La fête de l'Immaculée Conception glorifie le privilège en vertu duquel la Sainte Vierge est entrée dans la vie, non point victime du péché originel, mais toute pure et l'âme resplendissante de la grâce de Dieu.
Si nous réfléchissons à ce mystère et à toute la destinée de Marie, ce qui nous frappe, c'est qu'elle a été extraordinairement prévenue de Dieu, extraordinairement enrichie avant tout mérite de sa part. Elle n'a pas mérité d'être immaculée, puisqu'elle n'existait pas encore; elle n'a pas mérité d'être Mère de Dieu, car même la plus parfaite des créatures ne peut mériter de devenir Mère de Dieu ; or, toutes les autres faveurs qu'elle a reçues et jusqu'à l'Assomption sont les conséquences de cette faveur unique.
La seule explication de toutes ces grâces, c'est que Dieu l'aime, c'est que Dieu, qui est l'Éternel, se voit déjà devenu son Fils, c'est, dit Bossuet, qu'elle bénéficie de cette situation privilégiée « d'avoir un Fils qui existe avant elle ».
Et ainsi, dans le cas de la Sainte Vierge, Dieu apparaît splendidement comme Celui qui devance toujours et qu'on ne peut devancer, Celui qui, selon la parole de saint Jean, « nous a aimés le premier ».
Seulement nous ne devons pas l'oublier, ce Dieu qui donne est celui qui demande ; ce Dieu, qui toujours parle le premier, parle toujours en posant une question et en attendant une réponse ; et la Sainte Vierge, sans mériter ses privilèges, est celle qui a répondu totalement aux prévenances de Dieu, celle qui, d'un bout à l'autre de sa vie, a dit à Dieu le seul mot qui l'intéresse et qu'il espère : « Oui. » « Oui, Seigneur, comme vous voulez. »
C'est la parole de Marie le jour de l'Annonciation, au moment capital de son existence. Mais c'est le mot qu'elle a répété inlassablement. Elle a dit oui quand Siméon lui prédisait qu'un glaive percerait son cœur, et un glaive qui menace est déjà un glaive enfoncé ; elle a dit oui tout le long de son existence ; et, dans l'épouvante du Calvaire, elle n'a pas rétracté ce oui, à l'heure où la question posée par Dieu devenait une véritable torture ; par là elle montrait bien que ce oui n'était pas une parole en l'air, un de ces mots que nous prodiguons faciles et innombrables, mais qu'il était l'expression véridique de son âme profonde.
Le cas de la Sainte Vierge est exceptionnel ; mais cela ne veut pas dire qu'il soit pour nous dénué d'enseignement. Nous n'avons pas les mêmes privilèges, c'est entendu ; reste que nous sommes des privilégiés.
Pour elle, sans doute, Dieu a eu des prévenances incomparables; mais n'oublions pas qu'il nous prévient, nous aussi. Un converti qui avait expérimenté ces avances de Dieu disait: « J'appelle Dieu Celui qui vient sans qu'on l'appelle. » Et le Seigneur lui-même ne déclare-t-il pas dans le prophète Isaïe : « J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas » ?
D'ailleurs un dogme essentiel de notre foi affirme que c'est toujours Dieu qui commence et prévient ; et voilà une vérité sur laquelle nous devons réfléchir et qui doit commander notre attitude spirituelle.
Dieu est Celui qui se tient à la porte de notre vie, à la porte de notre âme. N'est-il pas vrai qu'avec nous, en particulier, il a commencé par une extraordinaire prévenance, puisque nous avons été baptisés avant l'éveil de notre intelligence, que nous avons reçu la richesse de la vie divine littéralement en dormant, que le salut a été mis entre nos mains inconscientes, alors que tant d'autres ont dû le chercher au prix de quels épuisements?
Et cette grâce précoce et hâtive du baptême, si incontestablement gratuite, n'a été encore qu'un point de départ ; car c'est à chaque instant que Dieu nous aime, c'est-à-dire nous prévient pour nous aider et nous enrichir. Oui, en vérité, nous devons croire que Dieu n'est jamais loin ni en retard.
Lorsque nous imaginons que nous-mêmes prenons l'initiative de la prière, mais que Dieu ne répond pas ; ou que nous voulons bien résister à une tentation, mais que, malheureusement, lui oublie de nous secourir, ces pensées sont des illusions risibles et des sottises.
En réalité nos clameurs poussées vers Dieu, ne sont jamais que des échos de sa voix qui nous appelle ; et nos désirs les plus spontanés ne sont que des réponses — généralement languissantes et tardives — aux grâces qui nous ont prévenus.
Quand nous avons l'impression que nous l'attendons, c'est lui que nous faisons attendre. Quand nous lui disons : « Venez, Seigneur », c'est qu'il nous a dit et répété : « Venez à moi. »
Quel réconfort et quelle consolation dans la pensée de ce Dieu attentif et prévenant ! Mais aussi quel rappel de nos responsabilités.
Car l'amour de Dieu pour nous est toujours interrogateur ; nous sommes convoqués à chaque instant par convocation personnelle ; nous sommes responsables, c'est-à-dire que nous devons répondre de nous et lui répondre.
Hélas ! Seigneur, que je réponds mal ! Vous m'appelez sans cesse ; Vous m'appelez à la prière, à cet effort contre mon égoïsme, à cet acte de dévouement ; et je reste sourd, pareil à ces enfants amuseurs là-bas dans le jardin, qui font semblant de ne pas entendre leur mère quand elle les appelle au travail.
Ou bien vous me demandez un sacrifice; et je me mets à discuter et à rédiger laborieusement des notes diplomatiques pour éluder vos requêtes, au lieu de vous dire tout simplement « oui ».
A la Vierge Immaculée, à celle qui fut si admirablement prévenue par la grâce et si admirablement généreuse à répondre, demandons de savoir reconnaître nos privilèges en répondant oui à Dieu qui nous appelle.
En préparation de la belle fête de l’Immaculée Conception.
Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU
Volume 1 du Père Gaston Salet S.J.
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