UN FRUIT MERVEILLEUX DE L'ABSTINENCE TOTALE…
La pratique de l'abstinence a produit des fruits merveilleux dans tous les pays. Le plus remarquable est bien celui que constitue la vie de Matt Talbot. Toute la vie de Matt Talbot tient dans ces mots: esclave de l'alcool qui devient un ami passionné du Christ. C'est une vie en deux tableaux contrastants. Le premier tableau nous met sous les yeux la vie de l'ivrogne avec toutes ses tristesses et ses hontes; le deuxième s'illumine de toutes les clartés de la plus sublime sainteté. Sa Cause est introduite à Rome et on peut entretenir l'espoir qu'il sera canonisé un jour.
L'ivrogne.
Matt Talbot naquit à Dublin, Irlande, en 1856, de parents profondément catholiques mais pauvres. Dès l'âge de douze ans, Matt doit quitter l'école pour s'engager comme messager chez un marchand de vin.
Ivrogne à douze ans.
En moins d'un an, l'enfant prend le goût du vin au point de revenir ivre à la maison. Crève-cœur pour les parents que cet ivrogne de douze ans. L'exemple ne venait pas d'eux. Le père était un modèle de chrétien et ne prenait aucune boisson alcoolique. La mère était considérée comme une sainte par son entourage.
La férule et le chapelet.
En face des abus de leur fils, la sainte maman priait, égrenant sans cesse son chapelet et le père, lui, réagissait de la manière forte. Il administrait à son fils de sévères corrections. Ne constatant pas d'amendement, il trouva pour lui un autre emploi: celui de commissionnaire sur les quais au service des débardeurs. Le père avait un emploi responsable à cet endroit. Il s'imaginait pouvoir mieux surveiller son fils. Mais le fils déjoua vite la surveillance paternelle et fit bande avec les débardeurs qui buvaient du whisky volé dans les entrepôts. Dès lors, le seul changement opéré fut du vin au whisky. Les parents étaient navrés. La bonne maman priait et le père essayait de la férule. Mais apparemment, rien n'y faisait.
L'enfant prodigue.
A dix-sept ans, Matt quitta le foyer et s'engagea comme maçon. Dès lors, il s'enfonça complètement dans son vice. Il gaspillait toutes ses soirées au cabaret avec des compagnons ivrognes comme lui. Tous les soirs, il entrait ivre. Tout son salaire y passait et souvent n'y suffisait pas. Le samedi il déposait chez le patron de la taverne la paie de la semaine; dès le mardi, d'ordinaire, tout était dépensé. Alors, il vendait ou engageait tout ce qu'il pouvait, jusqu'à ses souliers: il en avait une vieille paire en réserve pour les remplacer.
Plus de Pâques.
Naturellement, la vie religieuse de Matt avait sombré dans le désastre: blasphème, omission des prières, négligence du devoir pascal. La messe du dimanche et un signe de croix en se levant, c'est à peu près tout ce qui restait de religion dans la vie de Matt. Mais chose rare chez un buveur, ses mœurs demeuraient irréprochables au point de vue chasteté.
À vingt-huit ans, Matt apparaissait aux yeux de tout son entourage comme un buveur incorrigible. "Qui a bu, boira", disaient les témoins de sa vie.
Le chemin de Damas.
Mais dans l'ombre de sa pauvre demeure, la bonne maman récitait toujours son chapelet... et le chapelet déclencha la conversion que la férule avait été impuissante à obtenir. À l'âge de vingt-huit ans, Matt connaît non chemin de Damas. Le chemin de Damas, on l'imagine aisément, se trouve en face d'une taverne. Ce soir-là, le pauvre Matt n'a pas un sou dans ses poches. Ses compagnons de travail, plus chanceux, entrent à la taverne et aucun ne l'invite à les suivre parce qu'on le devine sans le sou, lui pourtant qui a toujours été si généreux pour "payer la traite" quand il avait de l'argent. Cet égoïsme l'écœure. Il retourne à la maison et déclare à sa mère: "J'en ai assez de cette vie de honte et de péché". Celle-ci accueille les paroles de son Matt avec le scepticisme habituel : il a tant fait de promesses. Mais cette fois ce n'est plus pareil. Les actes suivent les paroles. Matt s'en va trouver un Père, il se confesse, (il ne s'était pas confessé depuis trois ans) et promet l'abstinence totale pour trois mois. Le lendemain, un dimanche, il assiste à la messe de cinq heures et communie. Jusqu'à sa mort, survenue quarante et un ans plus tard, il communiera tous les matins. Au bout de trois mois, il renouvelle sa promesse d'abstinence totale pour la vie, et se met à l'œuvre en vue d'une rude tâche: devenir un saint.
Le Saint.
Sa vie désormais se résume en trois mots !
Prière – Pénitence - Amour.
Prière.
