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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 10:06

Beaucoup de personnes se font illusion sur la portée du commandement qui défend de s'approprier ou de garder le bien du prochain.

La violence, l'adresse, la fraude, l'usure et l'usurpation sont les manières les plus habituelles de prendre ce qui ne nous appartient pas.

En premier lieu.  On prend par violence lorsqu'on enlève de force au prochain ce qui lui appartient, comme font les voleurs de grands chemins qui demandent la bourse ou la vie. Cependant ils ne sont pas les seuls ; il y en a bien d'autres qui l'exercent d'une manière presque aussi désastreuse. Ce sont tous ceux qui abusent de leur crédit, de leur autorité, de leur force pour contraindre les faibles à leur céder leur bien ; ceux qui profitent de la timidité, de la faiblesse, des besoins pour dépouiller le pauvre, la veuve et l'orphelin ; ceux qui menacent de faire des procès dispendieux à des malheureux qui n'ont pas les moyens de se défendre en justice ; les gros habitants d'une commune qui intimident les petits, qui les surchargent d'impôts ou de redevances ; ceux qui profitent, du besoin des indigents pour acheter à trop bon marché ou pour vendre trop cher ; ceux qui s'accordent pour tirer tout à eux dans certaines enchères, ce qu'on appelle monopole ; ces accapareurs maudits des peuples qui rassemblent les grains et qui les retiennent dans leurs greniers, pour forcer les malheureux qui ont faim à passer par leurs mains; ceux qui s'enrichissent des disettes publiques, qui s'abreuvent des larmes et s'engraissent de la substance du pauvre ; tous ces gens en place qui exploitent les peuples : en un mot, tous les puissants qui dévorent les petits, sont-ils moins barbares que les voleurs de grands chemins, qui dépouillent les voyageurs le pistolet à la main ?

En second lieu.     On prend par adresse : c'est ce qu'on appelle larcin ou vol furtif ; c'est dérober en cachette, en usant de ruse et d'artifice pour prendre le bien d'autrui, par exemple, les larrons qui ont des clefs ou qui forcent les serrures, qui se glissent dans les maisons pour dérober ; les filous qui trouvent moyen d'attraper quelques effets, les maraudeurs, qui prennent des fruits dans les champs et les vergers ; les enfants qui dérobent à leurs père et mère ; les domestiques infidèles qui prennent ou se payent de leurs mains, qui donnent à l'insu de leurs maîtres pour se faire des amis, qui font de petits repas furtifs ; les femmes qui dépensent séparément et contre le gré de leurs maris des choses dont elles n'en ont point la propriété ; les veufs ou les veuves qui soustraient des effets aux inventaires.

Ah! Mon Dieu ! Combien de voleurs dans le monde qui se croient bien cachés aux yeux des hommes ! mais vous les voyez, car vos regards sont plus pénétrants que les rayons du soleil.

En troisième lieu. On prend par fraude, et cette espèce de vol n'est que trop commune. Les uns vendent à faux poids ou à fausse mesure, et de là que de torts faits aux particuliers et au public ! Ce n'est que quelques grammes, mais à la longue, ces grammes forment des quantités, et si ce commerce dure un certain nombre d'années, voilà des sommes considérables. D'autres trompent dans la qualité des marchandises, en cachant ou en déguisant les défauts, en faisant des mélanges qui les gâtent, en donnant du mauvais pour du bon, une espèce pour une autre, de mauvais bois, de mauvaises étoffes, etc. C'est un marchand de bétail qui cherche à se défaire d'une bête vicieuse; il profite de l'ignorance, de la bonhomie, de la bonne foi d'un autre pour l'attraper ; ou il cherche à étourdir, à intimider, à enivrer, à faire perdre la tête pour faire un bon marché. Ce mesureur de blé sait entasser plus ou moins, racler plus ou moins légèrement ; ce marchand d'étoffes diminue sur chaque mètre ; cet autre sait faire incliner la balance, etc. Je ne finirais pas si je voulais entrer dans tous les détails des fraudes et des artifices qui ont lieu dans le monde.

En quatrième lieu.         On prend par anticipation : ce genre de vol consiste à empiéter sur l'héritage du prochain. C'est la plainte éternelle des habitants des campagnes. On prend un sillon d'un côté, une perche de l'autre ; on arrache une limite, on la transporte, on la fait disparaitre ; on falsifie des titres, on suscite des procès, on fait des échanges trompeurs, etc., pour étendre ses possessions aux dépens d'autrui. A ces usurpateurs violents ou artificieux, que restera-t-il de tout ce bien mal acquis ? Emporteront-ils à la mort ces terres usurpées...? Un creux de six pieds, un monceau de terre sur leur cadavre, voilà tout ce qui leur restera, après que leurs âmes auront été précipitées dans l'enfer.

En dernier lieu.   On prend le bien d'autrui par usure : les usuriers sont maudits de Dieu et des hommes. Prêter cent francs et exiger qu'on rende cent dix francs ; prêter une mesure de blé et exiger qu'on en rende une mesure et demie, n'est-ce pas une véritable injustice ?

Ah ! Seigneur, je frémis lorsque je considère les différentes espèces d'injustices qui se commettent sur la terre ; il n'y a presque personne qui ait les mains vides du bien d'autrui. En faisant un retour sur moi-même, n'ai-je pas à me reconnaître coupable d'un grand nombre de fautes contre le septième commandement ?

J'ai causé sans doute parfois du dommage à mon prochain. Si je n'ai pas encore réparé ces injustices, je vais m'acquitter de cette importante obligation.

Vous voyez la résolution où je suis de ne plus me rendre coupable d'aucun larcin, d'aucune fraude ; en me pardonnant mes péchés, aidez-moi d'une grâce victorieuse, afin que je ne m'écarte plus du sentier de l'équité.

L'abbé REYNAUD.

FÊTE DU JOUR: 26 novembre

Saint Léonard de Port-Maurice, confesseur.

Tandis que Léonard de Port-Maurice s'adonnait tout entier à l'étude et à la pratique des œuvres de charité, Dieu l'appela à la vie religieuse, et après une mûre délibération il entra dans l'Ordre de Saint-François. Pendant cinq ans, la santé du fervent religieux fut languissante, mais guéri par une intervention secrète de la très Sainte Vierge, il se consacra, par reconnaissance, à la conversion des pécheurs. Sa première action en quittant sa cellule fut de faire le chemin de la croix, puis, il se mit à parcourir toute l'Italie en prêchant la pénitence ou l'enfer ! Le saint prédicateur donna trois cent seize missions et établit l'adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement dans deux cent seize églises. I1 ne vivait que d'aumônes et voyageait toujours à pied d'une ville à l'autre. On le voyait souvent se flageller publiquement en chaire jusqu'à tomber inanimé. « Je ne désire pas rester sur la terre, disait-il, mais j'aspire au paradis. Lorsqu'on admirait son empressement à offrir le Saint Sacrifice : « Une messe, répondait-il, vaut mieux que tous les trésors du monde.» Dans l'intervalle des missions, il avait la coutume de se donner une mission à lui-même par une retraite sévère. Saint Léonard mourut en 1751, à l'âge de soixante-quinze ans, en se rendant à Rome pour y prêcher.

Extrait des Lectures Méditées (1933)

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