30 août 2013
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Un voyageur, venu d’un pays lointain, se trouva au commencement de la nuit à l’entrée d’une vaste forêt ; il ne pouvait ni reculer ni s’arrêter, force lui était de la traverser pendant les ténèbres. Comme il allait s’enfoncer dans cette redoutable obscurité, il aperçut un vieux berger à qui il demanda le chemin.
— Hélas ! Lui dit le berger. Il n’est pas facile de vous I’indiquer ; la forêt est coupée de mille sentiers qui se croisent, qui tournent, qui se ressemblent à peu près, et qui tous, un seul excepté, aboutissent à l’abîme.
— A quel abîme ? demanda le voyageur.
— A l’abîme qui enceint toute la forêt. Ce n’est pas tout, continua le berger, la forêt n’est pas sure, elle est remplie de voleurs et de bêtes féroces ; il y a entre autres un énorme serpent qui fait d’étranges ravages : peu de jours se passent sans que nous trouvions les restes de quelques malheureux voyageurs dont il fait sa proie. Le comble de la disgrâce est qu’il faut nécessairement traverser cette forêt pour arriver au lieu où vous allez. Touché de compassion, je me suis placé à I’entrée de ce dangereux passage, afin d’instruire et de protéger les voyageurs : de distance en distance sont mes fils, qui, animés des mêmes sentiments que moi, accomplissent la même fonction. Je vous offre mes services et les leurs ; si vous voulez, je vais vous accompagner.
L’air de candeur du vieillard, le ton de vérité qui respire dans ses paroles, donne confiance au voyageur ; il accepte. D’une main le berger prend une lampe qu’il enferme dans une forte lanterne, de l’autre il saisit le bras du voyageur, et les voilà partis.
Après avoir cheminé quelque temps !e voyageur sent ses forces défaillir. Appuyez-vous sur moi, lui dit son fidèle conducteur. Le voyageur soutenu continue sa marche. Bientôt la lampe ne jette plus qu’une faible clarté.
— L’huile manque, dit-il au berger, notre lumière va s’éteindre, qu’allons-nous devenir ?
— Rassurez-vous, lui répond le vieillard, bientôt nous allons trouver un de mes fils qui remettra de l’huile dans notre lampe.
Il ne le trompait pas. Un flambeau se fait apercevoir à quelque distance, il éclaire une petite cabane en maçonnerie, placée au bord du chemin. A la voix bien connue du berger, la porte s’ouvre, un siège est offert au voyageur fatigué ; quelques mets simples, mais substantiels, réparent ses forces. Après une halte de trois quarts d’heure, il continue sa route, conduit par le fils du vieillard.
De loin en loin, le voyageur rencontre de nouvelles cabanes, reçoit de nouveaux soins et trouve de nouveaux guides ; il marche ainsi la nuit entière. Les premières clartés de l’aube blanchissaient l’horizon lorsqu’il arrivait sans accident à l’extrémité de la dangereuse forêt. C’est à ce moment qu’il connut toute l’étendue du service que le berger et ses enfants lui avaient rendu. A ses yeux s’offre un affreux abîme au fond duquel il entend le bruit sourd et lointain d’un torrent.
— Voila, lui dit son guide, l’abîme dont mon père vous a parlé ; on n’en connaît pas la profondeur, il est toujours couvert de brouillards épais que l’oeil ne saurait percer.
En disant ces mots, il pousse un profond soupir, et, du revers de la main, il essuie deux grosses larmes qui coulent sur ses joues.
— Vous êtes affligé ? Lui dit le voyageur.
— Hélas ! Comment ne le serais-je pas ? Puis-je voir cet abîme sans songer à tant de malheureux qui chaque jour viennent s’y perdre ? Nous avons beau, mon père et nous, leur offrir nos services, bien peu les acceptent. La plupart, après avoir marché quelques heures sous notre conduite, nous accusent de vouloir leur donner de vaines frayeurs ; ils méprisent nos conseils, ils nous quittent ; mais bientôt ils s’égarent et périssent misérablement ou dévorés par le grand serpent, ou assassinés par les voleurs, ou engloutis dans cet abîme ; car il n’y a pour le traverser que ce petit pont qui est là devant vous, et nous seuls connaissons le chemin qui y conduit. Passez-le avec assurance, dit-il, en se tournant vers le voyageur et l’embrassant avec tendresse ; de l’autre coté il fait grand jour, là est votre patrie.
Le voyageur, pénétré de reconnaissance, remercie son guide charitable, lui promet de ne jamais l’oublier, et, s’avançant d’un pas rapide, il franchit le petit pont : quelques heures après, il se reposait délicieusement au sein de sa famille bien-aimée.
(…) Vous aussi, n’êtes-vous pas des voyageurs venus d’un pays lointain ? Cette forêt, c’est le monde, c’est la vie que vous avez à traverser ; ces voleurs, les ennemis de votre salut ; cet énorme serpent qui fait tant de ravages, le démon; cet abîme ténébreux et sans fond, l’Enfer ; tous ces chemins qui traversent la forêt dans tous les sens, sont les routes, hélas ! Trop nombreuses qui conduisent au malheur éternel ; l’unique sentier qui aboutit au petit pont, c’est l’étroite voie du Ciel. Quant à ce charitable berger qui se tient à l’entrée de la forêt et qui offre son bras et sa lampe au voyageur, vous comprenez sans peine qu’il représente ce divin Pasteur, descendu du Ciel pour secourir et éclairer tout homme venant en ce monde; les fils qui secondent le généreux vieillard dans son charitable ministère, ce sont les ministres du Seigneur, dévoués comme lui à la garde et à la conduite de l’homme voyageur ; cette lampe allumée dans la main du berger et de ses enfants, c’est le flambeau de la foi, qui, suivant l’expression de saint Pierre, brille comme une lampe dans les ténèbres.
Mgr Gaume – Catéchisme de persévérance – Tome 1 – 1889
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