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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 11:50

L'amour du beau, naturel à l'enfant, offre une occasion  d'embellir sa conscience.

 

L'enfant, comme nous l'avons vu, est naturelle­ment — c'est-à-dire selon sa nature divine, — natu­rellement désireux d'être beau — beau au point de vue physique, beau au point de vue moral.

 

C'est qu'il aime naturellement le beau, et qu'il s'en revêt comme il en revêt ceux qu'il aime: «Ma jolie maman !» C'est un mot de tendre admiration que nous avons tous pu entendre prononcer avec une sorte d'extase, une joie profonde, par des en­fants devant la mère qui s'est parée plus que d'habi­tude, quand ils sont petits; devant la mère accom­plissant pour eux une action qui leur semble pénible, quand ils sont plus grands. Ce mot contient alors plus que de l'admiration: de la reconnais­sance. Mais toujours, la joie de trouver la maman «belle», physiquement ou moralement. Cette joie de la beauté morale de leurs parents se manifeste ensuite devant un acte dont ils ne sont pas bénéficiaires, devant l'expression d'une pensée généreuse: « Comme c'est beau, ce que tu as dit, mon papa!» Le beau est alors aimé pour lui-même, comme une forme du parfait; bien plus: il est pour l'enfant et il reste pour l'artiste l'image sous laquelle se repré­sente tout bien; il est le bien même.

 

Qui ne voit tout le parti que les parents peuvent tirer de ce sentiment pour «embellir» la conscience de leur enfant ? «C'est laid de mentir. Quand tu mens, que tu trompes tes parents, tu es laid, ton âme est salie; elle n'est pas belle». L'enfant est mal­heureux d'être laid; il est par là même détourné de ce qui lui procure cet état désagréable: «Tu es gen­til d'avoir choisi comme ami le petit camarade que tu voyais délaissé; tu as un joli petit cœur; il plaît au bon Dieu». L'enfant est heureux, et le voilà prêt à reproduire ce qui lui procure ce bonheur.

 

Il ne faut pas plus redouter de faire à un enfant l'éloge de sa conduite quand elle est bonne, que de l'en blâmer quand elle est en défaut. L'essentiel est que le blâme ou l'éloge soit juste; que l'un ne soit pas une manifestation d'impatience; l'autre, une flatte­rie pour obtenir quelque chose de l'enfant. Il s'agit de juger ses actions de manière qu'il les juge lui-même mauvaises ou bonnes, et qu'il veuille s'appli­quer à rejeter les unes à adopter les autres.

 

L'appel au sentiment du beau qu'il porte en lui, évite que l'enfant se sente contraint d'agir comme ses parents le veulent, contribue à former en lui la volonté du bien, et l'habitude à agir de lui-même au nom de cette volonté.

 

L'enfant  devient accessibles  aux émotions morales.

 

Nous venons de voir l'enfant aimer, admirer ar­demment le beau. C'est qu'il est maintenant capable d'éprouver des émotions non seulement du cœur, mais de l'intelligence, de l'être tout entier: des émo­tions de l'âme. Dès sept ou huit ans, l'enfant s'indi­gne ou s'enthousiasme suivant qu'on lui présente une vilaine ou une belle pensée; suivant qu'il est té­moin d'une action mauvaise ou bonne.

 

Comme à cet âge, il commence généralement à aller à l'École, les moyens sont nombreux de déve­lopper sa conscience en utilisant cette disposition aux émotions morales.

 

Il faut « supposer »  le bien et d'abord  ne pas

se méfier de  la bonne volonté de l'enfant.

 

Le sens moral, en effet, nous l'avons vu, est un jugement, une manifestation de la raison; mais il est en même temps une disposition du cœur. Chez l'enfant de sept ou huit ans et même de dix ou douze, c'est encore l'élément sensible qu'il faut utiliser, il n'est pas temps de lui donner des préceptes géné­raux, de lui enseigner ce qui est bien, ce qui est mal. Il s'agit encore de lui donner le goût du bien, l'a­mour du bien.

 

Un excellent moyen, pour le maître, à l'école, pour les parents, à la maison dans leur rôle d'édu­cateur, un excellent moyen c'est de supposer le bien de ne jamais douter d'avance des bonnes disposi­tions de l'enfant. Rien ne déconcerte un enfant, ne le trouble dans sa conscience comme de lui suppo­ser une mauvaise intention quand il en a une bonne.

 

Une fillette de dix ou douze ans a été profondé­ment troublée pendant les jours de retraite de sa première communion parce que, alors qu'elle ne croyait pas possible qu'il y eût en elle rien de laid à ce moment béni, on l'a accusée un jour, d'ingrati­tude parce que, n'ayant pas beaucoup d'appétit et ne voulant pas être gourmande, elle avait mangé les pommes de terre et n'avait pu manger des beignets préparés à l'intention des premières communiantes — le lendemain: de gourmandise, parce que, plei­ne de regrets de son «ingratitude» de la veille, elle s'était réservée pour les beignets!... Il était donc im­possible de ne pas faire de sottises la veille de sa première communion! On n'était jamais sûre d'avoir une âme toute blanche comme sa robe, une âme jo­lie pour permettre au bon Dieu d'être content en ve­nant dans votre cœur...

