La considération de soi-même…
1. Nous ne devons pas trop nous fier à nous-mêmes, parce que souvent nous manquons d'intelligence et de grâce. Nous avons peu de lumière, et ce peu même se perd bientôt par notre négligence. Souvent aussi nous ne nous apercevons pas de l'aveuglement de notre âme. Souvent nous faisons mal, et nous nous en excusons encore plus mal. C'est quelquefois la passion qui nous fait agir et nous croyons que c'est le zèle.
Nous reprenons de petites fautes chez les autres, et nous nous en passons de beaucoup plus grandes. Nous sommes assez prompts à ressentir et à peser ce que nous endurons des autres ; mais nous ne prenons pas garde à ce que les autres souffrent de nous. Quiconque examinerait avec droiture ses propres défauts n'aurait pas sujet de juger désavantageusement autrui.
Où êtes-vous quand vous n'êtes pas présent à vous ? Et quand vous aurez couru tout le reste, qu'en retirerez-vous, si vous vous négligez vous-même ? Pour jouir de la paix et d'une véritable union avec Dieu, il faut que vous vous regardiez seul, et que vous comptiez pour rien tout le reste.
3. Ainsi vous avancerez beaucoup si vous tenez désoccupé de tout soin temporel; vous reculerez beaucoup, au contraire, si vous faites quelque cas des choses de la terre.
Qu'il n'y ait rien pour vous de grand, d’élevé, d'agréable ou d'avantageux, si ce n'est purement Dieu, ou ce qui est de Dieu. Regardez comme vaines toutes les consolations que vous présenteront les créatures. Une âme qui aime Dieu méprise tout ce qui est au-dessous de Dieu. Dieu seul est éternel et immense ; il remplit toutes choses, et il est la consolation de l'âme et la vraie joie du cœur.
PRATIQUE
Les réflexions inutiles sur soi-même et sur les objets extérieurs nous font perdre beaucoup de temps, de grâces et de mérites. Si nous tâchions de substituer le souvenir respectueux de Dieu à la place du souvenir vain ou incommode de nous et des créatures, nous serions toujours saintement occupés. Regarder Dieu en nous et nous regarder en Dieu : vivre sous les yeux de Jésus-Christ par le recueillement, entre ses mains par la résignation, à ses pieds par l'humilité et le sincère aveu de nos misères : voilà ce que nous devons faire pour vivre comme de vrais Chrétiens, qui ne sont tout ce qu'ils sont que par l'attachement à Jésus-Christ. Pourquoi donc s'occuper si fort et si souvent de nouvelles, des curiosités, des vanités, et s'appliquer si peu et si rarement à son Dieu, à ses devoirs et à son salut? C'est qu'on est indifférent pour les choses de l'éternité et trop attaché aux choses du temps. Commençons donc d'être ce que nous serons un jour, c'est-à-dire occupés uniquement de Dieu, pour Dieu et en Dieu.
prière
Ôtez-moi, Seigneur, ces oisivetés d'un esprit qui perd son temps et qui ne s'occupe de rien et cette inutilité de pensées qui me dérobent et le bonheur de votre présence, et l’attention à mes prières; ou, si je ne puis, en priant, toujours penser à vous, faites que mes distractions, étant involontaires, en détournant de vous mon esprit, n'en détournent point mon cœur.
Comme ce qui me rend distrait en vous priant est que mon cœur n’applique point mon esprit à la prière, je vous prie, ô mon Dieu, de toucher et de remplir mon cœur d'un mouvement vif et ardent de vous plaire, afin que, durant ma prière dans le jour, je pense plus à vous qu'à moi-même. Ainsi soit-il.
Extrait de : IMITATION DE JÉSUS-CHRIST
CHAPITRE V. Édition 1899
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