Miracle de Stich 1970 (2)
M. le curé est informé
Arrivé au presbytère, l'abbé informa M. le curé de ce qui s'était passé. Celui-ci lui demanda d'aller chercher corporaux et nappes d'autel ; ce qu'il fit seulement le jeudi, Je mercredi étant consacré aux catéchismes. Avant de présenter les linges au curé, l'abbé coula sur le coin de chacun un peu du vin de messe qu'il avait utilisé le mardi soir. Il y avait une grande différence entre ces taches de vin et les taches apparues au cours de la messe de mardi. Ensuite il apporta le tout dans la chambre où M. le curé était alité. Il raconte :
« Ensemble nous examinâmes les linges et nous nous interrogeâmes sur la nature et la provenance des mystérieuses taches, mais sans arriver à aucune conclusion. Nous penchions vers l'opinion qu'il pouvait s'agir d'une espèce de sang de stigmates. J'avais déjà plusieurs fois vu des linges ainsi tachés de sang ; notamment chez la stigmatisée M"" Denise Marquis, à Mervelier, dans le Jura bernois, décédée en 1961.
Je proposai alors à M. le curé de faire photographier et soumettre à un examen chimique corporal et nappes d'autel ce à quoi il acquiesça.
Le 14 juillet c'était de nouveau à la chapelle de Stich d'avoir la messe. La veille au soir, l'abbé Leutenegger demanda au sacristain si l'autel était prêt pour la messe du lendemain soir. Chez le sacristain se trouvait une Religieuse de Mallers-dorf, qui travaillait à l'hôpital de Rosenheim. Sœur Edelgith Friedl, et qui était en ce moment en visite chez des parents à Stich. Elle assura qu'elle préparerait l'autel elle-même, puisque c'était justement au tour de sa famille de s'occuper de la chapelle. Elle était au courant des faits du 9 juin.
Donc, le soir du mardi 14 juillet, l'autel était fin prêt. Il y avait des nappes propres. Le petit linge étendu sur les nappes était lui aussi neuf et propre. L'assistance était à peu près la même que le 9 juin : seize adultes, dont huit hommes, et huit enfants. Le sacristain de Maria Rain, frère de celui de Stich, était venu lui aussi. C'est lui qui animait la : messe priée et chantée
Le prêtre s'assura encore si tout était en ordre. Immédiatement avant la messe, il vérifia encore le calice. Et il commença la messe. (Notons-le encore une fois : la messe de Saint Pie V en latin.)
Je ne m'attendais absolument pas, dira-t-il, à ce que les faits du 9 juin se renouvellent. Enfants et adultes priaient et chantaient avec entrain. »
Après la Consécration, il dit intérieurement, en fixant la sainte Hostie : « Bon Sauveur, si le fait du 9 juin venait de vous, donnez-moi encore un signe ! »
A la première des trois oraisons après l'Agnus Dei : «Domine Jesu Christe... », Il aperçut, immédiatement au bord du calice, à droite, suinter le mystérieux liquide, comme le 9 juin, prenant d'abord une forme très étroite, comme celle d'un quartier de lune. « Grande fut ma stupeur, dit-il ; mais il fallait continuer la messe. En tenant le calice pour la communion sous l'espèce du vin, j'aperçus, à l'emplacement du calice, deux taches de la dimension d'environ 4 cm sur 5. La seconde un peu plus grande que la première. Elles étaient ovales. Je tenais encore le calice, quand se formèrent sous mes yeux deux autres taches, dont l'une avait également 4 cm sur 5, l'autre 2 cm sur 3, de forme ovale aussi. Mon étonnement allait grandissant. Je me tournai un peu vers la droite et fis signe au sacristain d'approcher, lui montrant du geste l'autel et les taches. Il vint aussitôt, tandis que je distribuais la sainte communion. Il considéra brièvement le corporal avec les taches qui s'y étaient formées, et qui étaient humides, et retourna à sa place. Quelque peu sens dessus dessous, je terminai la messe. J'allais plier le corporal pour le glisser dans la bourse, quand je vis le petit linge — disons : le corporal II — marqué des mêmes taches, avec cette différence qu'au lieu d'être ovales, elles étaient rondes. Comme les gens n'étaient pas sans se rendre compte qu'il se passait quelque chose à l'autel, je décidai de les mettre au courant. Je fis d'abord réciter trois Notre Père en l'honneur du Précieux Sang, puis je leur racontai ce qui s'était passé le 9 juin, en les priant de ne pas « faire de potin ». Alors je leur montrai le corporal marqué des quatre taches. Les gens s'approchèrent de l'autel, considérèrent le tout : d'abord le corporal I puis le corporal II. Tous étaient bouleversés. Quelques-uns remarquèrent : « Oh ! Il y a des croix dedans ! » Les hommes se rapprochèrent de l'autel et firent remarquer les taches de la nappe. Cette fois encore, en effet, les deux nappes étaient mouillées par le liquide, tandis que la table d'autel était parfaitement sèche. (Cette fois-ci il n'y avait pas de troisième nappe.) Sœur Edelgith était très émotionnée. Elle avait pourtant préparé l'autel sans rien remarquer de suspect. Tout était propre et sec. Elle aurait dû partir le lundi, mais avait eu un empêchement. Maintenant elle comprenait pourquoi. Elle alla chercher ses parents, tandis que je chargeais le sacristain de porter le lendemain tous les linges à M. le curé. J'emportai chez moi le corporal proprement dit, qui m'appartenait personnellement. Comme il était déjà très tard, je ne pouvais plus mettre M. le curé au courant, et le lendemain, je devais aussitôt après la messe des enfants vaquer à l'instruction religieuse jusqu'à midi et demi. Alors seulement je racontai à M. le curé ce qui s'était passé, et lui dis que je voulais maintenant m'en retourner chez moi : l'année scolaire était terminée, et avec elle les cours de catéchisme. Le sacristain lui apporterait tous les linges dans l'après-midi.
