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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 20:54

Le Sacré-Cœur (suite)

claire reçue par poincaré 

Cette lettre parait plusieurs mois avant l'Armistice. Le retentisse­ment en est grand. Le 21 mars, le Président de la République, M. Poincaré, avait reçu la jeune paysanne. Elle lui avait rappelé une prière qu'un soir il avait faite sincèrement pour implorer le salut de la France : elle lui apportait donc la réponse. Mais « l'acte de foi demandé », à savoir que le Sacré-Cœur fût placé sur les couleurs natio­nales, devait être refusé. A la suite de quoi, Claire Ferchaud ne put que dire à ses intimes : « Les guerres continueront jusqu'à ce que... » Toutefois, le Sacré-Cœur fut brodé sur de nombreux drapeaux du front, mais jamais le vœu ne fut exaucé officiellement. 

Dès cet instant, Claire, ayant accompli là première partie de sa mission, se plongea durant plus de 50 années dans le silence, l'humilité et l'obéissance. Même la guerre de 39-45 ne la tira pas de l'ombre. Ce silence est sans aucun doute d'une profonde valeur spirituelle. En 1965, S.S. Paul VI la félicitait par écrit. En 1939, elle avait reçu la bénédic­tion de Pie XII et, auparavant, Benoît XV, parlant à Mgr Rumeau de la 

Communauté des « petites sœurs » que Claire avait fondée, avait dit : « Dites-leur que je veux qu'elles restent ensemble ». 

De telles marques de bienveillance pourraient faire croire que le Vatican a « reconnu Loublande ». Il n'en est rien pour le moment. Rome demanda que toute manifestation cessât à Loublande. On en était là encore à la mort de Sœur Claire. 

Mais qu'est-ce que cette communauté des « petites sœurs ». C'est un groupe de religieuses fondé en réparation des injures faites au Sacré-Cœur. Ce sont des expiatrices « en substitution au refus opposé la France de reconnaître officiellement Dieu pour Maître ». A ce titre Claire et ses compagnes ont passé une vie de souffrance, vivant de menus travaux et de dons. En ce 29 janvier 1972 encore, avec Claire, la communauté comptait 16 religieuses. Malgré une certaine division du clergé sur les « faits » de Loublande, aucun problème ne s'est posé dans le diocèse de Poitiers. Selon le journal « Le Courrier de l'Ouest », M. le Vicaire Général Pierre Boinot a déclaré que « Claire Ferchaud a toujours été considérée comme une sainte âme et qu'elle n’était ni une hallucinée ni une mythomane ». Claire a toujours été soumise aux évêques successifs du diocèse qu'ils eussent la réputation bien ou mal disposée à son égard. Elle ne contesta jamais aucune décision, même quand la chapelle du couvent fut fermée. Celle-ci fut rouverte en 1964, et l'on note à ce sujet les mots du cardinal Ottaviani : «Dites à Claire que le calvaire de Loublande est terminé ». 

En témoignage de cette soumission au Pape et aux évêques, malgré les vicissitudes actuelles de l'Église, et en témoignage aussi de son grand amour pour la France, il est nécessaire de citer ici le testament spirituel qu'a laissé cette « humble fille dévouée à son Dieu et à sa Patrie » : 

« A tous,

— à Notre Saint-Père tant aimé,

— à mon Évêque vénéré,

— au Pasteur de la paroisse de Loublande,

— aux prêtres de qui j'ai reçu l'insigne grâce de la Sainte Messe dans notre chapelle et le secours des sacrements,

— à mes sœurs très chères de Vie Immolée,

— aux bienfaiteurs discrets ayant compris et soutenu nos jours de labeurs,

— à ma double famille, celle du sang et celle formée par Dieu dans une union spirituelle, prêtres, religieuses, laïcs nombreux,

— aux habitants de Loublande que j'ai tant aimés, quoique membre ignorer, à ceux qui, par la permission de Dieu, furent instruments de mes jours crucifiés,

« Dans ma longue vie de recherche apparemment inutile,

J’étais de mon cœur aimant avec les enfants qui montent dans la vie, avec les vieillards quêtant une tendresse, avec les malades, ceux des hôpitaux sans famille,

avec les mourants pour tes aider à bien mourir, avec les prisonniers,

avec les martyrs des camps de concentration et sur les champs de guerre,

avec les familles en pleurs,

avec les pécheurs pour expier et demander leur conversion,

avec les travailleurs de toute profession,

avec les voyageurs de route, de mer et des espaces.

« Dans ce dernier mot à la terre, veuillez comprendre ma sou­mission totale envers Dieu et ses représentants religieux.

Je demande pardon à ceux que j'aurais peinés.

Je dis merci à ceux qui m'ont fait souffrir.

« Lorsque vous aurez connaissance de cet « adieu », mon âme aura été jugée par le Seigneur de Justice et de Miséricorde.

« Pour ce moment redoutable, j'implore Marie, Notre-Dame qui fut le soutien de ma vie.

J'appelle mes filles chéries que j'ai aidées à mourir.

« A tous que j'ai tant aimés dans mon holocauste quotidien, je demande un souvenir dans vos prières, pour la purification de mon âme.

« Du ciel, je vous assisterai, selon le pouvoir que Dieu m'accordera.»

Votre Claire

Aujourd'hui, Claire Ferchaud n'est plus. Le 2 février 1972, pour la fête de la Purification, trente prêtres et tout un peuple fidèle lui faisaient de dignes obsèques. Le 14 juillet 1971, sa sœur religieuse à la Sagesse s'était éteinte. De son côté, Claire, quelques jour avant sa mort, voyait les doigts de sa main droite se paralyser : de ce fait, elle : ne pouvait plus écrire, — elle qui ne s'était pratiquement exprimée qu'en écrivant. Verba volant, scripta manent...

L'entrevue avec Poincaré, la lettre aux généraux, l'expiation pour le refus de la France... Est-ce terminé ? Non pas. Il y a une autre partie de la mission, que Claire aurait bien voulu voir se réaliser : LA MESSE PERPÉTUELLE, au cours de laquelle des prêtres se succéderaient jour et nuit par le Saint Sacrifice, non seulement en réparation des outrages faits à l'Amour Divin, mais aussi comme signe de renouveau l'Église et la France.

C'est ici que les mots de Claire prennent tout leur sens, « Les guerres continueront jusqu'à ce que... » Mais là encore, il faut que la permission de dire la messe perpétuelle soit donnée OFFICIELLEMENT par l'Autorité ecclésiastique. Apparemment, tout va contre. La dégra­dation actuelle et jusqu'aux attaques contre la liturgie ne permet pas, humainement parlant, de bien augurer de l'avenir. Faudra-t-il le chaos, que tout soit désespéré, pour que ce vœu du Sacré-Cœur se réalise ? Dans l'atmosphère de Loublande c'est ce qu'on croit. Claire aurait annoncé que l'ordre arriverait quand personne ne s'y attendrait. Il semble que, comme Moïse étendait les bras pendant que les hébreux combattaient, la messe perpétuelle soutiendrait les hommes de bonne volonté qui feraient un « acte de foi » contre les ennemis intérieurs et extérieurs et pour l'Amour de Dieu.

(Mars 1972) A suivre

Extrait du LE MOYEN DU SALUT, de Claude Mouton et Henri Guillemain. Diffusion de la Pensée Française.

elogofioupiuou.over-blog.com

 

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