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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 09:10

 

Entre toutes les vertus, âme chrétienne, choisissez donc et aimez de préférence la simplicité, cette heureuse sim­plicité des enfants à laquelle est promis le royaume des cieux.

 

Elle sera pour vous l'abrégé de la perfection et la scien­ce du salut. Appliquez-vous à être simple en tout et de toute manière. Voici le portrait d'une âme simple.

 

Simple d'esprit. — Comme dans la simple enfance, elle est sans prétentions, sans comparaisons, sans se prévaloir d'aucun avantage, sans penser même qu'elle en a, sans ambitionner d'autre usage de ses facultés intellectuelles que de montrer une raison plus sage et plus modeste.

 

Simple de cœur. — Crainte filiale du bon Dieu sans trou­ble ni inquiétude, ayant une confiance amoureuse, quoique non téméraire, une fidélité exacte sans raffinement ni subti­lité, un désir de lui plaire et de faire en tout sa volonté, com­me fait un petit enfant avec une mère qu'il aime tendrement et dont il sent qu'il est aimé.

 

Simple envers le prochain. — Affection sincère et cordiale, toujours selon Dieu ; ouverture et franchise sans indiscrétion, joignant ici à la simplicité de la colombe la prudence du ser­pent ; charité douce, patiente, prévenante, compatissante, s'oubliant soi-même pour être toute à tous, afin de ne faire avec tous qu'un cœur et qu'une âme dans la paix et l'union fraternelle.

 

Simple envers soi-même. — Esprit d'ordre et de régularité, de patience avec soi comme avec les autres, supportant ses misères et ses propres défauts comme ceux d'autrui, sans s'abattre et sans se flatter, sans se faire pire ni meilleure qu'on n'est, par le travail de son imagination ou par les illusions de l'amour-propre.

 

Simple de caractère. — Sans humeur ni caprice, sans ardeur ni indifférence, sans vivacité ni inégalité, cédant sans laisser voir que l'on cède, sacrifiant son sentiment et sa volonté sans qu'il y paraisse ni effort ni sacrifice, s'accommodant à tout sans s'en faire un mérite, comme un enfant s'accommode aux autres, tout naturellement et sans penser seulement que c'est une perfection.

 

Simple dans l'action. — Sans empressement et sans trou­ble, sans s'embarrasser de plusieurs choses à la fois ; s'occu­pant uniquement de ce que l'on fait, comme si l'on n'avait que cela à faire au monde ; toute à Dieu dans la prière, toute au prochain dans les relations de charité ou de devoir, tout entière au travail quand on y est, mais toujours pour Dieu, selon Dieu, et sous les yeux de Dieu, comme un petit enfant sous les yeux de sa mère s'occupe d'elle ou de ses ordres, sans que tout le reste de l'univers l'en distraie.

 

Simple dans le langage. — Avec naturel, sincérité, repous­sant la duplicité et le mensonge. Une jeune fille doit mettre tous ses soins à parler sans recherche, sans emphase, mais sans trivialité. Les termes spéciaux pour les ouvriers ne doivent pas avoir cours dans la conversation, ni les grands mots dont parfois on ignore même le vrai sens !

 

Simple dans l'extérieur. — Modeste sans affectation. Dans l'habillement, convenable sans être recherchée ni négligée ; dans les manières, naturelles et polies sans apprêt ; dans la marche, sans autre prétention que d'aller à son but ; dans le manger, réglé par le besoin et la raison, modéré et sanctifié par la pensée de la religion ; dans le maintien, composé sans art et sans contrainte; dans le parler, sans malice ni finesse ; enfin dans toute la conduite extérieure, fuyant l'affectation jusque dans la simplicité même, sans recherche de soi, sans retour  d'amour-propre, sans songer à être remarquée, comme un petit enfant qui ne pense nullement au jugement et à l'estime des hommes.

 

Simple surtout dans la piété. — Évitant également et les singularités qui défigurent, et les travers qui déshonorent ; les petitesses serviles du scrupule, contraires à la loi d'amour, et les illusions de la routine ; fuyant le découragement de la pusillanimité et, les élans de la présomption, qui font égale­ment injure à l'esprit de grâce et à la bonté de Dieu; se défiant surtout de l'ardeur d'un zèle impétueux, qui aspire tout d'abord à ce qu'il y a de plus élevé, qui prend l'enthousiasme de l'imagination pour l'inspiration, et qui ruine l'édifice par les fondements, en mettant la nature et l'amour-propre à la place de la grâce et de l'humilité, qui sont le principe de tout.

 

Tel est l'abrégé, le précis de la simplicité chrétienne, que l'on trouvera en grand dans toute la vie et les paroles de Nôtre Seigneur, et plus en détail dans la vie des saints.

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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