« Ayez confiance... j'ai tout réglé avec la Justice de mon Père... »
Ici, il faut s'arrêter et contempler ce verbe avoir, qui est au passé. Il rejoint le : « J'ai vaincu le monde. ». Mais s'il s'adresse aux siens actuels par une messagère de son Sacré-Cœur, c'est qu'il marque une action prophétique dont la réalisation mystérieuse est en marche, qui a donc déjà commencé tandis que les hommes sont encore aveugles et que rien évidemment — puisque c'est Dieu lui-même qui est en action — ne pourra arrêter. Malheur à celui qui se dresse en travers du chemin de Dieu ! Pour avoir voulu s'opposer à l'action de la Toute-Puissance, Pharaon voit son armée anéantie. Les éléments obéissent. La merise fend. Dans le peuple élu, ceux qui pèchent par infidélité sont châtiés ou exterminés. Ceux qui voudraient enjamber sur la Providence sont rappelés à l'ordre. La colonne de nuée marche en tête: Nul ne peut se substituer à elle ou s'attribuer quelque succès personnel ou quelque gloire. Dieu seul est le vrai chef. Tous, contraints ou forcés, ou aimants et attentifs, marchent à son pas. Moïse, zélé, plus que tout autre.
Si une action de Dieu est engagée, ce n'est pas le monde orgueilleux, — fût-il actuellement d'une puissance bien supérieure à celle de Pharaon — qui pourra y faire échec. Il sera confondu et écrasé.
Ce «J'ai tout réglé » s'accompagne d'ailleurs du mot « Justice » (« J'ai tout réglé avec la Justice de mon Père »). Bien que la Parole soit intime, douce, elle est d'une fermeté intrinsèque, car si Jésus parle de Justice de l'endroit même où II ne parlait que de Pardon, c'est parce que l'Amour a été trop outragé et demande réparation.
Qu'est-ce que c'est donc que cette action actuelle de Dieu le Père, sinon sa Justice ? C'est vraiment avec tremblement, bien qu'avec confiance, qu'il nous faut considérer cette lettre de Claire à un ami.
Quoi peut nous dire que l'action de Dieu est vraiment en marche ? Le Christ n'est pas enfermé dans le temps. « J'ai tout réglé » couvre toutes les époques, passées, présentes et futures. Certes, certes. Mais si le Sacré-Cœur s'est donné la peine de dire à sainte Marguerite-Marie, au XVII° siècle : « Je régnerai malgré mes ennemis », en employant un verbe au futur, c'est qu'il tient compte du temps comme il l'a toujours fait. Ne pleurait-il pas ainsi sur Jérusalem : « Il ne restera pas de toi pierre sur pierre parce que tu n'as pas connu le temps où tu étais visitée ».
A Mme Royer de même, au XIXe siècle, Jésus dit : « Les Français iront jusqu'aux confins du désespoir... Ils ne reprendront courage que contre eux-mêmes... Alors surgira l'élu de Dieu... Et nul ne pourra dire : « C'est moi qui l'ai fait... ».
Avec sainte Marguerite-Marie et Mme Royer, ce sont autant de futurs qui forment une promesse. Avec Claire FERCHAUD, il semble que ce soit un passé qui marque le début de la réalisation de cette promesse. Dieu est en marche. Alors, les siens doivent avoir confiance.
Mais Dieu qui nous entraîne et nous sauve ne veut rien faire sans nous, c'est-à-dire sans notre acte de foi. Il veut que notre goutte d'eau s'ajoute à son vin. Claire, dans ce style concis qui ne peut être que celui de l'Esprit Saint, lance une directive : « II suffit que vous ajoutiez dans l'aujour-d'hui la pureté de votre foi, la virilité dans l'exécution ».
(A suivre )
Extrait du LE MOYEN DU SALUT, de Claude Mouton et Henri Guillemain. Diffusion de la Pensée Française.
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