Cette vérité a peut-être plus que toute autre excité, surtout dans ces derniers temps, les outrageantes clameurs des ennemis de notre sainte religion. Rien cependant n'est plus facile à démontrer et à comprendre que ce point capital.
L'Église catholique possédant seule la vérité, doit nécessairement professer cette doctrine.
La vérité est une et l'Église la possède essentiellement. Donc en dehors d'elle c'est l'erreur, comme en dehors de la lumière ce sont les ténèbres. Mais le salut ne peut être que là où se trouve la vérité.
En effet, s'il est évident qu'il faut une religion à l'homme raisonnable, il ne l'est pas moins qu'il ne peut y en avoir qu'une qui soit la véritable. Celle que Dieu a donnée, est la seule qui puisse nous assurer le salut.
Dès lors que notre sainte religion est prouvée divine, en dehors d'elle il ne peut y avoir de salut; et les clameurs contre l'intolérance de ce dogme sont aussi absurdes que le serait la prétention de concilier les ténèbres avec la lumière, le oui avec le non, le vice avec la vertu.
Bien plus, toute religion qui prétendrait concilier des enseignements qui se contredisent et se combattent, prouverait par là même qu'elle ne possède pas la vérité.
Mais il ne faut pas croire que ce dogme soit un arrêt de damnation pour tous ceux qui ne paraissent pas appartenir au corps de l'Église. Car, pour quiconque cherche la vérité sincèrement, si d'ailleurs il ne met pas d'obstacles aux grâces divines, en peut être certain que la vraie lumière lui apparaîtra et que les miséricordes de Dieu l'introduiront dans la voie du salut.
Et d'ailleurs, par la disposition formelle et constante de croire toutes les vérités que Dieu a révélées, même quand involontairement on les ignore, on peut appartenir invisiblement mais réellement à l'Église.
HISTOIRE —Avant d'épouser Charles d'Autriche, qui fut depuis empereur sous le nom de Charles VI, la princesse Elisabeth Christine Wolfenbuttel crut devoir, pour la tranquillité de sa conscience, consulter les luthériens mêmes dont elle avait jusqu'alors professé la foi. Les docteurs protestants, assemblés à Helmstadt, répondirent que «les catholiques ne sont point dans l'erreur pour le fond de la doctrine et qu'on peut se sauver dans leur religion ».
Dès que la princesse apprit cette décision, elle déclara : « Il n'y a plus lieu d'hésiter, et dès demain j'embrasserai la foi de l'Église romaine, car le parti le plus sûr dans une matière si importante est toujours, la plus sage. » Le père de la princesse tint le même langage et s'attacha comme elle à la religion catholique.
DE TREVERN, Discussion amicale.
Henri IV, sollicité par ses amis d'embrasser la religion catholique, demanda aux évêques si l'on pouvait se sauver dans l'Église romaine. Ceux-ci, lui répondirent qu'assurément on pouvait se sauver, et de plus, qu'on ne pouvait pas se sauver hors de son sein.
Le prince s'étant ensuite adressé aux ministres protestants, leur demanda s'il était possible de trouver le salut dans leur réforme ainsi que dans l'Église romaine.
Les ministres lui ayant affirmé qu'on pouvait se sauver dans l'une comme dans l'autre, le roi leur répondit : « Les évêques disent que hors de l'Église romaine il n'y a pas de salut ; vous autres, vous avouez que l'on peut s'y sauver : dans ce cas je vous déclare que je me fais catholique. Dans une affaire aussi importante, le parti le plus sûr est toujours le meilleur.»
Puisque, de l'aveu des protestants, on peut se sauver dans la religion catholique, embrasser cette religion n'était pas seulement prendre le parti le plus sûr, c'était évidemment embrasser la vérité, car la vérité est une et le salut ne peut être que là où se trouve la vérité.
Extrait du : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU (1860)
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