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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 06:08

Extrait du volume : PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

L'œuvre capitale de Mgr Montini à la Secrétairerie d'État et son influence sur l'action diplomatique de l'Église entre les deux guerres apparaissent clairement à la lumière de l'histoire.

 

La multiplication des dictatures totalitaires et le durcissement de l'extrémisme bolchevique après la première guerre mondiale minèrent les positions du libéralisme et des démo­craties parlementaires. La division du monde en blocs et les menaces que les nouvelles doctrines faisaient peser sur la prééminence de la personne humaine donnèrent naturellement à la papauté le poste de défenseur de la société chrétienne.

 

C'est sous cet angle qu'il faut considérer le développement et l'affirmation du mouvement « pan chrétien » tendant à une union de défense et de conquête de toutes les églises chrétiennes (christianisme œcuménique). Le Saint-Siège, resté officiellement étranger à ce mouvement ne manqua pas d'ap­peler tous les chrétiens à un front unique, dans le sein de l'Église catholique, et de faire siennes certaines initiatives de l'autre bord comme la semaine universelle de prières pour l'union des églises du Pasteur Watson.

 

Devant le péril bolchevique Pie XI ne se cantonna pas au domaine purement confessionnel : à plusieurs reprises et de sa propre initiative, il invita toutes les forces conserva­trices à faire bloc et à lutter jusqu'au bout pour la défense de l'Occident chrétien. En ce sens, son attitude sembla parfois trop bienveillante à l'égard du national-socialisme allemand et surtout du fascisme (les rapports entre autorités ecclésias­tiques et civiles s'étant depuis la Conciliation développés en Italie dans un climat de confiance réciproque). Les réserves de la papauté et les moments de résistance ouverte au totali­tarisme ne firent pourtant pas défaut. Ainsi lorsqu'en 1929, peu après le concordat, Mussolini recommença à réclamer pour son parti la formation intégrale des jeunes générations, le Pape lui répondit par l'encyclique « Représentants sur la terre (31 décembre 1929) qui revendiquait pour l'Église le droit d'éduquer chrétiennement cette même jeunesse. Il publia également, contre les conceptions totalitaires de l'État fasciste, l'encyclique « Nous n'avons pas besoin.» qui défendait l'Action Catholique et réclamait le droit à une action organisée de l'Église influant directement sur la vie sociale du peuple italien. Le différend devait être réglé par l'accord du 2 sep­tembre 1931.

 

Si ces conflits n'eurent pas l'importance épique que l'on a quelquefois cherché à leur donner, il est reconnu que Pie XI sut faire preuve de mesure et d'esprit d'à-propos; et le fascisme s'étant présenté depuis le début comme l'ennemi déclaré du communisme et de la maçonnerie, le désir de favoriser, dans les limites du possible, un allié dans la lutte contre les adversaires de l'Église ne dut pas lui être tout à fait étranger.

 

Les conséquences de la révolution communiste commen­çaient en effet à se manifester de la Russie à la Chine et de l'Espagne républicaine au Mexique dans le déchaînement de la persécution religieuse. Un peu partout, l'éclosion de fronts populaires menaçait de l'intérieur la stabilité de l'ordre. Le 3 mai 1932, le Souverain Pontife dénonça en bloc, dans l'encyclique « les ennemis de tout ordre social, qu'ils s'appellent communistes ou de quelque autre nom ». Et c'est dans ce climat d'opposition entre bloc conservateur et bloc bolchevique qu'il faut situer le fameux concordat signé en 1933 entre le Saint-Siège et l'Allemagne nationale-socialiste et dont Pie XI osa espérer, outre des avantages spirituels pour les catholiques allemands, une contribution de poids dans la lutte idéologique antibolche­vique. Un concordat commun avec toute l'Allemagne, sou­haité depuis longtemps d'un côté comme de l'autre, avait déjà fait naufrage après des années de pourparlers prélimi­naires conduits par Eugène Pacelli. En revanche le Saint-Siège avait mené à bonne fin la Stipulation de concordats régionaux.

 

Quand Hitler s'empara du pouvoir central en janvier 1933, il relança la négociation en vue d'un concordat commun, et très vite le vice-chancelier Von Papen et le secrétaire d'État Pacelli se mirent au travail. On assista alors à une course entre l'Autriche et l'Allemagne, à qui toucherait la première le poteau d'arrivée d'un concordat avec le Saint-Siège. Dollfuss, à qui les négociations berlinoises donnaient de vives appréhensions, arriva, bien que parti en retard, avec un mois et demi d'avance sur Hitler, le 5 juin 1933. Le concordat autrichien acceptait avec générosité les postulats de Rome : l'état confessionnel, la lutte contre le socialisme et le commu­nisme et l'adoption du corporatisme chrétien. Mais sa prise de position contre le racisme et le socialisme entraîna la chute de Dollfuss, l'année suivante, pendant le putsch nazi de Vienne (25 juillet 1934).

