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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 05:52

Quatrième qualité de la prière : Prier avec humilité

" Dieu, dit un pieux auteur, est la vérité et il ne peut écouter favorablement ses créatures qu'autant qu'elles restent dans la vérité. " Or la vérité, c'est que la créature n'est rien et que Lui est tout. Tenons-nous donc dans notre néant et aussitôt la bonté divine jettera sur nous un regard de complaisance. "

La foi nous fait voir les grandeurs infinies de Dieu ; elle nous montre aussi l'abîme incommensurable de notre néant, de notre indignité, et elle est nécessairement accompagnée de l'humilité. Saint François d'Assise s'écriait souvent: " Qui êtes-vous, Sei­gneur, et qui suis-je ! Ah ! Que vous êtes grand et que je suis petit. Votre droite a semé les mondes dans l'espace comme les grains de sable sur les bords de la mer, pendant que je ne suis moi-même qu'une pauvre créature sans force et sans puissance. Vous êtes tout et je ne suis rien. Non seulement je ne mérite pas de m'entretenir avec vous, mais je ne suis pas même digne de paraître en votre présence. Il faut toute votre charité, ô mon Dieu pour me supporter devant votre Majesté. "

Humilions-nous donc profondément devant le Seigneur, si nous voulons rendre nos prières efficaces. L'humilité n'est pas de la bassesse, c'est la vraie grandeur de l'homme dont toute la grandeur consiste à être soumis à Dieu. Reconnaître ses misères, sa faiblesse, son impuissance, c'est demeurer dans le vrai et mon­trer qu'on se sent homme ; chercher sa force dans la force de l'Être infini est une preuve de profonde sagesse ; s'abaisser devant Lui est la plus belle gloire de la créature.

La vertu d'humilité nous est spécialement nécessaire quand nous prions le Seigneur ; l'acte même de la prière est l'acte d'un suppliant, disons même, c'est l'acte d'un mendiant, pour ne rien changer à l'expression de saint Augustin. Mais le mendiant ne doit pas s'enorgueillir ; l'humilité est son attitude naturelle et le seul sentiment qui lui convienne.

Que fait le mendiant qui vient implorer votre charité, dit saint Augustin ? Il frappe timidement à votre porte. Admis en votre présence, c'est d'une voix tremblante et voilée par les larmes qu'il vous raconte en longs détails l'histoire de ses infortunes. S'il a des plaies, il vous les montre; s'il est père de famille, il vous dira que ses petits enfants n'ont pas mangé depuis la veille et que sa pauvre femme consumée par la fièvre, privée du nécessaire, succombe au désespoir sur son grabat. Ces récits vous émeuvent; ces plaies vous font pitié et vous donnez sans compter. "Or, poursuit le grand docteur, la prière n'est que le cri d'une grande misère auprès d'une grande miséricorde. "

Nous devons donc prier comme des pauvres qui demandent l'aumône, des malades qui attendent leur guérison, des criminels qui sollicitent leurs grâces, disant avec saint Augustin : "Vous êtes un véritable médecin et je suis un pauvre malade acca­blé de toutes sortes d'infirmités ; vous possédez tous les biens et je suis plongé dans le plus profond dénuement de toutes choses ; vous êtes infiniment miséricordieux et je suis accablé sous le poids d'une infinité de péchés. "

Non seulement Dieu met son bonheur à exaucer les cœurs humbles, mais il leur accorde bien souvent plus qu'ils ne lui de­mandaient. L'exemple de l'enfant prodigue le montre clairement puisque le meilleur traitement qu'il croyait pouvoir espérer de son père, c'était d'être reçu au nombre des serviteurs de sa maison, et voilà que, contre son attente, il est rétabli dans son ancien état et jouit de tous les avantages d'un fils bien-aimé.

L'Écriture Sainte nous enseigne de la manière la plus expresse la nécessité de l'humilité dans la prière et l'efficacité de son pou­voir sur le cœur de Dieu. "La prière de celui qui s'humilie perce les nues, dit l'Esprit Saint, et elle ne redescend point avant d'a­voir été accueillie favorablement par le Très Haut. (Ec.. 35) ; car " Dieu ne méprise jamais le cœur qui s'humilie ; (Ps. 1) " "La prière des humbles vous a toujours plu, ô.mon Dieu, disait Judith, exaucez-moi, car je suis une humble suppliante qui espère en votre miséricorde. "

Voyez comment priait le Roi Prophète quand il s'écriait : " Qu'est-ce que l'homme, ô mon Dieu, pour que vous daigniez vous souvenir de lui ! Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis pauvre et infirme, parce que je suis un ver de terre et non pas un homme, parce que je suis un pécheur et que j'ai été conçu, dans l'iniquité " (Ps. 50).

Voyez comment priait le Prince des Apôtres quand il disait à Jésus-Christ: " Éloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur " (Luc, v),

Telle était aussi la prière de cette femme pécheresse qui, péné­trée d'un vif regret de ses crimes, vint se jeter aux pieds du Sau­veur et les arrosa de ses larmes, sans oser proférer un seul mot, se contentant de laisser parler sa douleur.

Jésus-Christ nous prouve cette vérité d'une manière frappante par le trait du pharisien et du publicain. " Deux hommes mon­tèrent au temple pour prier ; l'un était un riche pharisien et l'autre un pauvre publicain. Le pharisien, homme plein de suf­fisance et d'orgueil, se tenait debout et priait ainsi : Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont voleurs, injustes, et même comme ce publi­cain. Je jeûne deux fois la semaine ; je donne la dîme de tout ce que je possède. Le publicain, au contraire, se tenait humble­ment prosterné au bas du temple et n'osait pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : " Seigneur, ayez pitié de moi, je suis un pécheur." Le publicain, nous affirme le Divin Maître, se retira pleinement justifié, grâce à l'humilité de sa prière et l'orgueilleux pharisien s'en retourna plus coupable ; car quiconque s'élève sera abaissé et quiconque s'abaisse sera élevé" (Luc XVIII).

Imitons ces beaux exemples ; qu'un profond sentiment de notre infirmité accompagne toujours notre prière. Ne craignons pas de trop nous abaisser, la grâce est comme les fleuves : elle descend toujours en fuyant les lieux élevés ;  elle descend et coule dans les vallées.

Saint Bonaventure dit que l'âme qui est humble, est disposée " à recevoir toutes sortes de grâces, comme la cire molle est dis­posée à recevoir toutes sortes d'impressions, et il ajoute que, dans le festin que Joseph fit à ses frères, ce fut le plus petit qui eut la meilleure part.

Il est donc de notre intérêt de ne jamais nous présenter à Dieu sans l'humilité ; non seulement notre prière n'aurait aucun prix à ses yeux, mais encore elle serait rejetée avec mépris. Nous ne devons jamais rien demander à Dieu sans reconnaître aupara­vant que nous sommes indignes d'obtenir ce que nous sollicitons de son infinie bonté ; car rien ne convient mieux à celui qui demande que le sentiment de sa misère.

Extrait de : La Prière - Olivier Elzéar Mathieu. Archevêque de Régina   (1925)

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