Le baptême c’est la purification totale de l'âme…
C’EST UN ÉVÉNEMENT CAPITAL
Dans l’épître du sixième dimanche après la Pentecôte, saint Paul nous rappelle ce qu'est le baptême chrétien; et la doctrine de l'Apôtre se résume en cette phrase énigmatique et combien profonde : « Nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est en sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui, par le baptême, en sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle. »
Dans l'histoire humaine…, il s'est produit un événement vraiment décisif, un événement vraiment inédit, qui est la mort et la résurrection du Christ : c'est là qu'est le grand tournant pour l'humanité et pour chacun de nous, le grand tournant du salut.
Le salut, pour le genre humain et pour chacun des hommes, s'opère par notre union au Christ mort et ressuscité. Or, d'après saint Paul, l'heure à laquelle nous sommes unis au Christ mort et ressuscité est l'heure du baptême, c'est l'heure capitale de notre vie.
Capital ne signifie pas toujours spectaculaire. Une cérémonie consistant, pour l'essentiel, à verser un peu d'eau sur la tête d'un homme ou d'un enfant en prononçant quelques paroles est bien peu spectaculaire et ne modifie pas la marche du monde. Mais, au regard de la foi, le baptême est tout autre chose qu'une cérémonie, avec une inscription sur un registre et des réjouissances familiales. Il est une purification totale de l'âme, symbolisée par l'eau qui coule, effectuée par cette eau à laquelle la parole toute-puissante de Dieu donne une efficacité. C’est l'envahissement de cette âme par la vie divine, qui lui est conférée dans l'union mystérieuse et réelle au Sauveur mort et ressuscité.
Pour le Christ lui-même, quel a été le mystère essentiel ? Le Fils de Dieu est devenu homme dans notre monde humain et soumis universellement à la mort ; de plus, s'étant chargé d'expier nos péchés, il s'était, par le fait même, condamné volontairement à mourir. A l'heure de la Passion il a été réellement plongé dans la mort et, nous dit saint Paul, il a laissé dans cette mort ce péché humain qu'il avait expié. De la mort, la résurrection l'a fait émerger à la vie, non pas de nouveau à la vie d'ici-bas, précaire, vulnérable à la souffrance et mortelle, mais à la vie immortelle et glorieuse.
Or le baptême chrétien est en continuité avec ce mystère du Christ et a pour résultat de nous y faire participer, de le reproduire en nous. Le rite en usage autrefois le rappelait d'une manière plus visible et plus dramatique. Comme le Christ avait été englouti par la mort et avait disparu dans le tombeau, le baptisé était plongé dans l'eau de la piscine puis en émergeait et était alors revêtu de vêtements d'une blancheur éclatante, symbole de résurrection. Mais quel que soit le rite de la cérémonie et même s'il a été simplifié pour des raisons d'ordre pratique, l'essentiel est que le baptême soit une mort et une résurrection avec le Christ.
Évidemment, il ne s'agit pas d'une mort physique : le petit baptisé n'est pas rendu à ses parents à l'état de cadavre ; l'adulte, après son baptême, se retrouve bien vivant. Mais en réalité, cet enfant ou cet adulte est un être tout autre et tout nouveau. Il s'est produit une mort mystique, qui n'est point fictive ni imaginaire : c'est réellement que cet être humain est mort au péché, laissant au baptistère cette vieille défroque souillée de la faute originelle et des fautes personnelles qu'il a pu y ajouter ; c'est réellement qu'il a reçu une vie toute neuve, une vie d'après la mort, une vie de ressuscité, la vie divine.
Ce mystère du baptême ne commande-t-il pas toute notre existence ? En faut-il davantage pour fixer toute notre conduite morale et toute notre attitude ? Qu'est-ce que la vie chrétienne sinon vivre en baptisé ?
Vivre en baptisé, c'est d'abord ne pas renier son baptême, ne pas revenir au vieux péché. De même qu'il était radicalement impossible que le Christ, une fois ressuscité, mourût à nouveau, de même ce devrait être pour le baptisé une impossibilité, autant que c'est un non-sens, de revenir à sa souillure, d'aimer la mort à laquelle il a échappé. L'événement décisif devrait être décisif ; la rupture absolue avec le mal ne devrait pas se changer en accord secret; après avoir dit solennellement : « Je renonce à Satan, à ses prestiges, à ses façons d'agir », on ne devrait pas traiter le démon en bon camarade. Hélas! Que deviennent les engagements solennels ? « Les eaux du baptême sèchent vite », disait un écrivain avec une ironie, mais non sans raison, en présence de la vie si peu chrétienne que mènent tant de baptisés.
Remarquons-le d'ailleurs, cette fidélité négative au baptême, qui est indispensable, n'est pas suffisante. Il ne faut pas seulement ne pas outrager son baptême, il faut vraiment en vivre, il faut le vivre pleinement. Car ce baptême, qui est un événement capital, n'est encore qu'un commencement : c'est une naissance ; la vie entière est destinée à réaliser de mieux en mieux, jour après jour, cette union avec le Christ mort et ressuscité. Et au fond, le chrétien n'a pas d'autre occupation ici-bas.
Un baptisé doit considérer son travail, ses fatigues, ses maladies, ses épreuves morales, ses souffrances comme une mortification au sens propre du mot, c'est-à-dire comme une mort progressive et partielle, comme une activité de la mort en lui et en même temps comme une vivification, comme un envahissement graduel de la vie divine. En tout cela il doit trouver une occasion et un moyen de s'unir d'une manière plus intime au Christ mort et ressuscité. « Le corps du baptisé, dit saint Léon, devient la chair du Crucifié. »
Et ainsi toute notre vie doit nous apparaître, si nous avons vraiment la foi, comme une montée. Nous sommes en marche non vers un gouffre, mais vers un sommet; non vers un abattoir, mais vers l'autel d'un sacrifice ; non vers une catastrophe stupide, mais vers l'heure la plus exaltante d'une vie humaine. « O mort ! Qui ne te désire pas n'est pas chrétien ! » disait Bossuet. Et un religieux auquel on annonçait avec les ménagements habituels que sa fin était proche accueillait la nouvelle par ces paroles : « Voilà le plus beau jour de ma vie, plus beau que ma première communion, plus beau que mon ordination ! » Et en effet, pour le chrétien, la mort est bien l'heure solennelle où sera pleinement réalisé son baptême, parce qu'alors sera pleinement réalisée son union avec le Sauveur en croix. Si nous le voulons, cette heure suprême sera vraiment la plus belle de notre vie parce qu'elle pourra être la plus généreuse et la plus méritoire pour notre salut et le salut du monde.
C'est jusqu'à ces hauteurs qu'il nous faut monter pour répondre totalement à la grâce de notre baptême.
Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU, Tome II - Père G. Salet S.J. (1953)
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