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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 19:39


 

L'amour et l'imitation de Jésus Christ, pratiqués par Saint François de  Borgia.

 

Ce grand saint offre dans sa vie plusieurs exemples bien dignes d'être considérés par les personnes qui vivent au milieu du monde.

 

1. Dès son enfance, il s'étudia à plaire à Dieu par une parfaite innocence de mœurs, par l'application à tous ses devoirs, par une piété remarquable dans tous ses exercices. Il avait ainsi fait de grands progrès dans les vertus, lorsqu'il fut chargé de conduire à Grenade le corps de l'impératrice Isabelle, qu'on devait y enterrer, et d'assister comme té­moin à l'ouverture du cercueil et à la translation de ses restes dans le tombeau qui lui était destiné.

 

 A ce spectacle, qui mon­trait à la place d'une beauté admirée de tous une pourriture hideuse et infecte, il comprit plus que jamais le néant de toutes les choses humaines, et fit vœu de quitter la cour et de renon­cer à tout pour s'attacher uniquement au Roi du ciel. Réa­lisant ce vœu, dès qu'il le put, il entra dans la Compagnie de Jésus ; et là on le vit mener une vie toute d'amour pour Jésus-Christ, toute de progrès dans les plus éminentes vertus. Chaque jour il donnait à la contemplation des choses célestes plusieurs heures consécutives, souvent huit heures, quelque fois dix. Cent fois par jour, il se mettait à genoux pour rendre à Dieu l'hommage de son adoration et de son amour. Son bonheur était de passer devant le Tabernacle le plus de temps qu'il pouvait ; il eût voulu y demeurer toujours ; et quand il offrait le saint Sacrifice, comme quand il annonçait la divine parole, le feu sacré qui était dans son cœur resplendissait sur son visage. De là cette éminente pureté qui lui inspirait une horreur indicible des moindres fautes, des moindres imperfections, comme déplaisant à Dieu, et qui le portait à se con­fesser tous les jours ; de là cette attention à la présence di­vine dont rien ne pouvait le distraire, et à laquelle, au con­traire, tout le rappelait. La vue du ciel et de toutes les mer­veilles de la nature relevait à Dieu.

 

Lors même qu'il était dans le monde et qu'il vaquait à la chasse, la docilité de l'épervier à se laisser apprivoiser par un peu de nourriture qu'on lui donne le faisait gémir sur la dureté des hommes envers Dieu de qui ils reçoivent tout ; et les ruses de cet animal pour saisir sa proie lui rappelaient les artifices du démon pour perdre les âmes; la promptitude du chien à lâcher, à la voix de son maître, la proie qu'il porte, lui mettait également dans la pensée l'attachement des pécheurs aux plaisirs vils et dangereux que Dieu leur ordonne de quitter. Ainsi tout lui servait de moyen de s'élever à Dieu ; et, sous le regard de ce Dieu qu'il aimait, il s'attachait à faire chaque chose de la manière qu'il croyait lui plaire davantage. Il s'attachait surtout à aimer Jésus et Marie dans le prochain : d'où il concluait qu'il de­vait préférer tous les autres à lui-même, leur rendre toutes sortes d'égards et de bons offices, jusqu'à sacrifier pour eux son repos, sa santé, sa vie même, comme il le fit réellement dans la peste qui affligea de son temps plusieurs quartiers de la ville de Rome. Peut-on porter plus loin l'amour de Nôtre Seigneur ?

 

2. Pénétré de cette vérité, que l'imitation de Jésus-Christ est la meilleure preuve qu'on puisse lui donner de son amour, comme la garantie la plus sûre du salut, il s'attachait à se con­former en tout à ce divin modèle des élus. En voyant Jésus-Christ si humble dans sa naissance, dans sa vie, dans sa mort, dans son être eucharistique, il n'aspirait qu'à descendre du haut rang où l'avait placé sa naissance, qu'à se cacher dans: sa cellule du noviciat de la Compagnie de Jésus, qu'à se livrer aux plus bas offices, comme de balayer la maison ou servir à la cuisine, qu'à rechercher partout l'abjection et le mépris. La gloire semblait le poursuivre à proportion qu'il la fuyait : on lui offrit la pourpre romaine ; il la refusa et préféra l'humi­lité à tout le reste. Cette humilité éclatait dans sa conduite, dans sa démarche, dans sa conversation, dans la modestie de ses habits, dans sa déférence à l'avis des autres.

 

Jésus-Christ, roi des humbles, était le modèle qu'il aimait à retra­cer en toute sa conduite. En voyant ce Dieu Homme pauvre à la crèche, à la chaumière de Nazareth, dans sa vie apostoli­que, il prend en dégoût les richesses dont il jouit : il s'en dé­pouille, et se fait pauvre jusqu'à mendier son pain, jusqu'à n'avoir que des habits pauvres et d'autre nourriture que celle des pauvres. En voyant ce divin Sauveur si mortifié, si pé­nitent, il renonce à toutes les jouissances des sens ; il porte un cilice dont la dureté fait frémir ; ses disciplines sont san­glantes et journalières, et il semble n'avoir un corps que pour le faire souffrir. On le presse de se ménager : « Je le ferai, ré­pond-il, quand les délices seront pour moi des tourments et que les tourments me seront des délices : c'est là une grâce que je demande instamment au Seigneur. » Ce lui était une satisfaction d'être exposé soit aux chaleurs brûlantes du so­leil dans l'été, soit aux froids poignants de l'hiver, à tout ce que les frimas, les vents et les pluies ont de plus incommode, comme aux douleurs aiguës de la maladie, que Dieu, disait-il, donne souvent à ceux qui ne les voudraient pas et refuse à ceux qui les voudraient. Ce parfait imitateur de Jésus-Christ, nom­mé à son grand regret supérieur général de sa compagnie, se 'représente le Sauveur gouvernant ses apôtres, et, comme lui, il donne aux siens l'exemple d'un dévouement sans borne aux travaux de l'apostolat; comme lui, il les envoie sur divers points de l'univers, en Pologne, dans les îles de l'Océan, en Amérique, au Pérou et autres contrées ; comme lui enfin, il inspire aux siens le courage de mourir s'il le faut pour l’Évangile, et ses paroles allument dans leur cœur une soif si ardente du martyre, que, pendant son généralat, la Compagnie de Jésus eut la gloire d'envoyer au ciel soixante martyrs. Voilà ce que l'imitation de Jésus-Christ a fait de saint François de Borgia :

 

Qu'a-t-elle fait en moi jusqu'à présent ?

 

Tiré de Lectures Méditées (1933)

 

elogofioupiou.com

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