« Celui qui aura rougi de moi, au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi rougira de lui, lorsqu'il viendra dans la gloire de son Père avec les saints Anges. » (Marc, 8, 38).
En 1949, je visitais la nouvelle Cité Universitaire de Madrid. Elle sortait à peine des ruines causées par la guerre civile communiste de 1936-1939. Je me suis arrêté au grand pavillon de la Faculté de Philosophie. Partout, à l'intérieur: hall d'entrée, salles de cours, bureaux, etc. On pouvait voir, suspendu au mur et bien en vue, UN CRUCIFIX, un vrai et beau Crucifix. Et cela dans l'Université de l'État. En Espagne, on n'a pas honte d'afficher qu'on est catholique : le Crucifix n'est pas un objet quelconque ou une pièce de musée. C'est le Signe de la Foi catholique.
En 1958, arrivant à Bogota (Colombie), mon compagnon et moi-même, nous étions accueillis dans une belle salle du nouvel aéroport. Sur un mur blanc, un grand CRUCIFIX se détachait nettement. Imaginez : dans un aéroport international, un Crucifix !
A Trois-Rivières (Canada), après plus de trois siècles de christianisme, on semble avoir peur de LA CROIX… Dans un édifice, hier encore propriété de l'Église et maintenant fréquenté par des milliers d'étudiants et des centaines de professeurs, on ne trouve plus de Crucifix. Et même, on a enlevé l'élégante et éloquente CROIX de métal, qui était placée sur le mur extérieur de l'ancienne chapelle.
Quelqu'un a dû dire, tout dernièrement : « Descends la Croix ! » répétant, avec quelque nuance, l'apostrophe sarcastique criée par les ennemis de Jésus, crucifié entre deux voleurs : « Descends de la Croix et nous croirons en toi ! »
N'est-ce pas une nouvelle honte, pour notre population chrétienne ?
Qu'a-t-on fait de cette belle Croix, oeuvre d'artisans de Trois-Rivières ? A-t-elle été dressée quelque part ailleurs ? Ce serait une compensation. Mais, c'est pour le moins douteux... A-t-elle été détruite ? Le malheur serait double !
Dans notre société presque totalement composée de baptisés, au sein d'une population héritière de trois siècles de foi et de vie chrétienne, on fait sauter les Croix. . . Et personne ne semble s'en inquiéter, personne ne proteste, personne ne réclame le droit du Christ à régner sur nous, au moins par son emblème, LA CROIX.
Inconsciemment ou non, on répète insolemment : "Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous » (Luc, 19, 14). Mais Jésus répond : « Celui qui aura rougi de moi, au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi rougira de lui, lorsqu'il viendra dans la gloire de son Père avec les saints Anges. » (Marc, 8, 38).
Ce geste de démission religieuse, cette régression vers le paganisme, cette insulte à un passé fait d'héroïsme et de vertu chrétienne, ce rejet de Dieu, dans certains milieux intellectuels et universitaires, — tout cela est de nature à provoquer les foudres du Ciel sur nous. Et nous ne l'aurons pas volé... A moins que des âmes victimes, qui ont le culte de LA CROIX et du mystère de la Rédemption par la Croix de Jésus, s'immolent pour les scribes, les faux prophètes, les iconoclastes, « qui ne savent pas ce qu'ils font » (parole de Jésus en croix : Luc, 23, 34).
Ou bien, faudra-t-il descendre dans le creuset d'une guerre civile purifiante, pour faire redresser les Croix descendues ?
Mgr J.-LOUIS BEAUMIER, prêtre. Fête de la Sainte Croix, 14 septembre 1971.
(CARREFOUR CHRÉTIEN - nov. déc. 1971, Montréal, reproduit avec la permission de l'auteur.)
Extrait de : La CROIX, étendard du Christ Roi. Chanoine Georges Panneton
Édition LE BIEN PUBLIC (1972)
Trois-Rivières, Canada.
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