Pourquoi il faut toujours progresser dans la vertu.
Quel que soit le degré de vertu où l'on est arrivé, on doit toujours s'estimer bien loin de ce qu'on devrait être. Mes frères, disait saint Paul, je ne crois pas avoir atteint la perfection. Oubliant le bien que j'ai pu faire et m'avançant vers ce qui me reste encore à faire, je m'efforce de parvenir au but. »
Voilà notre modèle. Nous ne devons jamais croire avoir assez fait pour le salut. Le bien passé, il faut l'oublier, et ne pas plus s'en souvenir que si on ne l'avait jamais fait, parce que son souvenir produirait en nous l'orgueil et le relâchement. Le bien qui nous reste à faire, il faut l'avoir toujours devant les yeux pour y travailler toujours. Le débiteur, tant qu'il n'a pas payé sa dette entière, ne se tranquillise pas sur ce qu'il en a payé une partie. Il songe sans cesse à ce qui lui reste à payer et ne néglige aucun moyen d'y satisfaire. Le voyageur ne s'arrête pas sur son chemin, sous prétexte qu'il en a fait une partie ; il continue sa route jusqu'à ce qu'il soit arrivé au terme. L'athlète, qui sait que le prix de la course n'est qu'au bout de la carrière, se porte toujours en avant jusqu'à ce qu'il ait atteint le but. L'homme qui commerce ne manque pas les occasions de faire du profit, sous prétexte qu'il a déjà beaucoup gagné.
Ainsi devons-nous raisonner dans l'affaire de notre salut ; et plus la charité sera dans notre cœur, plus nous comprendrons que nous n'avons ni assez aimé ni assez bien servi notre grand Dieu ; plus nous découvrirons en nous de misères à guérir, de défauts à corriger ; plus nous verrons dans les voies intérieures un chemin immense à parcourir ; dans les exemples de Jésus-Christ et des saints, des modèles dont nous sommes loin ; dans nos comptes avec Dieu, des dettes effrayantes à payer pour tant de grâces reçues, pour si peu de pénitence faite.
Est-ce ainsi que nous raisonnons ?
Cesser d'avancer dans la vertu, c'est reculer : telle est la maxime de tous les maîtres de la vie spirituelle : Qui n'avance pas, recule ; cesser de vouloir être meilleur, c'est cesser d'être bon, et ne pas monter dans la vertu, c'est descendre. Un homme placé au milieu d'un fleuve rapide, s'il cesse un seul instant d'agir et de faire effort contre le courant, sera bientôt emporté par la vague. Notre mauvaise nature est ce fleuve qui tend sans cesse à nous entraîner au mal : par conséquent, point de salut pour nous qu'à la condition d'efforts incessants pour avancer en sens contraire. Un chrétien ne peut donc pas dire : Je veux demeurer tel que je suis, ni meilleure ni pire. C'est là chose impossible : on ne demeure jamais dans le même état: ou l'on fait effort pour devenir meilleure, et chaque effort est un acte de vertu qui nous perfectionne ; ou on languit sans rien faire pour avancer, et cette langueur seule est une défaillance. C'est un abus coupable de la grâce. « La terre, dit saint Paul, qui reçoit la rosée du ciel sans produire aucun fruit, est réprouvée et près d'être maudite. » Cette terre, évidemment, c'est notre âme, sur laquelle les grâces de Dieu ne cessent de pleuvoir ; et n'en pas profiter, c'est attirer sur soi des anathèmes.
Il est donc bien établi que ne pas avancer, c'est reculer ; que ne pas monter, c'est descendre : il n'y a point de milieu. Or combien n'est-ce pas malheureux de retourner en arrière après avoir longtemps cheminé ? Si Nôtre Seigneur déclare impropre au royaume des cieux celui qui jette seulement le regard en arrière, que sera-ce de celui qui recule ?
Interrogeons ici notre conscience: ne reculons-nous pas dans la voie de la vertu, au lieu d'avancer ? Comprenons combien c'est dangereux pour le salut ! Et décidons-nous sérieusement à faire nos actions avec toute la perfection possible, à nous examiner là-dessus après les avoir faites, à nous attrister s'il y a eu faute, négligence, lâcheté.
