jésus-Christ. Le noble martyr excitait les bourreaux.

 

En arrivant sur le pont de Diane d'on il devait être précipite dans le fleuve, Irénée se dépouilla lui-même de ses vêtements, leva les mains vers le Ciel, et adressa a Jésus une fervente prière qui sembla augmenter encore son héroïque courage. Brutalement saisi, il fut décapite et son corps jeté dans les flots. Son martyre eut lieu le 25 mars de Van 304.

 

Extrait de: LECTURES MÉDITÉES  (1933)

 

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