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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 15:36

 

Pour mon église, je rêvais d'un grand Crucifix de Mission. . .

 

Je connaissais un véritable artiste, humble, qui se disait incroyant. La question se po­sa à mon esprit : « Est-ce qu'un incroyant peut sculpter un Christ en Croix ? »

 

Mais cet homme était-il vraiment incroyant ? J'allais visiter souvent son atelier. Il y cherchait le Beau, avec tant de patience, de ferveur et d'inquié­tude, que je pensai qu'un incroyant n'en serait pas arrivé là... Je lui parlai de mon projet. Il pâlit. Oserait-il dire : Oui ? ... Finalement, il me dit : Oui !

 

Et la très belle aventure commença.

 

Dans une poutre de chêne rouge assez vieille, il se mit à tailler. Je lui avais donné l'image du Saint Suaire. Il l'a regardée des milliers de fois. Sa femme disait : « Qu'avez-vous fait ? Mon mari ne vit plus ; il ne mange plus. Il se lève maintenant la nuit pour tailler dans ce bois. . . » En effet, il se le­vait la nuit, quand une idée lui venait, pour tra­duire ce Christ en beauté. Je lui avais dit : « Il me le faut pour telle date » Son front se rembrunit :

 

« Je ne sais pas », dit-il. . . Je compris bientôt ses hésitations. Il fallait qu'il se mette comme en état d'adoration. On ne sculpte pas un Christ sans une espèce de ferveur, qui dépasse même l'inspiration. . . Je lui dis donc, quelque temps après: « Vous le ter­minerez quand vous pourrez, même si cela doit du­rer dix ans. . . »

 

Il me regarda, et je crois qu'il avait envie de pleurer de reconnaissance. Enfin, je lui faisais confiance: il ne travaillerait pas sans que la foi y soit…

 

Deux ans après, c'était fini. Je lui dis : « Je crois que vous avez fait un chef-d'œuvre». «Votre chef-d'oeuvre !» Il me répondit: «Je le crois, moi aussi... » Mais doucement, humblement, en ayant l'air de n'y croire qu'à moitié. Il regardait Son Christ, tandis que moi, je comptais pour bien peu, dans son atelier encombré d'ébauches et de pous­sières…

 

Mais il faut aller jusqu'au bout. Le Vendredi Saint, ce CRUCIFIX entra dans notre église pour l'office du soir. Tous mes paroissiens étaient là : pour leur Christ, dont je leur avais dit que, dans mille ans, il serait encore le Témoin de leur Amour et de leur Foi...

 

Ce fut beau à mourir ! Mon sculp­teur m'avait dit: «Personne n'y touchera; on me l'a­bîmerait. C'est moi qui le porterai et qui le sus­pendrai à ce pilier... » Ce qui fut fait, pendant que la foule des fidèles chantait le Vexilla Régis. Tous, et mon sculpteur aussi, nous pleurions, de cette Joie secrète d'être ainsi réunis sous cette Croix.

 

Cette Croix, elle y est toujours. Elle restera dans mon église, même s'il y a une autre révolution, car aucun homme n'osera le descendre.

 

Cette nuit-là du Vendredi Saint, j'aurais pu prê­cher toute la nuit, il n'en serait resté que bien peu de choses. Ce CRUCIFIX était l'image d'une Ré­demption qui a moins besoin d'orateurs que de saints...

 

Mon sculpteur en a-t-il été converti pour autant ? Mais, voyons ! Il croyait déjà, et il n'ou­bliera plus...

 

Mes paroissiens en devinrent-ils plus pratiquants ? Peut-être que oui, peut-être que non...

 

Seulement, je sais bien qu'ils se souviendront tou­jours de cette heure, dans cette église de campagne, où la Charité de Dieu s'était manifestée et était en­trée, de quelque façon encore secrète, dans nos coeurs.

 

(Condensé  d'un article  de  l'abbé JEAN  MONTAURIER, dans l'Homme  nouveau,  Paris,  4  juillet  1971.)

 

Extrait de : La CROIX, étendard du Christ Roi. Chanoine Georges Panneton

                    Édition LE BIEN PUBLIC  (1972)

                    Trois-Rivières, Canada.

 

elogofioupiou.com

 

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