C'est ici l’occasion de dire un mot aux personnes qui, loin de vouloir progresser, prétendent se contenter du strict nécessaire en alléguant pour raison qu'il n'en faut pas plus pour faire son salut. Un écrivain distingué, Eugène de Margerie, fait à ce sujet de très sages réflexions, que l'on devrait méditer.
« J'ai connu, dit-il, des jeunes gens qui appartenaient à des familles chrétiennes, qui avaient reçu l'éducation la plus irréprochable, qui avaient traversé, sans chavirer, le passage critique de l'adolescence à la jeunesse. A vingt ans, tout à coup, sous une néfaste influence, ils ont abandonné la pratique de la religion. Vous devez comprendre que leur foi manquait d'une base suffisante.
» Croyez-vous que s'ils eussent aimé Dieu de cet amour souverain qui pénètre toutes les actions et semble s'identifier avec notre sang pour remplir toutes nos veines ; croyez-vous que, s'ils avaient eu l'habitude de ne formuler aucun jugement, de n'entreprendre aucune affaire, quelle qu'elle fût, avant de le comparer à la règle suprême et infaillible de la vérité révélée ; que, s'ils eussent été pieux, en un mot, il leur eût été, je ne dis pas facile, mais possible, de mettre ainsi tout d'un coup leur foi de côté ?
» Ils l'ont fait, non seulement parce que les passions aiment toujours à secouer un joug importun, mais parce que Dieu, qui n'occupait qu'une place à part dans leur vie, qui n'y était qu'un accident, n'a pu empêcher d'autres préoccupations de s'implanter chez eux, et, lorsqu'elles y ont eu pris racine, d'en arracher des croyances qui manquaient à la fois de profondeur et de points d'appui. »
Le strict nécessaire est souvent insuffisant, et les pratiques non exigées d'une manière rigoureuse sont parfois une sorte de nécessité.
Ce qui perd une foule d'âmes, c'est cette fausse persuasion qu'on peut se passer des pratiques de là piété chrétienne.
S'en tenir aux devoirs de rigueur, c'est croire que, pour traverser le fleuve de la vie humaine et arriver au ciel qui se voit à l'autre bord, il suffit de mener la barque en droite ligne. C'est compter sans le courant, c'est-à-dire sans les passions, les mauvais exemples, les occasions de péché, les entraînements de toute sorte : or ce courant fatal emporte avec violence la fragile nacelle et la fait descendre beaucoup plus bas qu'au point désiré. Au lieu d'aboutir au ciel, on aboutit à l'enfer !
FÊTE DU JOUR:(3 août)
La découverte des reliques de Saint Etienne.
L'AN 415, un prêtre de Jérusalem, nommé Lucien, qui desservait une église à sept lieues de la ville, vit en songe un vieillard auguste qui lui dit être Gamaliel, le docteur célèbre dont il est parlé dans les Actes des Apôtres, et qui lui indiqua le lieu où reposait le corps du saint diacre Etienne, le premier martyr ; il ajoutait que c'était lui-même qui l'avait déposé dans le tombeau où il se trouvait, et le priait d'aller dire à Jean, patriarche de Jérusalem, d'en faire l'ouverture. Le saint prêtre, à son réveil, craignant l'illusion, se met en prières, s'impose des jeûnes, et fait tout ce que commande la prudence pour n'être pas abusé par le tentateur. Mais Gamaliel lui apparut une seconde et une troisième fois, et lui marqua si précisément l'endroit où il trouverait le trésor qu'il lui découvrait, qu'il n'hésita plus. Il alla donc trouver le patriarche, et fut bien surpris en apprenant de la bouche du prélat que la même révélation lui avait été faite. Lucien fut chargé aussitôt de diriger des recherches au lieu prescrit ; et il trouva une tombe sur laquelle était gravé en hébreu le nom d'Etienne. Le patriarche vint avec les évêques de Jéricho et de Sébaste. On ouvre le tombeau, on y trouve les ossements, qui exhalaient la plus suave odeur. La foule accourue poussait des cris d'allégresse. Soixante-treize malades qu'on amena devant les saintes reliques furent guéris sur-le-champ. On transporta à Jérusalem, en grande pompe, ce trésor si miraculeusement retrouvé et on le plaça dans l'église de Sion.
(Extrait des LECTURES MÉDITÉS (1933) par G. G.)
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