Mon Dieu, mon Dieu, quel est donc ce mystère ! Quelle terrible alternative que celle du salut ou de la damnation ! Que les mondains sont à plaindre, et quel effroyable aveuglement de chercher le bonheur où il est impossible de le trouver et de se précipiter par là même dans l'abîme «les maux éternels».
0 Dieu tout-puissant, ayez compassion de vos créatures ! Considérez que nous ne nous comprenons pas nous-mêmes, que nous ne savons pas ce que nous voulons, et que nous nous éloignons infiniment de ce que nous désirons. Donnez-nous la lumière, ô mon Dieu ; considérez qu'elle nous est plus nécessaire qu'à l'aveugle-né. Pour lui, privé de la lumière, il désirait bien ardemment la voir ; mais nous, nous sommes aveugles, et nous voulons l'être : quel mal fut jamais si incurable ?
C'est ici, ô Jésus, que doit se montrer votre pouvoir, ici que doit resplendir votre miséricorde ! Qu'elle est grande, ô Coeur adorable, la demande que je vous fais, lorsque je vous prie d'aimer ceux qui ne vous aiment point, d'ouvrir à ceux qui ne frappent point, et de guérir ceux qui non seulement prennent plaisir à être malades, mais qui travaillent même à augmenter leur maladie ! Vous dites, très doux Sauveur Jésus, que vous êtes venu sur la terre chercher les pécheurs !
Les voilà, les véritables pécheurs ! Et vous, Père céleste, ne considérez pas notre aveuglement, mais jetez les yeux sur les ruisseaux de sang que votre Fils a répandus pour notre salut. Que votre miséricorde triomphe d'une malice si obstinée ! Souvenez-vous, Seigneur, que nous sommes l'ouvrage de vos mains ! N'écoulez que votre bonté et votre clémence, et sauvez-nous ! Oh ! Je vous le demande de toute mon âme, au nom de cette intimité que la Communion me donne avec mon Sauveur!
O Cœur Sacré de Jésus, qui êtes tout amour, vous dites : « Venez à moi, vous tous qui avez soif, et je vous donnerai à boire ! » Hélas ! comment ne sentiraient-ils pas une soif dévorante, ces infortunés que les désirs des choses terrestres consument de leurs feux ? Qu'ils ont besoin, ô mon Jésus, de cette eau céleste, pour ne pas achever de périr au sein de ces flammes ! Je sais bien, tendre Maître, que votre bonté ne la leur refusera pas ; vous l'avez vous-même promis, et vos paroles ne peuvent manquer de s'accomplir. Mais s'ils ont grandi au milieu de cette fièvre ; si, par la longue habitude de vivre sous son influence, ils n'en sentent plus les atteintes ; si, à force de démence, ils n'aperçoivent même pas l'excès de leur misère, quel remède peuvent-ils espérer, ô mon Dieu ? Vous êtes cependant venu dans ce monde pour guérir de si grands maux. Commencez, ô Jésus, commencez ; c'est en guérissant les plus profondes plaies de nos âmes que doit se révéler toute la tendresse de votre Cœur.
Considérez, de grâce, les progrès que font tous les jours vos ennemis. Ayez pitié de ceux qui n'ont point pitié d'eux-mêmes, et, puisque dans l'excès de leur égarement ils ne veulent point aller à vous, venez vous-même à eux, je vous en conjure ; et ces morts, j'en suis sûre, ô mon Dieu, se lèveront de leurs tombeaux, dès qu'ils commenceront à rentrer en eux-mêmes, à se connaître et à vous goûter.
Rien ne m'afflige davantage, Seigneur, que notre propension à vous offenser. D'où peut nous venir, ô Jésus, une si folle audace ? Serait-ce de ce que, connaissant si bien la grandeur de votre miséricorde, nous perdons de vue la grandeur de votre justice ? Quel cri, divin Sauveur, faites-vous entendre, par la bouche de votre prophète : « Les douleurs de la mort m'ont environné ! ». Le péché est un mal terrible, puisqu'il a pu causer tant de mal au Dieu fait homme, et même lui donner la mort ! Dieu de mon âme, comme ces douleurs vous environnent encore aujourd'hui ! Où pouvez-vous aller où l'on ne vous tourmente ? De toutes parts, mon tendre Maître, l'on vous porte des blessures mortelles.
Chrétiens et chrétiennes, il en est temps, levez-vous pour faire cortège à votre Roi, et rangez-vous autour de lui dans ce grand délaissement où il se trouve. Il ne lui reste qu'un petit nombre de sujets fidèles, la foule marche sous l'étendard de Lucifer. O suprême Bienfaiteur des hommes, vous qui avez ressuscité Lazare, ressuscitez ces morts ; que vos cris, Seigneur, soient assez puissants pour leur donner la vie sans qu'ils vous la demandent ; et qu'à votre voix ils sortent du sépulcre de leurs plaisirs ! O divin Maître, Lazare ne vous demanda point de le ressusciter ; vous fîtes ce miracle à la prière d'une femme pécheresse ; en voici une à vos pieds, ô mon Dieu, bien plus pécheresse encore ; Seigneur, faites resplendir votre miséricorde ! Malgré ma misère, je vous le demande pour ceux qui ne veulent pas vous le demander. Vous savez, ô mon Roi le supplice que j'endure, quand je les vois dans un si profond oubli des grands tourments qu'ils souffriront dans l'éternité, s'ils ne reviennent à vous.
Et vous, chers lecteurs, qui êtes si accoutumées à ne suivre en tout que les caprices de votre volonté, à vivre dans les plaisirs, les fêtes, les délices du monde, ayez compassion de vous-mêmes ! Souvenez-vous qu'un jour viendra où vous appartiendrez pour toujours à la horde des puissances de l'enfer. Songez que ce même juge qui maintenant vous prie est Celui qui doit prononcer contre vous la sentence, et que vous n'avez pas un seul moment de vie assuré. Pourquoi donc ne voulez-vous pas vivre éternellement ? O dureté des cœurs humains ! Que votre immense bonté les amollisse, ô mon Dieu !
Quelle angoisse en effet de considérer, Seigneur, ce qui doit se passer dans une âme qui, après avoir été toujours ici-bas entourée d'égards, aimée, servie, estimée, fêtée, se voit, en achevant d'exhaler le dernier soupir, perdue pour jamais et entend clairement que son malheur n'aura point de fin ! Quel effroyable moment pour elle ! Tout à coup lui apparaissent ces vérités de la foi dont elle ne peut plus, comme dans le monde, détourner les regards. Elle se sent enlevée sans retour à des plaisirs qu'il lui semble à peine avoir effleurés, et avec raison, car tout ce qui passe avec la vie n'est qu'un souffle. Elle se voit entourée de cette société hideuse et inhumaine, avec laquelle elle est condamnée à vivre éternellement. Elle prend place dans ce cachot ténébreux où habitent les démons. Enfin elle entre pour toujours dans ce lamentable séjour, où son œil ne découvrira que ce qui augmente sa peine et son supplice, sans jamais avoir d'autre lumière que celle d'une obscure flamme.
Oh ! Que ces paroles sont peu de chose, auprès de la réalité ! Que l'enfer sera terrible et que les damnés seront à plaindre ! Prions pour tant de malheureux qui vivent dans le péché et qui courent de si effroyables risques de tomber dans l'enfer éternel ! (sainte thérèse.)
Extrait de : Lectures Méditées (1933)
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