Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 08:22

La Vie de Sainte Jeanne d’Arc…  (Partie 2 de 3)

Le 23 février 1429, vêtue d'un justaucorps, les cheveux coupés à la garçonne, Jeanne quitte Vaucouleurs accompagnée des trois chevaliers que le capitaine a mis à sa disposition: Jean de Metz, Bertrand Ponlengy, Jean de Honecourt.

Onze jours durant, à cheval avec son escorte, elle court la campagne infestée d'Anglais et de bri­gands. A Sainte-Catherine de Fierbois où cette sainte protectrice de Jeanne a un sanctuaire, la jeune fille s'arrête pour entendre la messe. Puis, avant de quitter cet endroit, elle écrit au Dau­phin, lui annonçant son arrivée prochaine à Chinon, et lui demandant la permission de se présenter devant lui.

Charles VII qui reconnaît que sa cause est dé­sespérée, se dit qu'il ne risque rien à lui accorder audience. Il recevra Jeanne. Mais au jour dit, pour l'éprouver, il se cache au milieu de ses cour­tisans. Si elle est « l'envoyée de Dieu », elle saura bien le reconnaître. Jeanne entre, et sans la moindre hésitation, se dirige vers le Dauphin. Elle le reconnaît au milieu de plus de trois cents chevaliers ! Retirant son chaperon, elle lui fait la révérence, puis lui dit:

— Dieu vous donne bonne vie, gentil Dauphin !

— Je ne suis pas le roi ! de dire ce dernier.

— Gentil Prince, vous êtes bien le Dauphin. Je suis Jeanne la Pucelle, messagère de Dieu qui par moi, vous prédit que vous serez sacré et cou­ronné à Reims.

Le roi est tout de suite conquis par l'assurance de Jeanne, par sa foi intense en Dieu et en ses Voix: ces guides surnaturels qui soulèvent chez elle tout un monde d'héroïques possibilités. Mais avant de la laisser se diriger vers Orléans, il l'envoie à Poitiers où se tient le Parlement. Le 28 mars, Jeanne y arrive et se voit logée chez maître Jean Rabateau, avocat général du Parlement.

C'est dans cet hôtel que se réunissent les sa­vants qui ont ordre de l'examiner.

Les interrogatoires se poursuivent durant treize séances consécutives. Voici un extrait de ces in­terrogatoires et des conclusions des docteurs de Poitiers.

Frère Jean Lombard: — Jeanne, le roi veut sa­voir ce qui vous a poussée à venir le trouver.

Jeanne:Une voix m'est « apparue ». Elle me dit: «Dieu a grand pitié du peuple de France. Jeanne, il faut que tu ailles en France ! ». J'ai fait ce qu'elle m'a dit et suis arrivée sans encom­bre.

Frère Guillaume Aimery: — Puisque Dieu veut tirer le peuple de France de la calamité, nous n'avons pas besoin de gens d'armes.

Jeanne:Les gens d'armes batailleront; Dieu leur donnera la victoire.

Maître Pierre de Versailles: — Le roi nous a envoyés vers vous.

Jeanne: — Je sais que vous êtes chargés de m'interroger. Mais je ne sais ni A ni B.

Pourquoi venez-vous ?

Dieu m'envoie pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le Dauphin à Reims.

— Pourquoi nommez-vous Charles, « Dauphin » au lieu de lui donner son titre de roi ?

— Je ne l'appellerai pas roi tant qu'il n'aura pas été couronné à Reims.

— Pourquoi vous habillez-vous en homme ?

— Dieu et les anges me l'ont ordonné.

Frère Séguin:Quelle langue parlent vos voix ?

— Une meilleure que la vôtre.

— Croyez-vous en Dieu ?

— Oui et mieux que vous.

— Dieu ne peut demander qu'on vous croie, sans que vous donniez une preuve, un signe de votre bonne foi.

— Je n'ai aucun signe pour vous, ici, à Poi­tiers ! Qu'on me donne un nombre suffisant d'hommes, et qu'on me conduise à Orléans. La preuve de ma bonne foi, ce sera Orléans délivrée, les Anglais boutés hors de France, et le Dau­phin sacré à Reims.

 

EXTRAIT DES CONCLUSIONS DES DOCTEURS DE POITIERS.

