« Le péché n'est jamais commis que par la volonté, » écrit saint Augustin ; c'est-à-dire, comme l'explique saint Thomas, il est commis par la volonté, qui est le premier moteur de nos facultés et de nos sens. Ainsi, je pèche par passion, quand je donne libre cours à une colère coupable, par ce que je n'ai pas assez de force d'âme pour retenir ma passion, tandis que je le pourrais si je le voulais.
Le coup donné par l'arme d'un meurtrier est un péché, parce que sa volonté criminelle l'a dirigé. Je puis pécher par la volonté, même quand les autres puissances se trouvent momentanément impuissantes, comme lorsque j'entretiens le désir de la vengeance, sans être capable d'ailleurs de passer à l'effet, parce que celui à qui j'en veux n'est pas à ma portée.
De même, la vertu réside dans la volonté. Un soldat qui se bat courageusement dans une guerre juste fait un acte vertueux, autant que sa volonté est commandée par le patriotisme. S'il gît impuissant dans un hôpital, sa volonté de servir la patrie est encore un acte de vertu.
Mais elle n'est pas bonne, la volonté qui ne met pas en mouvement les autres facultés, quand elle pourrait le faire et que leur concours serait opportun. Ainsi, c'est le moment de me lever ; je le sais, je suis bien portant, et je demeure au lit ; il serait absurde de dire que j'ai la bonne volonté de me lever.
La bonne volonté- est « effective ; » - elle met nos puissances en jeu et leur commande. Dans le cas cité plus haut, je n'ai pas une volonté réelle de me lever, mais seulement ce qu'on appelle une « velléité ». Je vois la raison de me lever, et voudrais lui obéir, mais je me sentais trop confortable dans mon lit. (Velim, non volo.)
Mais quand mes autres puissances agissent indépendamment de la volonté, il n'y a pas de péché. Ce n'est pas un péché de me sentir de mauvaise humeur, le matin, quand j'ai été privé de la moitié du repos de la nuit. Quand j'ai été très blessé par quelque chose qu'on m'a dit, et que, par suite, toutes sortes de pensées désordonnées s'agitent dans mon esprit, il n'y a pas de péché dans toute cette excitation, aussi longtemps que ma volonté n'y a point de part, ou que je puis dire loyalement : » Je ne veux pas ces pensées, et je désirerais ne pas les avoir ».
Cette doctrine de la bonne volonté doit être une grande consolation pour ceux qui s'efforcent d'être bons. Si je ne puis toujours penser comme je voudrais, ou cesser de sentir des choses auxquelles je désirerais être insensible ; encore moins puis-je commander d'une manière absolue les événements du monde qui m'entoure. Je ne puis assurer le succès ; je puis seulement m'efforcer de l’obtenir ; quelquefois je l'atteindrai, souvent je ne l'atteindrai pas. Mais les événements de ce monde sont passagers : ils arrivent, et déjà ils ne sont plus ; au contraire, la bonne volonté et la mauvaise volonté sont éternelles.
Sans doute, le mal peut être pardonné par le repentir, et la bonne volonté peut être détruite par le péché. C'est un acte de volonté remplaçant l'acte précédent. Mais la bonne et la mauvaise volonté sont éternelles, en ce sens qu'au jour du jugement, quand le cours de l'histoire humaine aura pris fin, quand les succès auront passé pour ne plus revenir, quand les échecs se seront évanouis comme s'ils n'avaient jamais eu lieu, la seule chose qui restera debout et subsistera sera la bonne et la mauvaise volonté de l'humanité. La bonne volonté des élus durera pour leur récompense éternelle, et la mauvaise volonté des réprouvés sera la racine maudite de leur éternel malheur. Nous lisons dans les Révélations .de sainte Gertrude que Notre-Seigneur lui dit un jour « Ma fille, quoi que tu fasses, aie toujours de la bonne volonté : tu gagneras plus par-là, que si tu gagnais l'univers entier ».
Je sais que je ne serai pas toujours heureux dans mes entreprises, mais Seigneur Dieu de l’univers, daigne me faire la grâce de rester toujours un homme, ou une femme, de bonne volonté !
Ce texte est extrait du livre VOUS ÊTES A JÉSUS CHRIST, du R. P. RICKABY, S. J. , qui fût publié en 1911.
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