De toutes les histoires, il n'en est pas qui vous touche de plus près ni qui doive vous intéresser davantage que l'histoire de votre vie. Appliquez-vous aujourd'hui à la revoir avec soin, à la méditer et à en corriger les erreurs.
Pour bien faire l'histoire de sa vie, il faut procéder avec ordre et clarté.
Divisez d'abord votre vie en trois époques principales. Dans la première se présente l'enfance jusqu'à l'époque de la première communion.
La seconde embrasse la jeunesse ; La troisième, la maturité de l'âge.
Ensuite, résumez votre vie dans les chapitres suivants que je me borne à vous indiquer. Entrez dans les détails que vos souvenirs et votre conscience ne manqueront pas de vous fournir.
1er chapitre. Mes ignorances: On fait le mal sans comprendre tout le mal que l'on fait. La mauvaise plante que l'œil découvre à peine ne laisse pas d'être nuisible au sol qui la produit. « Seigneur, disait David, ne vous souvenez pas de mes ignorances. »
2e chapitre. Mes imprudences de tous les âges et, avec elles, mes sottises, mes aberrations, mes égarements. — « Seigneur, disait encore David, ayez pitié de moi, car j'ai agi comme un insensé ! » Outre cela, que d'occasions pleines de dangers, qu'on aurait dû. Éviter et qu'on a, ou acceptées, ou recherchées : lectures, réunions, fêtes, etc. !
3e chapitre. Mes passions. — L'homme animal dont parle saint Paul, a une, deux, trois passions qui dominent toute su vie. Les autres vices marchent à la suite du chef : c'est celui-ci surtout qu'il faut attaquer et détruire. Que de fautes ces passions ne m'ont pas fait commettre !
4° chapitre. Mes défauts. — Les caractères se dessinent comme les couleurs : Caractère vain, léger, hautain… ; caractère entêté, faible, susceptible, dissimulé; caractère brusque, impatient ; caractère mou, paresseux. Les saillies auxquelles ils donnent lieu sont de tous les jours.
5e chapitre. Mes illusions. — Illusions de l'esprit ; erreurs de jugements, défaut de discernement : la boussole dirige mal le navire. On croit raisonner juste et l'on se trompe ; on croit agir bien et l'on fait mal.
Illusions du cœur : elles se forment peu à peu ; on se les dissimule, ou, si on les voit, on les excuse, on se les pardonne ; le temps finit parles guérir, lorsque la parole d'un ami, les voyages, l'inconstance naturelle ne viennent pas les dissiper: mais que de périls et de fautes !
6e chapitre. Mes déceptions. — C'est une lumière et une grâce dont on ne profite pas assez. Les déceptions humilient ; quelquefois elles aigrissent ; on relève les défauts d'autrui, sans corriger les siens propres.
7e chapitre. Mes habitudes vicieuses. — Que m'en reste-t-il ? La honte et le remords. Oh ! Les douloureux souvenirs !
8e chapitre. Mes rechutes. — Ne sont-elles pas aussi nombreuses que coupables ? Combien n'exposent-elles pas à la damnation ! Retomber volontairement et fréquemment dans le péché, n'est-ce pas témoigner qu'on préfère la créature au Créateur et se mettre sous l'esclavage du démon? Lorsqu'on s'est forgé de telles chaînes, il est bien difficile de les briser.
9e chapitre. Mes injustices. — Le bien d'autrui crie sans cesse à l'oreille du ravisseur : Je ne t'appartiens pas. La restitution est de rigueur, dès qu'elle est possible. Ne commettez-vous aucune indélicatesse, aucune petite injustice ?
10e chapitre. Mes inimitiés ou antipathies. — Les motifs, la durée, les personnes. Oh ! Combien on commet de fautes sous ce rapport ! Même parmi les personnes pieuses, combien peu il y en a qui soient cordialement charitables, sans exception ni réserve ! Examinez-vous bien !
11° chapitre. Mes abus. —Abus du temps, des talents, de la santé, de la fortune, du pouvoir, de l'amitié, de la confiance, abus des dons et des grâces de Dieu.
12° chapitre. Mes devoirs. — Violés, ou omis, ou négligés. Devoirs du chrétien, devoirs d'état, devoirs domestiques, devoirs de société, etc.
Oh ! Que nous réformerions rapidement notre intérieur, si nous lisions plus souvent l'histoire de notre vie et si, à chaque lecture, à chaque examen, nous faisions des efforts sérieux pour corriger les points reconnus défectueux I
L'état de médiocrité dans lequel nous nous traînons si souvent provient en grande partie de ce que nous ne rentrons pas en nous-mêmes, de ce que nous ne cherchons pas à nous bien connaître. Il faut réfléchir sur notre vie passée, sur notre état présent et considérer combien la vie est courte, combien par conséquent nous nous faisons de tort à nous-mêmes en négligeant le soin de notre âme.Voilà aussi quelle doit être notre intention principale dans nos prières, dans nos communions : demander à Dieu la grâce de nous connaître à fond, avec tous nos péchés et toutes nos misères, sans nous faire illusion en quoi que ce soit. La fidélité à cette pratique sera pour nous le point de départ d'un grand progrès spirituel.
Extrait de LECTURES MEDITÉES (1933)
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