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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 12:18

La Vie de Sainte Jeanne d’Arc… (Partie 1 de 3)

Le roi et la bergère (1947)

Qu'un roi épouse une bergère, cela s'est déjà vu... dans les contes de fées; par contre, qu'une bergère sauve un roi, cela est bel et bien arrivé, et nous entreprenons aujourd'hui, après tant d'autres, de vous conter à notre façon cette ma­gnifique histoire qui est passée dans l'Histoire.

A cette page historique de la France, ses plus belles provinces: la Normandie, la Picardie, la Flandre, l'Artois, la Champagne, la Guyenne, et l'Ile de France, appartiennent aux Anglais; Paris les reçoit avec amour et bientôt Reims, la ville des sacres, les recevra à son tour. L'oncle du roi d'Angleterre, le régent Bedford, se sent si bien installé en France, qu'il ne craint pas de retar­der le sacre de son neveu qui deviendra roi de France et d'Angleterre.

Apparemment, il a raison. D'où pourrait ve­nir le danger ? Le jeune héritier de la couronne de France, Charles VII s'est enfui dans un petit coin d'outre-Loire que les Anglais ont dédaigné d'occuper. Incertain de son origine royale que lui dénie sa mère dénaturée, la misérable Isabeau de Bavière, doutant de ses forces physiques et morales, ce pauvre prince des Armagnacs se pré­pare à abandonner la France, à gagner l'Écosse. Seuls les murs d'Orléans tiennent encore devant les Anglais. Ils y ont réuni leurs meilleurs géné­raux, leurs plus redoutables troupes, qui jusque-là ont vaincu partout. Orléans est perdu d'avan­ce ! Son salut semble impossible ! Qui donc pour­rait sauver la France ?

                                              *  *  *

Quelques années auparavant, en 1412, à Greux-Domrémy en Champagne, Isabelle Romée épouse de Jacques d'Arc, mettait au monde une petite fille. Elle fut appelée Jeanne ! Durant toute sa petite enfance, c'est pour Jeanne la vie de toutes les fillettes de son âge et de sa condition: elle va aux champs, mène paître les brebis dans les prés, joue et chante avec ses compagnes pré­férées.

Ainsi, par cette belle journée d'été, si un pro­meneur s'était aventuré dans les prés environ­nant Domrémy, il aurait vu se dérouler une bien jolie scène devant ce grand hêtre surnommé « le beau mai » ou « l'arbre des fées ». Une dizaine de petites filles y dansaient en ce moment une ronde pleine de charme et d'entrain. Mais sou­dain, alors qu'on allait reprendre le gai refrain, l'une des fillettes quitte la ronde en s'écriant:

— Assez dansé ! Faisons plutôt des couronnes à Notre-Dame, avant que nos fleurs ne soient fanées.

Cette petite fille semble le « chef » du groupe, car elle est obéie sur le champ. On s'assoit en cercle autour du « beau mai » et l'on commence à tresser des couronnes, sans que cessent toutefois les éclats de rires, les bouts de chansons. L'enfant assise auprès de celle-là qui les dirige, lui dit tout à coup, très sérieuse:

— La Vierge doit t'aimer beaucoup Jeanne. Même au milieu de nos jeux, tu ne l'oublies ja­mais !

— Comment l'oublier ? Elle est notre bonne Mère à tous ! Chaque fois que je lui demande une grâce, elle me l'accorde.

— Je ne te comprends pas. Tu es plus pieuse que nous toutes et pourtant tu agis souvent drô­lement pour une petite fille. Danser et chanter, cela ne t'amuse pas comme nous. Je te parie que tout à l'heure tu vas nous « armer », nous diviser en deux camps, et avec toi, de nouveau nous allons « partir en guerre ». Ce sont des jeux de petits garçons, cela !

Jeanne sourit de se voir si bien devinée. Puis elle dit, comme se parlant à elle-même:

C'est vrai ! C'est plus fort que moi ! J'ai un trop-plein de vie qui me pousse vers les jeux violents où l'on déborde d'action. C'est peut-être que je suis plus forte que vous toutes ? Un petit garçon de mon âge et même plus âgé, ne me fait pas peur. Si jamais l'on m'attaque je saurai très bien me défendre. Je ne crains pas les coups. Et tu as raison, achève-t-elle en riant, si vous voulez une fois de plus être « mes soldats » nous allons jouer à la guerre, et pas plus tard que tout de suite !