Après le repas de midi, je me rendis encore à Stich, pour examiner le corporal II. Curieusement, les taches n'étaient pas ovales, comme sur le corporal I, mais rondes. La deuxième en partant de la gauche était de la dimension d'une grande hostie, et en son centre on distinguait nettement une croix. Les taches avoisinantes avaient la taille d'une petite hostie. Le temps me manquait pour examiner encore les nappes d'autel. Le sacristain me promit de porter de suite les deux nappes et le corporal II à M. le curé. J'emportai le corporal I, qui m'appartenait, et je quittai Maria Rain après y avoir assuré le service paroissial pendant sept mois. »
Témoignage du sacristain
Ce que j'ai vu le soir du 14 juillet à 20 h dans la chapelle de Stich.
Le soir du 14 juillet, M. l'abbé L. célébrait la sainte messe dans la chapelle de Stich. La chapelle avait été préparée, et en particulier l'autel avait été garni de nappes fraîchement lavées, compte tenu de l'événement du 9 juin.
Comme sacristain, je me trouvais pendant la messe en arrière de l'autel, de côté. Après la communion le prêtre me fit signe et me montra du geste l'autel. Je vis alors distinctement des taches particulières. Après la messe, lorsque nous examinâmes les nappes de plus près, on put voir en particulier, sur une tache à peu près de la dimension d'une grande hostie, une petite croix bien distincte. Nous tous qui vîmes cela étions extrêmement surpris. On avait pu voir des taches presque pareilles après la messe du 9 juin à Stich.
Je suis prêt à certifier ces faits sous la foi du serment. Stich le 8 novembre 1970.
Joseph Tauscher, sacristain
La réponse de la Science
« Dès le début de juillet, raconte l'abbé Leutenegger, j'avais envoyé le corporal du 9 juin à Zurich, pour être examiné par la polyclinique de l'Université, par l'intermédiaire d'une religieuse garde-malades de ma parenté qui y travaille depuis vingt ans. Je la priai de mettre en train l'examen sans indiquer la provenance du corporal ni des taches qui s'y trouvaient, mais en demandant simplement de quelle nature étaient ces taches : de sang, de vin, ou de quelque autre matière. Je lui demandai également de s'arranger pour que, dans la mesure du possible, il n'y eût aucun catholique parmi les personnes chargées d'examiner le corporal. Je voulais une réponse objective et impartiale. Elle vint. »
Elle vint sous la forme d'un appel téléphonique, suivi de la lettre que voici.
La réponse de l'Église (conciliaire) ou « Une enquête très rigoureuse ».
Le 23 juillet, à l'occasion d'une visite pastorale, l'évêque d'Augsbourg Mgr Stimpfle fut mis au courant des faits du 9 juin et du 14 juillet par M. le curé de Maria Rain ; ensuite de quoi il institua une commission d'enquête.
Le 19 octobre, l'abbé Leutenegger fut entendu par les autorités ecclésiastiques. Fin janvier 1971, toute l'affaire fut soumise à la Congrégation pour la doctrine de la Foi.
