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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 02:05

  

Si l'on mettait entre vos mains une arme à feu et qu'on vous dise : « Vous tirerez sur cette cible : Si vous l'at­teignez, vous deviendrez roi ; si vous le manquez, vous serez brûlé vif : Vous avez un mois pour vous exercer, et une fois le coup parti, vous n'aurez pas la faculté de recom­mencer ! »

 

Croyez-vous que cette personne ne ferait pas les plus grands efforts pour réussir dans cet apprentissage si nouveau et si sérieux pour elle ? Eh bien, voilà exactement votre situa­tion : Vous devez viser au but suprême d'une éternité de bon­heur : si vous réussissez une seule fois, le succès vous est à ja­mais garanti ; si vous manquez le but, votre erreur est à ja­mais irréparable !

 

Si vous avez le bonheur de faire une bonne mort, vous joui­rez dans le ciel d'une éternelle félicité; si vous mourez mal, vous aurez à subir dans l'enfer des supplices sans fin et sans mesure !

 

Quelle témérité que de prétendre arriver ? La perfection de cet art si difficile, et de se promettre une heureuse issue dans une entreprise à laquelle on consacre à peine une heure d'étu­de, et dont le mauvais résultat ne peut jamais être ni atténué ni réparé ! Quelle funeste erreur que celle à laquelle il n'est nul remède, et dont les suites sont si redoutables !

 

La vie tout entière n'est que l'école de la mort, et pourtant oseriez-vous regarder cet apprentissage comme trop long ? Étudiez-vous, pendant que vous vivez et aussi longtemps que vous vivez, à obtenir un plein succès en cet instant décisif. Ah ! Qu’il est dangereux de n'apprendre à bien mourir que lorsqu'on se trouve en présence de la mort !

 

Si nous mourons bien une fois, nous serons toujours bien ; si nous mourons mal une fois, nous sommes à jamais perdues ! Toute la vie donc, il faut travailler à bien mourir. N'est-il pas vrai que, plus une affaire est importante, plus grands sont les soins qu'elle exige ? Et nous savons par expérience que nous sommes peu expertes dans les choses dont nous nous sommes peu occupées.

 

S'il était possible de mourir deux fois, à la bonne heure !

Celui qui n'aurait pas réussi la première pourrait au moins se mettre en mesure d'être plus heureux pour la seconde. De même, si nous avions deux âmes, nous pourrions, après avoir perdu l'une, assurer  le salut de l'autre : mais on ne meurt qu'une fois, et cette seule fois ne nous laisse aucune alternative entre le salut ou la damnation éternelle. On n'a qu'une âme, et si on la perd, on perd tout irrévocablement et sans retour. Quel­les craintes, quelles angoisses ne doivent pas accabler une personne bien pénétrée de la conviction que le bonheur ou le malheur éternel de son âme dépend d'un coup de dé ! Le dé n'est jeté qu'une fois dans la mort, et il n'y a que deux chances fatales éternelles: Un malheur épouvantable, une béatitude indicible. Comment comprendre que l'on puisse être sans la moindre inquiétude !

 

Quand ferez-vous votre unique et suprême occupation d'assurer le sort éternel de votre âme ? A la guerre, dit-on, on ne s'abuse qu'une fois: il en est de même à la mort: une foule, d'autres erreurs peuvent se réparer ou se corriger : une mauvaise mort est à jamais irréparable !

 

Cependant il n'y a qu'un pas qui sépare le temps de l'éternité : le premier pas alors devient le dernier, et si vous n'y prenez garde, ce seul pas vous fait rouler dans un abîme de misères, dont rien ne pourra vous délivrer ! Quelle chute ! Mais s'il ne vous est pas donné de vous en relever, vous pou­vez parfaitement la prévenir avec la grâce de Dieu, en pensant souvent à la mort, et en menant une vie régulière ! Ne voulez-vous pas prendre ce parti, le seul raisonnable ?

 

Apprenez donc assidûment à pratiquer cette science qu'il ne vous est donné de mettre en œuvre qu'une seule fois.

 

Pour se préparer à un événement qui doit ne se présenter qu'une fois, il faut y songer souvent, y fixer sans cesse son attention, et certes jamais on n'y apportera trop de soin, surtout si cet événement doit entraîner des conséquences si graves que la moindre erreur doive en attirer après elle une foule d'autres plus préjudiciables et plus funestes.

 

Encore une fois, croyez-le bien, vous ne parviendrez pas à mettre tout d'un coup en pratique un art dans lequel vous ne vous serez jamais exercée.

 

Si vous n'avez jamais aimé Dieu pendant votre vie, si vous l'avez passée dans l'habitude du péché, comment détesterez-vous le péché, comment aimerez-vous Dieu à l'heure de votre mort ? Ce serait une folie de l'espérer.

 

Mourir sans cesse au monde, afin de mourir un jour pour aller au ciel, voilà votre idéal.

 

Chaque jour de la vie, mourez à quelque vice ou à quelque inclination mauvaise : aujour­d'hui à la colère, demain à la sensualité, un autre jour à l'en­vie, puis à la paresse et ainsi successivement à tous les vices que vous reconnaîtrez en vous : voilà votre programme.

 

«O divin Sauveur des âmes, qui avez prodigué avec tant d'a­mour vos sueurs, votre sang, votre vie même, afin que cette épreuve d'un instant, par laquelle je dois passer un jour, me soit favorable ; je vous demande, au nom de cet amour ar­dent que vous m'avez témoigné, la grâce de consacrer effica­cement tous les moments de ma vie à cet instant suprême, et de tout faire, et tout souffrir en vue d'obtenir une heureuse fin. Ainsi soit-il.

 

Saint Flavien, martyr.

Issu d'une des plus illustres familles de Rome, Flavien fut appelé, par l'empereur Constantin devenu chrétien, à la charge de Préfet de Rome. Son administration sage et fer­me lui avait gagné, avec l'estime de l'empereur, l'affection de toute la ville. Flavien se faisait surtout un honneur de favo­riser de tout son pouvoir l'établissement du christianisme à Rome et dans le reste de l'empire.

 

A la mort de Constantin, son fils Constance, ayant embrassé l'arianisme, recommença contre l'Église catholique les persécutions un instant in­terrompues. Flavien fut une de ses premières victimes lors­que, à la mort de l'empereur d'Occident, il devint seul maî­tre de l'empire.

 

Constance, irrité de la résistance qu'il trouva dans le saint préfet de Rome, le destitua et le rendit à la vie privée. Flavien reçut cette épreuve avec une joie toute chré­tienne que Dieu récompensa par une épreuve plus grande à l'avènement de Julien l'apostat.

 

Ce prince, pour frapper un grand coup et effrayer les chrétiens fidèles, confisqua les biens de l'ancien préfet et le livra ainsi que toute sa famille à la cruauté d'Apronius, son successeur dans la préfecture de Rome. Flavien, invincible dans sa foi, fut traité comme un vil esclave.

 

On le marqua au front du signe de la servitude, puis on l'exila à Acquapendente, où il mourut dans la misère la plus horrible. Sa femme, sainte Dafrose, et ses deux filles, sainte Bibiane et sainte Démétrie, donnèrent également leur  vie pour Jésus-Christ.

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.com

 

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