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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 09:05

Il ne faut pas dire trop de mal de la richesse. En elle-même, elle mérite louange comme tout ce que Dieu a fait. Les richesses naturelles : ma­tières, produits du sol, objets d'utilité ou de beauté qu'on en tire ne peuvent être bons sans communiquer de leur valeur à l'argent, qui les représente et qui en permet l'échange.

 

Le but de la richesse est de forcer la nature et d'aider l'homme à entrer dans les vues de l'esprit, à réaliser les projets de l'esprit, et ainsi de mener toutes choses à leur fin terrestre, qui est l'accroissement spirituel des personnes.

 

Quand je mange du pain, je prends de la force : si je puis nourrir mon activité avec de la richesse, mon activité en toutes ses formes : sagesse, vertu aussi bien que réalisations exté­rieures, en aura le profit.

 

L'indépendance, qui est à l'ordinaire une condition précieuse de cette activité, sera spécialement favorisée par un peu de richesse.

 

L'indépendance permet les initia­tives, et elle rend la vertu plus facile.

 

Un homme de grande valeur morale s'accommode de tout; mais une dépendance trop dure à l'égard d'autrui, à l'égard des événements, fait que beaucoup n'arriveront pas à une grande valeur morale.

 

Le jugement est toutefois, en cette matière, d'une grande ambiguïté. Au point de vue de l'origine, il y a un argent fils d'iniquité, et un autre qui est fils de notre intelligence, de notre expérience, de notre modération, de notre appli­cation au travail. L'argent qui est bon dans son origine doit le rester jusqu'à son emploi : or, ici, la même ambiguïté se retrouve.

 

La pauvreté a ses tentations : en elle-même, elle est une impuis­sance extérieure et une aide morale. La richesse a ses ressources morales : en elle-même, elle est une force extérieure et un danger spirituel. Dans une situation si incertaine et si étroitement dé­pendante de nos libertés, l'événement seul déci­dera.

 

A plus forte raison y aura-t-il ambiguïté et incertitude, si l'on compare la richesse non plus avec la pauvreté, mais avec la misère.

 

La misère est la région de l'impuissance totale et du décou­ragement — ou bien de l'héroïsme. La richesse est la région de l'orgueil et de toutes les tentations — ou bien de l'héroïsme aussi, bien que cet hé­roïsme ne ressemble pas à l'autre. Il lui res­semble en ce que tous deux attachent leur sort aux seules valeurs immatérielles.

 

Mais là où le premier exerce le détachement par rapport à ce qui lui manque, l'autre doit se détacher en esprit de ce qu'il a et pratiquer en outre l'hé­roïsme du don.

 

Tout ce qu'on peut dire, c'est que la richesse de l'homme bon est bonne et la richesse de l'homme mauvais mauvaise; que la pauvreté de l'homme bon est bonne et la pauvreté de l'homme mauvais mauvaise. Mais il arrive que la richesse de l'homme bon le rende mauvais et le devienne avec lui, alors que la pauvreté de l'homme bon tend à le confirmer dans le bien. Et c'est ce qui fait sa supériorité   spirituelle, que l'Évangile consacre.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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