« Le roi, attendu la nécessité de lui et de son royaume, et considéré les continues prières de son pauvre peuple, ne doit point débouter, ni rejeter la Pucelle, ni aussi ne, doit croire en elle légèrement. Mais il doit l’éprouver par deux manières: c'est à savoir par prudence humaine, en enquêtant de sa vie; et par dévote oraison requérir signe. Le roi, depuis la venue de ladite Pucelle, a observé et tenu les deux manières sus­dites: Il a fait éprouver ladite Pucelle de sa vie, de ses mœurs, et l'a fait garder l'espace de six semaines. En elle on ne trouve point de mal, et rien que: bien, humilité, virginité, dévotion, hon­nêteté, simplicité ! Et de sa vie, plusieurs choses merveilleuses sont dites comme vraies.

« Quant à la seconde manière de probation, le roi lui demande signe: à quoi elle répond que, devant la ville d'Orléans, elle le montrera. Le roi ne la doit point empêcher d'aller à Orléans, car, avoir crainte d'elle ou la rejeter, serait répu­gner au Saint-Esprit, et se rendre indigne de celle de Dieu ».

Charles VII, enfin convaincu que Jeanne est le bon ange envoyé du Ciel pour rétablir la puis­sance de la France, la fait revenir à Chinon pour organiser l'expédition vers Orléans.

 

LETTRE DE JEANNE D'ARC AUX ANGLAIS AVANT SON DÉPART POUR ORLÉANS.   (reproduction du texte original, c'est-à-dire en vieux français)

(JHESUS MARIA )

« Roy d'Angleterre et vous, duc de Bedford, qui vous dictes régent le royaume de France, vous Guillaume de la Poule, Jehan, sire de Talebot, et vous, Thomas, sire d'Escales, qui vous dictes lieutenant audit duc de Bedford, faictes rayson au Roy du Ciel. Rendez à la Pucelle qui est cy envolée de par Dieu, le Roy du Ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est toute preste de faire paix, si vous lui voulez faire raison... Alez-vous en votre pais de par Dieu; et se ainsi ne le faictes, attendez les nouvelles de la Pucelle qui vous ira voir brièvement à vous bien grans dommaiges. Roy d'Angleterre, je suis chief de guerre et en quelque lieu que je actaindrai vos gens en France, je les en ferai aler, et si ne vuel-lent obéir, je les ferai tous occire. Je suis cy en-voiée de par Dieu le roy du ciel, pour vous bouter hors de toute France. Et si vuellent obéir, pran-\dray à mercy. Vous ne tendrez point le royaume \de France (de) Dieu, le Roy du ciel, filz Sainte ' ~arie; ainz le tendra le roy Charles, vrai héritier; \car Dieu, le Roy du ciel, le veult, et lui est révélé \par la Pucelle. Si ne voulez croire les nouvelles de par Dieu et la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons, nous ferons dedens et y ferons ung si grant hahaz, que encore a-il mil ans que en France ne fut si grant. Et croyez fermement que le Roy du ciel envoiera plus de forces à la Pucelle, que vous ne lui sariez mener de tous assaulx, et aux horions verra-t-on qui ara meil­leur droit ce Dieu du ciel »

« Escript ce mardi, sepmaine saincte ». « De par la Pucelle ».

                                                        *    *    *   

Le 22 avril, bannière en tête, l'armée de Jean­ne quitte Blois et marche sur Orléans. Des prêtres portent ces bannières et chantent le Veni Creator. Puis vient la Pucelle, revêtue de son armure. La présence de Jeanne transforme ses rudes sol­dats, qui la suivent respectueusement. Le 29 avril, les guetteurs Orléanais signalent l'armée de la jeune fille. Le soir, vers huit heures, la Pu­celle, montée sur son cheval blanc, entre dans la ville par la porte de Bourgogne.

Un mois, plus tard, le 28 mai exactement, Or­léans est délivrée des Anglais. Le 17 juillet, Char­les VII est sacré roi de France ! Les trompettes retentissent sous les voûtes de la cathédrale de Saint-Rémy — « Noël ! Noël ! » crie le peuple, transporté. Charles VII, que pour le ridiculiser, on nommait « Le petit roi de Bourges », est « officiellement » roi de France, de par la grâce de Dieu, et le miracle de la Pucelle .

                                                          *   *   *

La mission de Jeanne n'est pas terminée. Il lui tarde de marcher sur Paris. Mais Charles VII, au lieu de lui continuer sa confiance, et de ré­clamer ses droits les armes à la main, appuyé par « l'envoyée de Dieu », se laisse circonvenir par le parti des sceptiques, et tente maintenant d'atteindre le succès par des menées louches, des intrigues. Si, au lieu de temporiser, il avait écouté Jeanne, et s'était dirigé tout de suite sur Paris démoralisé, bien des revers lui eussent été épar­gnés.

