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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 14:28

Dans la page que nous lirons à la messe d'aujourd'hui, Notre-Seigneur nous expose les conditions d'une prière efficace : « Si deux d'entre vous s'accordent sur la terre, quelque chose qu'ils demandent, ils l'obtiendront de mon Père qui est dans les Cieux. » (Matt., 18, 19). C'est la charité unissant les cœurs, qui attire le sourire d'en-haut ; elle crée l'unité et exige :  La correction fraternelle, et le pardon des injures.

1° Correction fraternelle. — On peut s'unir dans le mal, et parmi les ennemis de l'Église, il n'y en a que trop qui n'ont que ce centre d'unité. Ils s'entendent toujours pour l'attaquer, alors que, par ailleurs, ils s'entre déchirent.

   Les enfants du Père ne fusionnent que dans la vertu, aussi, ont-ils à cœur de la posséder, de la promouvoir, de la défendre. C'est un devoir de reprendre ceux qui s'en écartent. Voir quelqu'un suivre une route mauvaise, dangereuse, et ne point chercher à l'en détourner, dénote une blâmable déficience de bonté.

   Un chrétien qui ne se soucie pas des défauts de son prochain, n'a pas compris : « Dieu donna à chacun une mission à remplir près de son prochain. » (Eccli., 17, 12). Il n'est pas question de se poser en mentor suffisant, mais en ami compréhensif, en fils de Dieu, jaloux de la gloire de la famille et du bien de ses membres.

   Un disciple du Christ, certes, ne remplirait pas son devoir, s'il ne prenait soin d'avertir délicatement, de conseiller opportunément, parfois, de reprendre énergiquement.

   Relativement à ceux qui lui sont confiés, la justice le lui impose gravement. A l'égard de ses amis, c'est l'amour de Dieu qui intervient. Il est arrivé qu'on a laissé tel ou tel se compromettre, parce qu'on n'a rien dit, par timidité, par manque de cœur, ou — n'en faisons pas la supposition — par un sentiment mauvais ; la jalousie est une affreuse conseillère, elle se réjouit de voir quelqu'un s'enferrer, alors qu'on aurait pu lui crier gare au moment voulu.

 

   O Mon Dieu, je veux avoir souci de ma perfection, et aussi de celle des autres. Je n'hésiterai donc pas à donner les avertissements nécessaires, en y mettant les conditions de discrétion, de doigté, de suavité, que me dicte votre Évangile.

 

2° Pardon des injures. — c'est une seconde condition de l'union qui attire Dieu. Nous ne sommes pas parfaits, chacun de nous a ses défauts, et des froissements, des discussions se produisent entre les gens les meilleurs. L'amour-propre entre en jeu, la sensibilité du tempérament apporte un élément d'exagération fatale, et la blessure, qui aurait dû n'être qu'une égratignure insignifiante, s'envenime, s'approfondit, se croit, se dit inguérissable.

    L'un veut s'expliquer, l'autre ne le veut pas ; parfois même, plus on discute, moins on s'entend, et au lieu de combler le fossé, on l'a creusé davantage. Il est bien plus intelligent, d'oublier, de passer l'éponge et d'agir comme si de rien n'était.

    C'est, en tous cas, plus chrétien, et donc, béni par le ciel. Notre-Seigneur n'a pas discuté avec ceux qui l'ont injustement condamné. L'imiter dans ce pardon des torts qu'on a eus à notre égard, est un signe de salut : « De la même mesure dont VOUS aurez mesuré on vous mesurera. » (Matt., 7, 2).

    Pardonnons, encore et toujours « Jusqu'à soixante-dix fois sept fois. » (Matt., 18, 22). Nous garantirons ainsi, pour le moment suprême, un bon accueil du Souverain Juge, et pour l'heure, son bienveillant regard sur notre prière.

   O Jésus, vous m'avez vous-même pardonné trop souvent pour que je raidisse mon cœur devant ceux qui, sciemment ou inconsciemment, ont pu me faire de la peine. Je veux, par amour pour vous, aller plus loin que le pardon et obéir à saint Paul quand il me dit : « Triomphe du mal par le bien. » (Rom., 12, 21) ; je ferai du bien, ne serait-ce qu'en priant pour ceux qui me feront du mal.

 

Extrait de : STELLA MATITUNA. Méditations quotidiennes de Mgr. Gonon. Évêque de Moulins. (1947)

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