Elle se lève, secoue sa robe pour en faire tom­ber les quelques fleurs fanées qui y restaient collées, dépose sa couronne à l'ombre du « beau mai », puis regardant ses compagnes, elle leur dit d'une voix forte, déjà pleine d'autorité:

— Fabriquons-nous des lances, divisons-nous en deux camps ennemis et battons-nous comme des soldats !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Et dans la mêlée qui suit, Jeanne d'Arc, la simple petite fille d'au­jourd'hui, se révèle la future Pucelle d'Orléans, l'habile guerrière qui sauvera la France et son roi !

Après avoir bien dansé, chanté et s'être ensuite battues comme des amazones, les « soldats » de Jeanne et elle-même, sont allées porter leurs cou­ronnes à l'église. En sortant, elles s'aperçoivent que la matinée est avancée, et songent qu'on doit s'inquiéter d'elles dans leurs familles. C'est alors la débandade après promesse de se retrouver durant l'après-midi, devant le « beau mai ». Cou­rant à perdre haleine, Jeanne se dirige vers la maison de son père. Enfin elle en atteint le jardin. Mais que lui arrive-t-il ? Elle s'arrête, les joues en feu, comprimant son cœur. Puis elle pâlit, prise d'une soudaine faiblesse. Étourdie, en mê­me temps qu'éblouie par une étrange clarté, elle entend d'abord comme un murmure confus, un bourdonnement. Et alors, une voix lui parle distinctement:

Jeanne, il te faut aller en France faire lever le siège d'Orléans ! Va sauver le roi de France !

— Mais je ne suis qu'une pauvre fille ! répond Jeanne tout haut, surprise et alarmée. Je ne sau­rais jamais !

— Je suis saint Michel ! reprend la voix. Sainte Catherine, sainte Marguerite et moi-même nous te guiderons, te conseillerons. Va sauver la Fran­ce !

La petite Jeanne n'a que treize ans. En dépit de sa taille bien découplée, elle est encore une véritable enfant et cette voix mystérieuse la bouleverse, la trouble intensément.

Je ne peux pas. Je ne suis qu'une petite fille ! répète-t-elle, en s'avançant lentement dans le jardin, la mine toute défaite.

Sa mère, qui de la fenêtre l'a vue arriver à la course, puis s'arrêter subitement l'air tout drôle sort et va au-devant d'elle.

Comme te voilà pâle ! fait-elle en s'appro­chant. Es-tu malade ? Et qu'as-tu donc à marmonner ainsi toute seule ?

— Je parlais à saint Michel ! répond Jeanne d'une voix sans timbre.

— Bon ! En voilà bien une autre ! dit la mère d'un ton ennuyé, inquiet aussi. Mais une pensée la fait se rasséréner et elle ajoute:

— Tu as jeûné hier. C'est la faiblesse qui te fait bourdonner les oreilles. Viens manger ! J'ai préparé un bon repas. Viens ma fille !

Et prenant Jeanne par le bras, sa mère l'en­traîne vers la cuisine, d'où s'échappe un fumet appétissant.

Cet après-midi-là, les compagnes de Jeanne l'attendent en vain devant « l'arbre des fées ». Elle est à l'église, plongée dans la prière, le re­cueillement; demandant à Dieu de l'éclairer sur le « message » de saint Michel. Et à dater de ce moment, moins que jamais elle est une petite fille comme les autres. Du jour au lendemain, elle est devenue une adolescente qui cherche sa voie, qui lutte, qui résiste aux appels inlassables de ses saintes, de saint Michel, qui lui parlent toujours « de la profonde pitié du royaume de France » qu'elle seule peut sauver !

Jeanne croit fermement en « ses » Voix, mais autour d'elle on en fait des gorges chaudes. « Jeanne d'Arc devient folle ! ». se dit-on. « A force de jouer au soldat, elle s'est prise au sérieux et se croit un grand chef de guerre. Si notre pau­vre roi n'a qu'elle pour le sauver, il peut dire adieu à son royaume ! ». Jeanne laisse faire, lais­se dire, toute à ce combat intérieur qui la déchi­re. Bientôt, elle en vient à désirer vivement partir. Mais elle pense à ses parents auxquels il lui faudrait désobéir, et de plus, elle doute de ses forces physiques. Ah ! Si j'étais un garçon ! Si j'étais donc un garçon ! se murmure-t-elle cent fois le jour.