Le 23 août, Jeanne se porte donc sur Paris sans le roi, qui a préféré s'arrêter à Compiègne. Le duc d'Alençon, lui, n'abandonne pas Jeanne. Malheureusement la Pucelle est blessée à la porte Saint-Honoré, son porte-étendard est tué et son armée bat en retraite.

Devant les difficultés qui se multiplient, l'in­dolent Charles VII ordonne le retour à son cher coin de Loire. Un traité est signé, qui comprend Paris dans son contrat d'armistice. Le Conseil royal ne renonce pourtant pas à toute gloire. On envoie Jeanne, cette magnifique entraîneuse d'hommes, contre les places de la Haute-Loire.

C'est pendant cette campagne, au Siège de Paris, que Jeanne, en réponse à d'Aulon, qui, la voyant seule avec cinq ou six hommes, la pres­se de se retirer, s'écrie:

— Je ne suis pas seule ! J'ai cinquante mille hommes avec moi !

Vision ! » a-t-on dit. « Beau mot de soldat ! » ont dit d'autres.

C'est le soldat en effet qui, quelques instants plus tard, alors que d'Aulon revient à la charge, la croyant en grave danger, s'écrie:

— Aux fagotz, et aux cloies, tout le monde, afin de faire le pont !

Subjugués, les soldats obéissent, et la ville est enlevée aux Anglais. Ce mot à d'Aulon tout à l'heure, signifiait donc bien pour Jeanne: « Vous allez voir ! Je « vais avoir » cinquante mille hom­mes ! ... Sa petite armée était loin de ce nombre, mais on l'a écrit: l'exagération est naturelle aux poètes, et Jeanne est un grand poète, en même temps qu'un superbe soldat. Et de plus, sa foi en ses voix est inébranlable !

On était à ce moment à la fin de novembre et en ce temps-là, l'on ne se battait pas en hiver. On lève le siège devant La Charité, et Jeanne revient à la Cour.

                                                        *   *   *

Au printemps de 1430, Charles VII ne se dé­cidant toujours pas à agir, Jeanne se voit forcée, pour accomplir sa mission jusqu'au bout, de se faire ni plus ni moins que « grand chef d'armée ». De ses propres ressources, elle lève une compa­gnie d'environ cent cavaliers, soixante-huit ar­chers et arbalétriers, deux trompettes (probable­ment des Italiens) commandés par le capitaine Baretta. Son frère Pierre et d'Aulon, l'accompa­gnent toujours.

Partie de Sulley-sur-Loire, Jeanne s'arrête à Lagny où elle bat un parti anglais. Deux à trois cents de ses ennemis périssent dans cet engage­ment. On croit les forces de la Pucelle supérieu­res à ce qu'elles sont en réalité. Elle devient une véritable menace aux yeux des Anglais, qui lui opposent un terrible capitaine; Franguet d'Arras. L'armée de Franguet n'en n'est pas moins battue et lui-même fait prisonnier.

Apprenant ensuite que le duc de Bourgogne se prépare à assiéger Compiègne, Jeanne y dirige immédiatement ses troupes. Selon le parti auquel elle appartient, cette ville est une menace ou une sauvegarde pour Paris. La jeune fille, après avoir victorieusement traversé Paris, entre dans Com­piègne le 23 mai. Elle y était à peine qu'elle ten­te une sortie contre l'armée du duc.

Sortie qui lui est fatale, hélas ! Devant les for­ces nettement supérieures de son ennemi, elle retraite vers la ville. Brave comme toujours, elle est la dernière à rentrer, avec son frère, son au­mônier: frère Pasquerel, et Pothon de Xaintrail-les. Au moment où ils vont pénétrer dans la ville, on leur coupe la rentrée. Le gouverneur de Com­piègne vient de faire fermer la porte devant laquelle on combattait.

Jeanne, facilement reconnaissable par son manteau « d'une étoffe de soie, couleur de pour­pre, brodé d'or et d'argent », est jetée en bas de son cheval par un archer. Elle se rend aux An­glais sans résistance.

Jeanne fut tout probablement trahie à Com­piègne, par le gouverneur de la ville, ce Guillau­me de Flavy, personnage reconnu de tous comme un horrible tyran, un débauché, qui avait souvent excité l'indignation de la chaste Jeanne d'Arc. Elle avait à plusieurs reprises dénoncé à Charles VII la conduite indigne de ce prince à l'égard de sa propre épouse.