 

Plus laborieux, le concordat allemand n'arriva à terme que le 20 juillet 1933. En substance il ne différait guère des habi­tuelles conventions Stipulées après la première guerre mon­diale entre le Saint-Siège et les nations de confession mixte. Von Papen n'en parla pas moins aussitôt après la signature de la large complaisance du Pape envers le Reich, dont il espérait un fort appui dans la lutte antibolchevique. L'accord fut pourtant loin de recevoir un accueil fervent en Allemagne, tant chez les catholiques que du côté nazi. Au lendemain même de la signature, des discussions s'élevèrent sur sa valeur politico morale : le national-socialisme avait tendance à le considérer comme une approbation d'ensemble donnée au régime par le Saint-Siège et les contestations de l’Osservatore Romano ne parvenaient pas à le faire changer d'avis. Au début de 1934, nationaux-socialistes et catholiques alle­mands étaient plus que jamais opposés sur le terrain des écoles confessionnelles, des mouvements de jeunesse et de la presse catholique. Le cardinal de Munich Faulhaber n'hésita pas à ouvrir une vive polémique avec Rosenberg, le théoricien du nazisme et l'organisateur de la religion nor-dico-germanique qui s'implantait toujours plus officielle­ment. De 1934 à 36, le Saint-Siège n'envoya pas moins de trente-quatre notes diplomatiques au gouvernement alle­mand, relevant toute l'énormité du totalitarisme d'état, sans obtenir le moindre résultat.

 

En 1936, les divergences entre le Vatican et le Troi­sième Reich s'accrurent et prirent une tournure exception­nellement dramatique; la furieuse campagne anti bolchevique, déchaînée en Europe Centrale, toucha au paroxysme avec le Congrès de Nuremberg (9-14 septembre 1936), au moment même où la guerre civile espagnole, en s'insérant dans le conflit idéologique européen, semblait assumer l'importance internationale d'une croisade. Des contingents militaires quittèrent l'Italie et l'Allemagne à destination des fronts espa­gnols. Le jour même de la clôture du Congrès de Nurem­berg, Pie XI battait le rappel de toutes les forces conserva­trices pour la défense de la civilisation occidentale sous la direction morale de l'Église et parlait de la persécution religieuse déchaînée en Espagne, en Russie, au Mexique et en Chine par des forces de subversion universelle.

 

Le danger était énorme pour l'Église et la lutte contre les totalitarismes se dessinait désormais sur deux fronts, à droite et à gauche. Ce n'est donc pas par hasard que deux des plus célèbres encycliques de Pie XI furent préparées (pendant une grave maladie) à la fin de 1936 et au début de 1937 : La Mit Brennender Sorge (en allemand) du 14 mars et la Divini Redemptoris du 19 mars.

 

La Divini Redemptoris condamnait explicitement le commu­nisme athée et adressait une nouvelle et pressante invitation à constituer un front unique aux catholiques, aux chrétiens, à tous ceux qui croyaient en Dieu. La Mit Brennender Sorge dénonçait l'abus que l'on faisait en Allemagne du Concor­dat de 1933 ainsi qu'une série d'actions dirigées contre l'Église et condamnait en même temps les tendances pan­théistes du nazisme, visant à la divinisation de la race, du peuple et de l'État avec négation de la morale et du droit naturel et offense au judaïsme.

 

Il y eut ensuite entre Reich et Vatican un échange de rudes notes diplomatiques; mais le Reich n'osa pas en venir à la dénonciation du Concordat. Dans son message de Noël de 1937, Pie XI illustra le conflit idéologique avec l'Alle­magne et parla des persécutions religieuses dans ce pays. Quand, du 3 au 8 mai 1938, Hitler fut l'hôte de Mussolini, le Pontife déplora, depuis sa villégiature anticipée à Castelgandolfo, l'érection à Rome d'une croix « qui n'était pas la croix du Christ » et le chancelier allemand quitta l'Italie sans être reçu.

 

A partir de 1938, on assista en Italie à un renouvellement des vexations et des attaques dirigées contre le Concordat et les Organisations Catholiques, attaques qui s'étaient assou­pies après la crise de 1931. Une première violation fut infligée aux clauses de l'accord de 1929 avec l'adoption par le fas­cisme de la théorie nazie sur la différence de race considérée comme obstacle au mariage (la réapparition d'un Empire Italien depuis 1936 était responsable de cette mesure au même titre que l'influence allemande). Le conflit suscité par cette infatuation raciste (octobre novembre 38) vint profon­dément attrister les derniers mois de la vie de Pie XI.

 

Les propositions et contre propositions échangées entre gouvernement italien et Saint-Siège ne réussirent qu'à alour­dir l'atmosphère. Pie XI agit avec l'Italie fasciste comme il avait fait avec l'Allemagne nazie : pour éviter un conflit ouvert dont les conséquences étaient imprévisibles, il jugea que le mieux était de laisser la responsabilité d'une telle situation à ceux qui l'avaient créée, tout en protestant for­mellement contre la violation du Concordat.  (A SUIVRE)

 

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