Parce qu'il représentait l'humanité devant son Père, c'est devant celui-ci surtout que, durant sa passion, le Christ devait être humilié : « Il s'est humilie lui-même se faisant obéissant » (Phil., 2, 8), il en avait reçu l'ordre et il l'accomplit en sa vie entière, mais spécialement :
1° A Gethsémani.
Répondant de l'humanité, il paraît devant son Père, chargé de toutes les iniquités du monde.
Première humiliation, lui « le Fils des complaisances », doit être comme « le péché » aux pieds du Dieu saint : « Lui qui ne connaissait pas le péché, il l'a fait devenir péché pour nous. » (2 Cor., 5, 21).
Il sait le dégoût, la répulsion de son Père en présence des crimes humains, et de la chair et de l'esprit ; il les représente, bouc émissaire du peuple. Aussi, il est lui-même rempli d'amertume.
Seconde humiliation, l'affolement, pour ainsi dire, de son intelligence. Le calice à boire est si douloureux qu'il en demande l'éloignement, mais apparemment sans savoir, « si c'est possible » ; il semble ignorer si c'est possible, lui, qui disait : « Mon Père et moi nous sommes un. »
Troisième humiliation, l'hésitation de sa volonté, il a peur des supplices, de la mort qu'il entrevoit, à ce point que, s'y résignant, il en sue du sang.
Quatrième humiliation, le silence de son Père en écho à sa triple supplication, « si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi! » ; rien ne lui répond, et pourtant, naguère, il s'écriait heureux : « Père je savais bien que vous m'exaucez toujours ! » (Jean., 11, 42).
Tout est changé, il n'est plus maintenant qu'une pauvre victime qui va être immolée. Il se sent mourir, « mon âme est triste jusqu'à la mort ».
Effondré devant son Père, ayant touché le fond de l'abîme, il avoue n'en plus pouvoir : « Mon cœur m'abandonne » (Ps., 39, 13).
O Jésus, tant humilié à Gethsémani, n'agonisez-vous pas dans bien des cœurs, en bien des tabernacles, ici et là dans l'abandon et le mépris. Je m'attendris sur vos douleurs et je veux y compatir par un amour, plus attentif, fidèle et généreux.
2° Au Calvaire.
C'est bien là l'extrême humiliation. Tout fait naufrage autour de lui ; les méchants triomphent, ils insultent sa personnalité humaine, son sacerdoce et sa royauté, ils narguent sa divinité : « Si tu es le Fils de Dieu, descends maintenant de la croix. »
Aurait-il pu donner plus au salut des âmes, à la gloire de son Père ? Son « consummatum est » affirmera que c'était impossible. Il semblait dès lors, qu'à ce moment du suprême sacrifice, le ciel eût dû lui sourire et l'encourager. Il n'en est rien.
Que se passe-t-il d'effrayant en son âme ? C'est un mystère, ce dût être inexprimable. Tout à l'heure au Jardin des Oliviers, il avait encore appelé Dieu, son Père, maintenant sur la croix il n'ose plus et de sa poitrine haletante sort ce cri poignant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » Il a comme la sensation que son Père l'abandonne, qu'il n'est plus son Fils, et il lui dit : « mon Dieu ! »
O Jésus, l'indicible supplice, la formidable humiliation : être délaissé par Dieu ! C'est l'impression horrible du damné, qui, toute l'éternité, en est au désespoir. Vous n'avez pas désespéré, mais que vous avez souffert ! Qu'est-ce qui m'attend au moment de ma mort ? ? ?
Ayez pitié de moi, Sauveur adorable : « Soyez mon soutien, ne m'abandonnez pas ! » (Ps., 26, 9). Je vous le dis pour aujourd'hui et je vous le dis aussi pour l'heure suprême.
Extrait des MEDITATIONS QUOTIDIENNES Stella Matutina. (1947)
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