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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 14:45

          

Quel mystère que le temps! Qu'est-il? D'où vient-il? De quel lointain sans bords ou de quel océan d'immobilité dois-je voir surgir sa course?

 

Des philosophes l'ont vu comme une ondulation perpétuelle, un  retour éternel  sans terme assignable en avant ou en arrière : grande pensée que volontiers la raison ferait sienne. Mais les chrétiens voient plus grand encore, en ce que, refusant au temps une pareille ampleur, ils l'ac­croissent de sa source.

 

Le temps est un ruisseau qui s'échappe du glacier éternel. Cette eau vient de ce cristal et le reflète. Sa pureté est troublée, dans sespro­fondeurs, par les scories de la matière; mais en celle-ci réside encore une admirable fécondité.

 

Le temps porte toute vie, et toute activité ici bas est sa sujette. Il porte les humains qui ont vécu, vivent ou vivront, et le Christ, leur aîné, chef de toutes les races, et l'Église, mère commune, qui à des titres divers appartient elle aussi toutes les générations.

 

Par la croix qui le domine, le temps est devenu sacré. Ma petite vie, qui y est prise, participe de sa nature auguste et ressent l'obligation de ne déposer en lui que du sacré.

 

Le temps est un grand don de Dieu. Ce mot est sacré, car il  accorde au divin la première place et un rôle enveloppant par rapport à tout le reste. A ce titre, l'or même, cette boue jaune, comme on l'a appelé, peut revendiquer cette qualification, à son rang, le dernier parmi les choses humaines.

 

Quelle grossièreté, si on le prenait à la lettre, dans ce dicton américain : «Le temps, c'est de l'argent!» Comme boutade, cela s'admet; comme doctrine, cela signifierait que la vie se résume en l'argent, s'engouffre dans l'argent. Disons plutôt : le temps, c'est de la beauté, c'est de la vérité, c'est de la vertu, c'est de l'amour et c'est de l'espérance.

 

Admirer, comprendre, aimer, es­pérer, et bien faire, c'est là durer.

 

Le temps contient ce qu'il y a de plus sublime dans ce qui passe, et il augure ce qui est éternel.  Le temps n'est pas seulement une extension; il a une profondeur du fait de nos attaches immor­telles.

 

Ce ne pourrait être que de notre faute, si se réalisait le mot désenchanté de Leconte de Lisle : Le temps n'a pas tenu ses promesses divines.

 

Le temps ne trahit pas : ne le trahissons pas nous-mêmes. Aimons-le et vénérons-le. Ne soyons pas de ceux qui le profanent en usant mal de lui; de ceux qui le « tuent » en n'en usant point; de ceux qui le gaspillent en l'employant à des riens; de ceux qui le surchargent et s'en font les « bourreaux » ainsi que d'eux-mêmes.

 

Le temps veut la mesure, étant lui déjà une mesure intérieure des choses. Le temps veut le sérieux et la profondeur, étant, de sa nature, une ondulation de surface, dont le dessous est la substance immuable des choses, et dont l'ar­rière-fond est l'Être éternel.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

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