Mon Dieu, si je ne vous avais pour père, que je serais malheureux ! Le monde est si vain dans les consolations qu'il donne ! II est si mesquin dans son amitié, si peu fidèle dans ses promesses, si peu généreux dans ses dons ! Que malheureux est celui qui met son espérance dans les vaniteuses libéralités que promet le monde !
Oui, mon dieu, c'est vous seul que je veux aimer. C'est dans Votre sein paternel que je veux jeter toutes mes sollicitudes, car vous seul êtes assez riche pour combler mes insatiables désirs, vous seul êtes assez puissant pour comprendre ce qu'il me manque et me le donner. Vous seul, ô mon Dieu, savez aimer assez pour me laisser toujours débiteur envers vous d'une dette immense de reconnaissance et d'amour.
Vous êtes mon père ; je tiens tout de vous, et quand je revois les années de ma vie, je ne trouve à chaque pas que des œuvres de votre miséricorde et de vos libéralités sans bornes. Non, mon Dieu, je n'eus jamais faim que vous ne me donnâtes le pain même que n'avaient point gagné mes labeurs. Je n'eus jamais soif que vous n'apportâtes à mes lèvres la coupe vivifiante et pure qui réjouit et désaltère. Jamais, ô mon Dieu, vous ne m'avez vu chanceler de fatigue sur la route de ma vie que vous ne m'ayez relevée. Jamais je n'ai frappé à votre porte que vous ne m'ayez ouverte. Je versais des larmes, et vous veniez les essuyer, et d'une douce parole vous ranimiez mon âme abattue, et votre ange me montrait les cieux, et je souriais alors au jour heureux qui finirait toutes mes misères.
Oui, mon Dieu, vous êtes mon père, car vous avez toujours pris en pitié mon dénuement et mes faiblesses ; vous êtes bien mon père, car jusqu'au milieu de mes égarements vous m'invitiez au retour et me promettiez mon pardon.
O mon Dieu, soyez encore, soyez toujours mon père I Eh ! À qui irais-je si j'oubliais vos bienfaits ? Qui donc me donnerait la millième partie de ce que vous me donnez ? Ah ! Ne me commandez pas de vous aimer, car la reconnaissance m'en fait un devoir. Je suis trop heureux qu'il vous plaise me permettre de vous aimer, et j'ai trop grand intérêt, au reste, à n'aimer que vous seul.
Mon Dieu, restez donc toujours mon père, et faites que je reste toujours votre enfant. Couvrez-moi toujours de votre tendresse paternelle, et augmentez ma fidélité à vous servir.
Toutes les paroles du monde vaudront-elles une seule de celles que notre Père du ciel laisse tomber dans le cœur de ses enfants de la terre ?
Oh ! Quelle folie, quelle illusion que d'attacher son cœur à un autre qu'à vous, ô mon Dieu ! Qu'il est indigent celui qui ne place pas tout son trésor dans votre seul amour ! Et quand nous aurions l'univers tout entier pour ennemi, ne serions-nous pas bien heureux encore si vous nous restiez tout seul, ô mon Dieu, nous aimant et nous protégeant comme un père sait aimer et protéger son fils ? Certes, nul ne vous ressemble, ô mon Dieu ! Vous êtes l'unique en beauté, en fidélité, en miséricorde et en consolations véritables. Jamais, mon Dieu, je ne suis sortie d'auprès de vous le cœur désespéré ou l'âme dans la tristesse. Jamais je n'allai déposer dans votre sein le pesant fardeau des misères humaines que je ne me trouvas se soulagée.
O Père adorable, le plus tendre des pères, que je vous aime avant tout, que je vous aime par-dessus tout ! Refusez-moi tous les biens de la terre, mais donnez-moi votre amour ! Que tous les hommes m'abandonnent, mais restez mon père ! Je veux tout donner, ô mon Dieu, je veux consentir à tous les sacrifices, à tous les maux et à toutes les infortunes de la terre, plutôt que de perdre le trésor de ma dépendance filiale ! J'aurai trouvé avec elle, même ici-bas, une précieuse part de la suprême félicité dont on jouit dans la patrie des élus. L. M.
Extrait de LECTURES MEDITÉES (1933) Volume 2
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