Quelques années s'écoulent ainsi. Jeanne a atteint ses seize ans ! Ses « Voix » lui parlent de plus en plus fort, elles la tourmentent tant et tant, qu'à la fin elle n'y tient plus ! A ses parents, elle dit un jour:

— Je « dois » partir ! Je vous en prie, ne me retenez pas. C'est Dieu qui le veut ! Avec sa grâce et le secours de mes Voix, je sens que tout me sera possible !

Jeanne ! s'écrie sa mère affolée. Tu ne peux songer sérieusement à partir. Te vois-tu, ma fille, courant les routes à cheval, harassée, fourbue; couchant à la belle étoile, risquant d'être blessée, tuée même ! Dis-moi que tu ne partiras pas.

Nous ne pouvons lutter plus longtemps con­tre la volonté du bon Dieu, maman. Il faut que je parte !

— En t'embarquant dans une aventure de ce genre, Jeanne, lui dit son père, tu vas faire crier au déshonneur. L'on va te jeter la pierre et à nous aussi, tes parents, si tu pars. Écoute-nous ! reste auprès de nous !

— Il n'y a rien de déshonorant, même pour une fille, à se battre pour son Dieu et son roi. Je pars ! Je n'ai déjà que trop tardé.

Les parents de Jeanne baissent la tête, vaincus. En pleurant, sa mère interroge:

Que feras-tu d'abord ?  Où iras-tu ?

— J'irai à Burey-en-Vaulx, chez mon oncle Durant-Lassart. La Voix m'a dit: « Va à Vaucouleurs, vers Robert de Baudricourt. Il te don­nera des gens pour t'accompagner ».

— Et tu comptes sur ton oncle pour te mener voir cet officier ? demande à son tour le père.

— Oui, je l'y déciderai bien !

                                                    *   *   *

Quelques jours plus tard Jeanne était devant son oncle et d'un ton décidé, lui disait:

— Mon oncle, mes Voix m'ordonnent de me rendre à Vaucouleurs et d'y voir le capitaine Robert de Baudricourt. Je vous en prie, accom­pagnez-moi jusque-là.

— Eh bien, allons-y ma nièce ! Je n'ai jamais rien su te refuser.-

Robert de Baudricourt est commandant des troupes de Charles VII, au poste de Vaucouleurs. Il est fort intrigué lorsqu'on lui annonce Jeanne, et qu'on lui fait connaître le but de sa visite. Elle se dit « l'envoyée de Dieu ». Est-ce une aven­turière ? Une fumiste ? Ou une illuminée qui prend ses visions trop au sérieux ? La curiosité le pousse à la recevoir. Jeanne se présente devant lui nullement intimidée, étant plus que jamais convaincue de la justesse, de la vérité de sa mission.

— Que me voulez-vous ? Qui vous envoie vers moi ? lui dit sévèrement le capitaine.

La réponse de Jeanne est nette et précise:

Dieu m'envoie vers vous. Il veut que le Dauphin soit fait roi, et c'est moi qui le condui­rai à son sacre. Dieu me l'ordonne !

— Et moi ? Que viens-je faire là-dedans ? Ne me dis pas, ma fille, que tu as besoin de soldats pour gagner ta guerre !

Ha !Ha ! Ha !

De Baudricourt éclate d'abord de rire. Mais soudain, la pensée que le seul fait d'avoir reçu Jeanne peut le tourner en ridicule, arrête net son hilarité. La colère le prend alors et il inter­pelle rudement Durand-Lassart:

— Toi, retourne-t-en avec ta nièce ! Ne vois-tu pas qu'elle est complètement folle. Vous mérite­riez d'être punis tous les deux. Me prendre mon temps pour de semblables sornettes !

                                                   *   *   *

Lorsque Jeanne est rentrée chez elle, à ses parents qui, (et c'est bien naturel), ne cachent pas leur joie devant l'insuccès de sa démarche, elle dit:

— Je ne me tiens pas pour battue. Robert de Baudricourt m'écoutera bien un jour.

On était en mai 1428. Vers la mi-janvier sui­vante, Jeanne a l'occasion de retourner chez son oncle, qu'elle décide à la mener une nouvelle fois à Vaucouleurs. Cependant, elle ne se présente pas tout de suite devant de Baudricourt. Elle attend le moment propice et se retire chez une bonne dame qui est sympathique à sa mission. Durant les quelques semaines qu'elle y passe, elle se fait souvent entendre en confession par le prêtre-curé, Jean Fournier.