La haine de Flavy pour Jeanne le poussa-t-il à cette trahison infâme ? Cela ne fut jamais prou­vé, mais semble cependant plus que plausible.

                                                         *   *   *

Au moyen-âge, un chevalier riche, prisonnier de guerre, pouvait payer sa rançon. Or Jeanne est riche maintenant, elle est noble aussi, ayant été anoblie par Charles VII, ainsi que tous les mem­bres de sa famille et leurs héritiers mâles directs. Au début de sa captivité, elle ne s'émeut pas beaucoup, croyant d'ailleurs que le roi n'aurait rien de plus pressé que de la « racheter ».

Sa prison, au début, lui est assez douce. L'ar­cher qui l'a prise, appartient au Seigneur de Luxembourg qui la fait conduire à son château de Beauvoir. L'épouse et la tante de Jean de Luxembourg se montrent compatissantes à Jean­ne comme deux véritables amies.

Mais les Anglais tiennent à Jeanne ! Par un bas esprit de vengeance, de toutes leurs forces ils la désirent comme prisonnière. Dès Orléans, ils lui criaient « qu'ils la brusleroient et la feroient ardoir, qu'elle n'était qu'une ribaude, et comme telle, s'en retournast garder ses vaches ». Ils mirent une diabolique détermination à exécuter cet horrible projet. Voyant l'inanité de leurs pressions sur le geôlier de Jeanne, les An­glais réclament alors la Pucelle « au nom de la foi » ! Lorsque Jeanne apprend qu'on va la livrer aux Anglais, elle a peur. Elle n'est plus qu'une faible enfant à laquelle toute protection est refusée. Sans réfléchir, affolée, elle décide de tenter une évasion.

Se suspendant à un drap, elle se laisse choir du haut du donjon qui la retient prisonnière. Le drap se rompit et Jeanne tomba d'une hauteur d'environ soixante pieds. Les gardes retrouvent, Jeanne blessée et évanouie au pied de la tour.

Et à la mi-novembre, les Anglais «prennent livraison» de Jeanne ! Ils la conduisent à Rouen où on l'emprisonne au Château de Bouvreuil, dans une pièce obscure. Un serrurier, Etienne de Castille, reçoit l'ordre de fabriquer une cage de fer où l'on peut se tenir debout. La pauvre Jeanne y est attachée par le cou, les pieds, les mains, durant plusieurs semaines. Puis, voyant sa docilité, on se contente de la tenir enchaînée à une poutre. Cinq hommes de garde ne la quit­tent jamais, la tourmentant de la plus odieuse façon.

L'évêque peu digne de Beauvais, Pierre Cauchon, sur l'évêché duquel Jeanne a été prise, se fait le serviteur des Anglais lorsqu'on lui promet l'archevêché de Rouen pour ses peines. Cet hom­me, cependant, favorise un tant soit peu l'accusée, par la lenteur de ses procédures. Lorsque Jeanne demande du temps pour répondre, il n'insiste pas. Il lui fait aussi envoyer des aliments dans sa prison.

A la scène de l'abjuration, il redevient le vé­ritable prêtre du Christ. Il lit lentement la sen­tence, donnant à Jeanne tout le temps qu'il faut pour réfléchir. Et lorsqu'il est injurié pour l'avoir absoute, il retrouve toute sa dignité.

— Je viens d'être insulté ! dit-il. Je ne procé­derai pas plus avant, tant qu'il ne me sera pas fait amende honorable. Juge en matière de foi, je dois plutôt chercher le salut de cette femme que sa mort ! » Et Pierre Cauchon est sincère. C'est son « fanatisme » religieux qui l'a perdu. « Il se croit obligé d'imposer à Jeanne ce supplice du feu, pour sauver son âme, comme le Torquemada de Victor Hugo » ! dit un auteur:

« L'enfer dans le bûcher, s'éteint et se dissipe;

« De sorte que la flamme envoie au ciel les morts

« Et que, pour sauver l'âme, il faut brûler le corps.

Jeanne est abandonnée de tous ! Le roi de France et tous ceux-là qui ont cru en elle, pour­quoi ne crient-ils pas vers le Saint-Père, vers le Pape ? Ils demeurent figés dans une atroce iner­tie, et le procès de la Pucelle commence.    (A suivre)

Extrait de : Le roi et la bergère - Vie de Sainte Jeanne d’Arc – Lucille Audet

Elogofioupiou.over-blog.com

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

V
Je vous remercie
Répondre