Les conclusions de la commission d'enquête furent rendues publiques par le communiqué suivant paru dans le bulletin officiel du diocèse d'Augsbourg du 16 avril 1973 :
1. — «Du 13 décembre 1969 au 14 juillet 1970, sur la demande du vicaire-économe de (8961) Maria Rain (Allgaii), un prêtre suisse du diocèse de Baie, âgé de 78 ans, exerça par intérim les fonctions pastorales dans cette paroisse. Les 9 juin et 14 juillet, à 20 h, il célébra la sainte messe mensuelle, dans le rite romain, dans la chapelle de la Sainte Trinité, annexe de la paroisse de Maria Rain, pouf les habitants des fermes avoisinantes. La chapelle peut contenir au maximum 20 personnes.
Les deux fois il remarqua, avant la communion, des taches sur le corporal. Après la messe, bouleversé, il montra le corporal aux assistants.
2. — Informé le 23 juillet par le vicaire-économe, Mgr l'évêque d'Augsbourg chargea le 24 juillet une commission d'enquête, présidée par l'official, de l'examen des faits, conformément aux critères « an sit eventus sensibilis praeter communem usum naturae divinitus factus». (S'il s'agit d'un fait sensible opéré par Dieu en dehors de l'ordre commun de la nature). Après explication des circonstances réelles et personnelles, le prêtre célébrant suisse fut entendu par le tribunal ecclésiastique de Coire le 19 octobre. L'officialité d'Augsbourg mit au courant des faits oralement et par écrit, la Congrégation de la Foi le 28 janvier 1971, Les 14 participants aux deux messes se prêtèrent à une déclaration sous la foi du serment le 11 mai 1971. Le 4 décembre 1971, la Congrégation de la Foi émit entre autres (1) l'avis qu'il fallait s'abstenir (désormais) de toute publicité.
3. — D'abord, un examen provisoire par la commission épiscopale, puis, les 17-18 décembre 1971, un examen par un spécialiste désigné par elle, assisté de deux experts, du calice baroque ayant servi à la célébration, aboutirent aux conclusions suivantes :
Le fond poreux de la coupe présentait sur sa face externe (ce qui ne pouvait s'apercevoir aux messes du soir) une fêlure sinueuse d'environ 12 mm de long. Le nœud contenait des dépôts pâteux, qui se prolongeaient d'une trace à l'intérieur du pied du calice. L'examen technique fut complété par des tests physico-chimiques.
4. — Entre-temps, un éditeur anonyme avait publié à Berikon (Suisse) une brochure intitulée « Miracle du Précieux Sang du 20' siècle ?» (2).
Cet écrit répondait aux questions posées par certains cercles intéressés.
Ainsi, le temps paraît venu d'une prise de position officielle et publique ; en même temps, l'enquête, sur le fond, peut être considérée comme close.
Les observations, déclarations, rapports, comprenant plus de 200 pages, donnent, avec une probabilité touchant à la certitude, l'image suivante des faits de Stich — Maria Rain :
5. — Pendant la célébration eucharistique vespérale des 9 juin et 14 juillet (comme probablement déjà lors d'une messe le 24 mai 1970) quelques gouttes du contenu du calice ont perlé, entre l'offertoire et la communion, à travers la fêlure de la coupe, en passant sur un écrou de fixation en fer à six pans rouillé se trouvant dans le nœud du calice, et coulèrent sur le corporal et sur les nappes. Elles y produisirent des taches de rouille brunes, en partie (suivant le tissu) en forme de petites croix.
Avec le liquide du calice, il s'agissait du vin (éventuellement du Sang eucharistique du Christ) qui est dans le calice entre l'offertoire et la communion à toutes les messes. (Le liquide suinta suivant un cheminement naturel, conformément aux lois physiques, de la coupe défectueuse sur les linges d'autel.
En conclusion : A Stich, il ne s'est pas produit de miracle, et surtout pas de « miracle du Précieux Sang », en ce sens que le Sang humain du Christ serait devenu visible, ou que le Sang humain du Christ présent dans le vin consacré serait apparu sous la forme de sang.
La soi-disant « guérison miraculeuse » évoquée par l'auteur anonyme de la brochure suisse, qui se serait produite après attouchement du corporal de Stich, repose sur des vues subjectives ne résistant pas à l'examen, tant scientifique que théologique. Le 'fait peut être attribué à des comportements psychologiques (3).
6. — II convient de remercier tous ceux, prêtres et laïcs, dans le pays et à l'Etranger, qui ont contribué impartialement à l'explication des faits et ont ainsi, sans parti-pris, contribué à prévenir la formation d'une légende religieuse. »
(1) C'est nous qui soulignons. On verra ci-dessous pourquoi.
(2) « Blutwunder im 20° Jahrhundert ? ». Edit. Robert Mâ-•der-Sekretarait. C.H. Berikon. — A peu près tous les renseignements concernant les faits sont puisés dans cette brochure, avec l'aimable autorisation de l'éditeur.
(3) V. ci-dessous : « La signature de Dieu ».
A suivre
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