Un jour que seule avec son hôtesse, elle file paisiblement, elle voit entrer le capitaine de Baudricourt avec monsieur le curé.

— Ma fille, lui dit l'officier, j'ai su que tu cher­chais encore à me convertir à tes idées. Voici quelqu'un qui saura te guérir de ces projets pour le moins insensés, et qui ne sauraient hanter l'esprit de la jeune fille sage que tu es, je le crois tout de même.

Et aussitôt, l'abbé Jean Fournier commence à réciter sur Jeanne les prières de l'exorcisme. Stupéfaite, Jeanne se rend alors compte qu'on la croit possédée du démon. Pauvre, pauvre Jean­ne ! Mais par bonheur, il en est d'autres qui peu à peu commencent à ajouter foi à ses dires. Le vieux duc Charles de Lorraine, très malade, es­pérait même qu'elle pût le guérir et la fait man­der auprès de lui, à Nancy. Lorsqu'elle apprend pourquoi on l'a fait venir, Jeanne s'empresse de dire au duc:

— Vous guérirez peut-être. Je n'en sais rien ! Commencez par bien disposer le bon Dieu envers vous, en vous réconciliant avec votre femme. Et aidez-moi à parvenir jusqu'au Dauphin.

Hélas ! Le duc se montre fort peu généreux et ne donne à la Pucelle que quatre francs et un cheval, sur le dos duquel elle retourne à Vaucouleurs. Elle y est à peine qu'elle insiste pour être mise en présence de Robert de Baudricourt. Et ce dernier n'en croit pas ses yeux en l'aper­cevant:

— Comment ! Encore toi ? dit-il d'une voix qui aurait fait trembler toute autre que Jeanne. Elle, au contraire, se montre plus décidée que jamais:

— Au nom de Dieu, fait-elle, ne tardez plus à m'envoyer au Dauphin. Aujourd'hui même il a été défait devant Orléans, en tentant de couper un convoi de vivres destiné au camp Anglais.

— Que de précisions, ma mie ! Tu en dis trop pour savoir juste. Et cette fois, le capitaine prend le parti de rire en faisant reconduire « cette pau­vre folle ».

La prédiction de Jeanne était vraie pourtant. Le Gascon La Hire, avait bien essayé de couper un convoi de harengs, mais Falstaff qui dirigeait ce convoi réussit à le garder et même à tuer trois ou quatre cents soldats de La Hire. De Baudricourt apprit tout cela plus tard ! En sor­tant de chez le capitaine, Jeanne rencontre Jean de Metz qui, elle le sait, lui fait confiance. Com­me il s'informe de ses agissements depuis la der­nière fois qu'ils se sont vus, elle répond:

— J'ai revu Robert de Baudricourt. Il refuse toujours de croire en moi. Que faire ? Il faut que je sois devant le Dauphin avant la mi-ca­rême. Dieu m'ordonne de le sauver !

— Si l'on ne vous fournit les moyens de le re­joindre, il sera chassé de son royaume et nous deviendrons Anglais ! Eh bien non ! Cela ne sera pas, de par Dieu ! Je vous conduirai, moi, vers le Dauphin. Quand voulez-vous partir !

— Je suis prête. Le plus tôt sera le mieux.

Comment s'y prit Jean de Metz, ce n'est pas cela qui importe. Ce qui compte c'est qu'il par­vint à faire accepter la cause de Jeanne par Ro­bert de Baudricourt. Ce dernier croit enfin c aux Voix de la Pucelle.

— Comment t'y prendras-tu ? dit-il inquiet, à la jeune fille transportée de joie. Même escortée de soldats, continue-t-il, tu courras de graves dangers. Les gens de guerre sont partout !

Jeanne est sublime de confiance:

— Ma route sera aplanie ... Mes Voix me gui­deront. Je suis née pour cette mission. Avec la grâce de Dieu, je sauverai la France. Je l'arra­cherai aux Anglais !

— Alors, va Jeanne ! Advienne que pourra. Dieu te protège !    (A suivre)

Extrait de : Le roi et la bergère - Vie de Sainte Jeanne d’Arc – Lucille Audet

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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