 

Sa peine a été si profonde, son trouble si grand que ce fait lointain oublié depuis longtemps, assu­rément, par la maîtresse qui n'avait péché que par excès de zèle... et par ignorance d'une âme d'enfant, ce fait n'a jamais été oublié de l'enfant d'alors qui l'a rapporté avec émotion vingt ans après.

 

Supposer  le   bien,    c'est   encore   présenter à l'enfant des occasions de s'enthousiasmer ou de s'indigner.

 

Supposer le bien c'est encore présenté à l'enfant des exemples où il peut le proclamer — ou bien, où il le réclamera — exemples empruntés à la vie réelle, particulièrement capables de l'intéresser parce qu'il s'agit de personnes, d'événements qu'il connaît. Dans la famille surtout on peut parler de faits im­médiats qui émeuvent la sensibilité morale de l'en­fant. A l'École, on peut évoquer des événements ac­tuels, des faits empruntés à l'histoire. Certes, tous ne sont pas beaux, tous ne sont pas moraux. Mais l'histoire donne l'occasion d'apprécier des faits réels auxquels l'enfant porte une particulière attention ; elle donne l'occasion de les juger, d'exciter l'indi­gnation généreuse aussi bien que l'enthousiasme de l'enfant. Le choix des textes étudiés met l'enfant non plus seulement en présence d'événements, de faits, mais en face d'idées, de sentiments élevés et bien exprimés, c'est-à-dire exprimés de façon que l'enfant les comprenne et les sente, qu'il en soit pénétré, que ces idées contribuent à lui donner des habitudes de penser et de sentir justes et bonnes, l'invitent à agir suivant un idéal moral qui se forme peu à peu en lui à son insu.

 

Nous trouvons ici un auxiliaire précieux dans l'amour du beau naturel à l'enfant. Le beau, c'est l'objet de l'art: L’art n'est pas autre chose que la réa­lisation du beau. C'est pourquoi tout ce qui est art — musique, peinture, poésie — tout ce qui est beau produit dans l'âme humaine une émotion particu­lière, l'émotion esthétique, que l'enfant éprouve très vivement et qui est d'ordre moral, comme le beau lui-même.

 

Aujourd'hui, l'enfant profite de plus en plus des bienfaits de l'art par l'École. Par la famille aussi car l'art peut régner au plus modeste foyer. L'art se révèle, en effet, dès que l'on sent dans un intérieur le souci de l'ordre et de l'harmonie, le goût du beau.

 

Les  émotions morales sont communicatives.

 

Une condition est nécessaire pour que l'enfant éprouve des émotions morales, c'est que ses éduca­teurs les éprouvent eux-mêmes.

 

Nous avons vu le rôle essentiel que joue dans l'é­ducation de l'enfant l'imitation de ceux qu'il aime, de ceux qu'il admire. L'enfant imite naturellement, puis intentionnellement. Mais il y a une imitation qui se fait non seulement naturellement mais spon­tanément, d'elle-même, c'est celle des émotions. Les émotions se communiquent, se propagent — comme une maladie contagieuse se propage entre personnes voisines — se communiquent entre personnes vivant en commun par l'esprit et par le cœur. C'est pour­quoi le grand moyen de faire éprouver une émotion morale à un enfant, à un élève, c'est de l'éprouver soi-même. Racontez avec émotion une action géné­reuse, lisez avec émotion une belle poésie, l'enfant qui sent l'émotion dans votre voix en est pénétré, l'éprouve à son tour. Et là, rien de calculé de la part des enfants ou du maître; de belles paroles figurant des sentiments qu'on n'éprouve pas ne por­tent aucun fruit. Ce qui touche l'enfant, c'est votre émotion vraie; ce qui l'émeut, c'est votre émotion que lui révèle la sincérité de votre accent.

 

Ici encore nous constatons la grande leçon de l'exemple. Aimons le beau, aimons le bien: que nos enfants le sachent, qu'ils le sentent. Ils l'aimeront à leur tour, et seront prêts à le réaliser, car le sen­timent est un grand mobile d'action.

 

C'est au sein de la famille surtout que fleurissent ces émotions généreuses. Les enfants n'oublient jamais une réunion de famille, une série de réunions familiales, où le papa, la maman ont lu — pour eux — une belle page, une pièce, un ouvrage exal­tant des sentiments et des actes héroïques. L'émo­tion profonde, intime éprouvée en commun se con­serve en eux comme un souvenir toujours vivant, toujours actif, toujours capable  de  les  faire   agir selon  l'idéal  proposé. 

 

(A suivre)

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

 

 

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