Dès le début de sa conversion, Matt fut surtout frappé par la grandeur de la tâche entreprise et par sa faiblesse en face de l'idéal entrevu. À certains jours, la vieille passion reprend le dessus. Matt secoué par la tentation confie ses craintes à sa mère, confidente de toutes ses pensées : "Tout cela est inutile, je boirai encore, une fois les trois mois écoulés". La bonne maman l'encourage et lui conseille la prière. Matt demande à Dieu la force qui lui manque. Il réclame surtout à grands cris le don de la prière. Et ce don lui fut accordé de façon merveilleuse.
Sa vie réalisa le précepte évangélique dans toute sa perfection: "Il faut toujours prier". Qu'on en juge. Levé à 2 heures et 30 du matin, il quitte sa dure couchette et, à genoux sur le plancher de sa chambre, il prolonge son oraison durant près de trois heures. Il prend alors le chemin de l'église pour assister à la messe. En attendant que la messe commence il fait son Chemin de la Croix. La messe terminée, il gagne le chantier. Durant le travail, il ne perd pas la vue de Dieu. Si la besogne lui laisse quelque répit, il cherche un coin isolé pour réciter son chapelet. A 5 heures et demie du soir, son travail terminé, un attrait irrésistible le ramène à l'église où il demeure de longs moments en colloques intimes avec son Ami du Tabernacle.
La soirée se passe en prières et en lectures pieuses, en compagnie de sa mère. Prières vocales nombreuses, mais sa meilleure prière, la plus chère à son cœur et la plus substantielle, était sans parole. Il aimait son Dieu et il se savait aimé de Lui; il n'avait qu'à fermer les yeux sur ce trésor intime pour y trouver une plénitude de vie merveilleuse et consolante, la plénitude que donne l'amour. Et l'amour est au delà des mots, sa vraie demeure est le silence parce qu'il est ineffable. "Que dites-vous au Bon Dieu durant ces longues heures que vous passez au pied du Tabernacle" ? lui demandait-on, un jour. Il répondit: "Je ne dis rien. Je le regarde et Il me regarde". La réponse du saint vieillard au Curé d'Ars: "Je l'avise et Il m'avise". Contemplation muette: cime la plus élevée de la prière. C'est là, jusque-là, qu'est parvenu notre ivrogne et notre blasphémateur d'autrefois. La vie de prière ne va pas sans la pénitence. Matt le comprit parfaitement.
Pénitence.
La vie pénitente de Matt Talbot fait songer à celle des Pères du désert. Elle donne la frousse aux chrétiens vacillants que nous sommes. Lorsqu'il mourut, le 7 juin 1925, en allant à la messe du dimanche, on découvrit sur lui des ciliées incrustés dans sa chair. Depuis longtemps ces ciliées macéraient son corps qu'il avait promis de dompter. L'alcool avait mis son âme en esclavage, il voulut réparer en soumettant son corps à l'esclavage volontaire de la pénitence. Il lui imposa toutes les macérations que l'on rencontre dans la vie des plus grands saints: jeûnes, veilles, sommeil sur la dure. Il était ingénieux à trouver des mortifications comme il était ingénieux à les cacher. Il était avide de souffrance comme autrefois il était avide du petit coup. Cette ardeur pénitente trouve son explication profonde dans son amour pour le Christ crucifié. La vie de Matt fut avant tout une vie d'amour.
Amour.
La principale caractéristique de la vie de Matt fut une intimité de tous les instants avec Jésus au Saint-Sacrement. Ses amis d'autrefois l'avaient perdu en l'entraînant à la taverne, son nouvel AMI le sauva en l'attirant à l'église. Il passait plusieurs heures tous les jours au pied du Tabernacle. On peut dire que c'est son amour pour Jésus Eucharistie qui assura dans l'âme de Matt le triomphe le plus complet jamais remporté sur le démon-alcool. Dans son amour pour Jésus, il incluait son amour pour Marie, devenue la confidente de tous ses secrets.
Et cette divine charité qui consumait son cœur rayonnait sur le prochain. Un des traits dominants de cette physionomie de saint, c'est la bonté à l'égard de tous, la bonté, fleur merveilleuse de la charité.
La principale leçon qui se dégage de la vie de Matt Talbot est celle-ci: il existe un moyen souverainement efficace pour vaincre le démon-alcool, c'est l'abstinence totale et volontaire. Sacrifice total qui suppose l'amour total ou du moins lui trace la voie. La meilleure clinique sera toujours celle de l'amour et du sacrifice.
Extrait de : L'ABSTINENCE TOTALE (Le Cercle LACORDAIRE) 1949. D. Levack, C.ss.R.
Commentaire du blog : On ne pourra jamais avec les fausses «messes », face au peuple, avec la communion dans la main, obtenir une conversion comme celle là. L’abstinence, en tout ce que nous ne pouvons contrôler, est la voie de la sainteté
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